La chronique de Gaston Carré

La terre tremble, le président vacille

Maire d’Istanbul déjà Erdogan avait multiplié les grands projets de construction, sur des bases vermoulues par un parti présidentiel corrompu. Lundi la terre en Turquie a tremblé, et le président tremble aussi.

Foto: Guy Wolff

Le séisme fut terrifiant par sa puissance, il est effroyable au regard du nombre de victimes et de l’étendue des dégâts: la Turquie est meurtrie, frappée une fois encore par un tremblement de terre sur sa faille nord-anatolienne. Face à la tragédie, l’aide internationale est à l’oeuvre, mais cette oeuvre, dans le cas particulier de la Turquie d’Erdogan, est plus complexe qu’à l’ordinaire pour les parties en présence: l’aide non gouvernementale est fournie par une multitude d’ONG dont chacune veut faire accroire qu’elle est parmi les plus attendues, les gouvernements pour leur part se doivent de signaler leur solidarité tout en ménageant la susceptibilité d’un récipiendaire, Recep Tayyip Erdogan, qui du haut de sa grandeur veut donner le sentiment qu’il n’a rien demandé.

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Les catastrophes, par les solidarités qu’elles induisent, qu’elles restaurent ou qu’elles confortent, peuvent déboucher sur des évènements heureux sur le plan géopolitique. Le tremblement de terre d’Izmit, en 1999, avait provoqué un dégel des relations entre la Turquie et la Grèce. D’autres ont creusé des plaies déjà béantes du fait des inégalités révélées: des séismes dans le passé ont eu lieu dans des angles économiquement et politiquement «morts» du pays, et n’ont pas bénéficié de la part d’Ankara de secours à la mesure des dégâts.

Le séisme révèle les failles du régime présidentiel.

La catastrophe de lundi a frappé la région de Ganziatep, une ville sous contrôle de l’AKP, le parti du président, de sorte que l’enjeu pour celui-ci est double: accepter l’aide internationale sans en être humilié, en accepter assez toutefois pour apaiser la colère d’une population qui ne manquera pas de rappeler l’AKP à ses manquements. Des sismologues n’ont cessé de pointer les risques dans cette région au croisement de trois plaques tectoniques, tandis que l’opposition politique dénonce régulièrement l’incurie, voire la corruption des autorités appelées à prévenir le pire. La terre a tremblé et Erdogan tremble aussi: appelés à l’élection présidentielle le 15 mai prochain, les Turcs se souviendront des fondations friables sur lesquelles le pays a vacillé: maire d’Istanbul déjà Erdogan s’était donné une image de grand bâtisseur, multipliant les constructions sur des socles physiques et légaux incertains.

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La république turque a cent ans, un anniversaire que le président voulait célébrer en grande pompe. C’est sur des décombres qu’il est assis aujourd’hui, face à une opinion publique qui voit au grand jour les failles de son régime.

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