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Visite d'Aleksander Ceferin à Mondercange: «L'UEFA est aujourd'hui totalement transparente»
Le président de l'UEFA Aleksander Ceferin (au centre, au côté du président de la FLF Paul Philipp, à droite, et du ministre des Sports, Romain Schneider, à gauche) a abordé tous les sujets brûlants du football européen, ce jeudi à Mondercange

Visite d'Aleksander Ceferin à Mondercange: «L'UEFA est aujourd'hui totalement transparente»

Photo: Lex Kleren
Le président de l'UEFA Aleksander Ceferin (au centre, au côté du président de la FLF Paul Philipp, à droite, et du ministre des Sports, Romain Schneider, à gauche) a abordé tous les sujets brûlants du football européen, ce jeudi à Mondercange
Sport 9 min. 01.02.2018

Visite d'Aleksander Ceferin à Mondercange: «L'UEFA est aujourd'hui totalement transparente»

Jean-François COLIN
Jean-François COLIN
Président de l'Union européenne de football (UEFA) depuis le 14 septembre 2016, le Slovène Aleksander Ceferin (50 ans) s'est rendu ce jeudi pour la première fois au Luxembourg, à l'occasion de l'inauguration de l'Air Dome de la FLF à Mondercange.

Président de l'Union européenne de football (UEFA) depuis le 14 septembre 2016, le Slovène Aleksander Ceferin (50 ans) s'est rendu ce jeudi pour la première fois au Luxembourg, à l'occasion de l'inauguration de l'Air Dome de la FLF à Mondercange.

Cinq ans après Michel Platini, dernier président de l'instance du football européen en visite officielle au Luxembourg - c'était en 2013 -, Ceferin a abordé tous les sujets qui font l'actualité du football en Europe.

Propos recueillis par Jean-François Colin

Président Ceferin, la Ligue des Nations est "LA" grande nouveauté du football en Europe, qui va voir le jour cette année. Que pouvez-vous en dire?

C'est une compétition intéressante à plus d'un titre. D'abord, parce qu'elle ne représente pas la fin d'une qualification. Il existe un autre chemin qui mène à la phase finale de l'Euro 2020. Ensuite, c'est une chance unique pour les petites nations de pouvoir se qualifier pour une phase finale. Mais, en contrepartie, cela leur met beaucoup plus de pression qu'avant. Et je sais très bien de quoi je parle, puisque je proviens moi-même d'un petit pays, en l'occurrence la Slovénie. Il existe donc bel et bien deux voies pour la qualification pour l'Euro 2020, et pas seulement les traditionnelles éliminatoires.

Après combien d'éditions de cette Ligue des Nations comptez-vous faire le point?

Il n'y a pas de terme établi. Mais ce sera intéressant de le faire, et il sera fait. Cela nous permettra de voir si elle représente bien le futur du foot en Europe. Le système de promotion / relégation est très intéressant, car cela renforce l'idée de compétition, ainsi que l'opposition entre des pays de forces sensiblement égales. Le pays vainqueur de la Division D jouera l'Euro 2020, et ce sera toujours le cas dans le futur. Le système sera reconduit. Mais attention, ce ne sera pas facile de remporter la finale de la Division D. Je tiens enfin à souligner et à rappeler que la Ligue des Nations n'allonge pas le calendrier, elle remplace juste les matches amicaux internationaux qui perdaient de plus en plus de sens.

Quel bilan tirez-vous après un peu plus d'un an passé à la tête de l'UEFA?

C'est une période intéressante, un moment de défis à relever pour le football européen. Ces défis sont d'ailleurs de plus en plus nombreux, comme le fair-play financier, par exemple, qui est le plus important, ou le maintien de l'équilibre concurrentiel. Concernant le fair-play financier, nous avons réalisé de petites choses, mais avec succès. Ainsi, nous avons réussi à réduire les pertes des clubs de plus de 80% depuis que le fair-play financier a été introduit en 2011. Ces chiffres ne mentent pas. De même l'équilibre concurrentiel est un thème central, car l'écart entre les gros et les petits ne cesse de grandir. Différentes possibilités existent pour le réduire, et l'introduction d'une taxe de luxe sanctionnant un club qui dépense plus qu'il ne doit est l'une d'elles. Nous entendons aussi limiter, voire carrément abolir, le système des prêts de joueurs. Imaginez que certains clubs ont jusqu'à 50 joueurs en prêt. Ce n'est pas acceptable. Par contre, un système comme le plafond salarial, en vigueur dans le championnat NBA aux Etats-Unis, est impossible à appliquer, car la législation est différente en Europe.

Des grandes nations  se sont plaintes du nombre de plus en plus élevé de pays, qui amène à des confrontations dénuées de sens. Qu'en pensez-vous?

Ils se sont plaints jusqu'à ce que l'Islande et le pays de Galles connaissent le succès à l'Euro 2016. Et l'Islande sera d'ailleurs aussi présente au Mondial en Russie cet été. Maintenant, ils ont cessé d'émettre ces plaintes. On ne les entend plus!

La FIFA, mais aussi l'UEFA ont été éclaboussées par de nombreux scandales ces dernières années. Est-on sur la bonne voie?

Les temps ont changé. L'UEFA est aujourd'hui claire, totalement transparente. Chacun sait maintenant ce qu'on ne peut plus faire, et surtout qu'on ne peut plus faire n'importe quoi impunément. En fait, ces scandales ne pourraient tout simplement plus se produire aujourd'hui à l'UEFA.

«Le monde des agents? C'est le Far West!»

L'un de vos prédécesseurs, Michel Platini, a toujours plaidé en faveur des petites nations. N'est-ce pas compliqué de suivre sa trace?

Je ne suis pas sa trace! J'ai ma propre façon de penser, et lui a la sienne, et d'ailleurs je ne veux pas emboîter son pas. En fait, je suis surpris de n'avoir pas trop de pression sur mes épaules depuis que je suis à ce poste, notamment de la part des grandes nations, mais aussi des petits pays. Peut-être est-ce dû au fait que je garde en permanence de la distance, ainsi qu'à l'atmosphère positive qui règne à l'UEFA, le tout couplé à un bon dialogue et une communication adéquate avec tous les pays membres.

Un de vos chevaux de bataille est aussi la lutte contre les agents, qui pourrissent le milieu du football. Comment allez-vous vous y prendre?

C'est très difficile de lutter contre ce phénomène, car... la FIFA  a déréglé tout le système il y a quelques années. Maintenant, c'est le Far West! Imaginez que des sommes de l'ordre de 9 ou 10 millions d'euros peuvent être empochées en dix minutes. On doit protéger les joueurs, mais il y a aussi des situations où nous devons protéger les clubs. Et ce, toujours dans l'optique de l'équilibre concurrentiel. Le problème, ce sont les agents sans licence: il n'y a pas de traçabilité, on ne sait pas qui agit, d'où provient l'argent, etc... Le problème, c'est l'argent qui sort du football. Le but est de canaliser l'argent. Mais on ne peut pas avoir une vision romantique. On travaille sur une nouvelle réglementation dans ce domaine, car il n'est selon moi pas admissible qu'un club verse 15% d'une transaction à un agent. A l'avenir, tous les agents auront besoin d'une licence pour travailler. Mais dans tous les cas, on doit réguler la profession, le plus possible, afin d'éviter les activités criminelles. Mais, je suis juriste de formation, et je peux vous dire qu'il n'existe aucune loi sans faille, imperméable à un contournement. Malgré tout, cela ne doit pas nous empêcher d'agir le plus possible dans ce domaine.

Sentez-vous le besoin de vous battre pour que le football reste le sport n°1, ou est-ce un fait acquis?

Le football est le roi des sports. J'ai voyagé absolument partout dans le monde, et je peux vous affirmer que c'est bien le sport n°1 et l'activité sociale n°1. Mais je pense que l'on peut encore se battre pour améliorer sa popularité. Par exemple, en Europe, on a un temps de retard pour tout ce qui est du digital. Oui, on peut améliorer notre sport, le rendre plus interactif, le moderniser.

Que pensez-vous du gâchis autour du stade national en Belgique qui empêchera le pays d'accueillir des matches de l'Euro 2020?

C'est étrange, car la fédération belge (URBSFA, ndlr) a tout mis en oeuvre pour que ce stade voie le jour. Mais le gouvernement flamand n'a pas accordé le permis de bâtir. Je ne veux pas m'immiscer dans des problèmes politiques, mais c'est fou de penser que la Belgique possède l'une des meilleures équipes nationales au monde et se retrouve sans stade digne d'accueillir des matches de la phase finale de l'Euro. Cette équipe a besoin d'un stade! Les délais ont été plusieurs fois repoussés, mais la deadline était vraiment atteinte, et on ne pouvait pas continuer plus loin.

L'Euro 2024 sera-t-il organisé dans différents pays à travers le continent comme celui de 2020 ou en reviendrez-vous à une organisation plus traditionnelle, dans un ou deux pays?

Ce sera très certainement dans un ou deux pays, ça je ne sais pas. Car vous ne pouvez vous imaginer tous les problèmes auxquels nous sommes confrontés avec une organisation comme celle de 2020: il y a des législations différentes, des devises différentes aussi, et puis les trajets sont parfois énormes. Je prends l'exemple d'un voyage de Bakou à Dublin. C'est un sacré challenge à relever pour tous à l'occasion du 60e anniversaire du Championnat d'Europe des Nations. Les trajets trop longs ne sont pas une bonne chose pour les supporters, car un Euro, cela doit respirer les vacances, et on ne peut imaginer voyager de Saint-Pétersbourg à Barcelone en vacances. C'est aussi un problème pour les journalistes et tous les suiveurs de la compétition. C'est beaucoup plus intéressant lorsque l'on reste dans un seul pays, avec des trajets de Lyon à Marseille, de Marseille à Nice, de Nice à Bordeaux, etc... comme lors du dernier Euro en France. Et puis, il y a aussi le problème potentiel d'un pays-hôte dont l'équipe nationale... ne se qualifierait pas. Imaginez des matches à Vienne alors que l'Autriche n'est pas qualifiée pour l'Euro. Là, on perdrait quelque chose.

«De gros résultats par rapport à la taille du pays»

Vous êtes ici au Luxembourg pour inaugurer l'Air Dome de la FLF, un projet financé par l'UEFA. Sur quels critères vous basez-vous pour accorder des subventions à tel ou tel projet?

Vous imaginez que nous recevons sur la table énormément de projets, quasi quotidiennement. Mais on ne choisit pas! Nous avons des fonds, un programme de financement des projets appelé «programme HatTrick», car la mission n°1 de l'UEFA est de soutenir les associations et d'aider chacune d'entre elles à se développer et à progresser sur et en dehors du terrain. Chaque association dépose ses requêtes et sait ce dont elle a besoin.

Est-ce votre première visite au Luxembourg, et que connaissez-vous du football luxembourgeois?

Oui, c'est la première fois que je viens au Luxembourg. Je dois avouer que je ne connais pas beaucoup les joueurs de l'équipe nationale, mais par contre, je sais qu'ils s'améliorent! J'ai été surpris de voir le Luxembourg jouer aussi bien contre la France, puis battre la Hongrie. Ce sont de très gros résultats par rapport à la taille du pays. Et le Luxembourg possède aujourd'hui le meilleur classement FIFA de son histoire. Cela a bien changé par rapport à il y a 25 ans, quand on se disait que cela serait facile d'affronter le Luxembourg.