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Union - Hertha, un derby à l'ombre du Mur de Berlin
Sport 3 min. 31.10.2019

Union - Hertha, un derby à l'ombre du Mur de Berlin

Après une première rencontre historique en 1990, l'Union et le Hertha Berlin se sont affrontés quatre fois, en deuxième division en 2010-2011 et 2012-2013

Union - Hertha, un derby à l'ombre du Mur de Berlin

Après une première rencontre historique en 1990, l'Union et le Hertha Berlin se sont affrontés quatre fois, en deuxième division en 2010-2011 et 2012-2013
AFP
Sport 3 min. 31.10.2019

Union - Hertha, un derby à l'ombre du Mur de Berlin

A l'heure du premier derby berlinois en Bundesliga, les fans de foot de la capitale allemande entameront samedi une nouvelle page de leur histoire: pour créer une énième rivalité ou perpétuer l'esprit fraternel de la réunification?


(AFP) -  «Ce sera un match très spécial, surtout 30 ans après la chute du Mur», témoigne Elmar Werner, 65 ans, supporter depuis 1979 de l'Union, club de Berlin-Est dont les gradins abritaient nombre d'opposants au régime communiste.

Et si les tribunes de l'Union accueilleront d'un «Berlin voit rouge!» les supporters du Hertha, grand club de l'Ouest habillé de bleu, la provocation devrait s'arrêter là. Car l'histoire de Berlin ne ressemble guère à celle de Liverpool, Glasgow, Rome ou Istanbul, terres de football connues depuis longtemps pour leurs derbys houleux voire haineux.

Lorsque le Mur est tombé, nous sommes devenus des concurrents

«Avant la chute du Mur, nous nous sommes serré les coudes et aujourd'hui c'est toujours le cas. Nous n'avons rien contre le Hertha», assure Elmar Werner, pour qui ce jubilé sera «une belle occasion d'unité».

Autre «unioniste» historique de 60 ans, Andreas Cramer acquiesce: «A l'époque, quelques fans de l'Union allaient même soutenir le Hertha, notamment lorsqu'il jouait en coupe d'Europe (...) Mais lorsque le Mur est tombé, nous sommes devenus des concurrents».

Immense fête

Les fans les plus âgés se rappellent encore de la toute première rencontre, amicale, Hertha - Union, une immense fête populaire en janvier 1990, deux mois et demi après l'ouverture du Mur. Les deux équipes se sont ensuite affrontées quatre fois, en deuxième division en 2010-2011 et 2012-2013.

Berlin-Est a pourtant eu sa rivalité footballistique autant que politique, mais elle opposait l'Union au Dynamo, l'équipe toute puissante parrainée par la redoutable Stasi, la police secrète du régime est-allemand. Lors des derbys face au Dynamo - aujourd'hui tombé en quatrième division -, le public de l'Union scandait «le mur doit disparaître» lorsque les joueurs adverses formaient le mur sur les coups francs.

Les tribunes de l'Union accueilleront d'un «Berlin voit rouge!» les supporters du Hertha
Les tribunes de l'Union accueilleront d'un «Berlin voit rouge!» les supporters du Hertha
Photo: AFP

Trente ans plus tard, les supporters du Hertha et de l'Union, qui ont tant fraternisé pendant la partition de la ville, se demandent quel visage prendra leur confrontation dans les années à venir.

«J'ai été tellement contente lorsqu'ils sont montés en première division» en fin de saison dernière, se réjouit Manon Düring, une fan du Hertha de 55 ans. «J'ai grandi avec le Mur, Berlin a tant à offrir, mais la ville a besoin d'une forte culture du football. C'est une chance de se débarrasser de ce clivage politique est-ouest et d'unifier la ville», plaide-t-elle. «Je ne pense pas que le derby va devenir malsain, prédit Daniel Rossbach, 29 ans, fan de l'Union, mais il y aura une rivalité...». 

Reconstruction bénévole

Pour Timo Dobbert, un supporter du Hertha, c'est une chance de créer une culture différente, comme Berlin a si bien su le faire dans d'autres domaines que le sport: «Je crois que ce serait formidable si Berlin était la seule ville en Europe où deux clubs de première division et leurs fans étaient solidaires», dit-il. «Berlin, le Hertha et l'Union, pourraient devenir le symbole vivant de l'histoire de cette ville, qui fut divisée puis réunifiée. Quelque chose que vous ne trouveriez nulle part ailleurs.»

Le match de samedi se disputera dans le petit et pittoresque stade de l'Union, la Alten Försterei, où les 22.000 spectateurs font plus de bruit que 80.000 dans bien des stades. L'enceinte, il est vrai, leur appartient un peu: ils ont offert bénévolement 140.000 heures de travail pour sa reconstruction en 2008-2009.

Les supporters de l'Union ont offert bénévolement 140.000 heures de travail pour la reconstruction du stade Alte Försterei en 2008-2009
Les supporters de l'Union ont offert bénévolement 140.000 heures de travail pour la reconstruction du stade Alte Försterei en 2008-2009
Photo: AFP

L'avenir du derby dépendra aussi, et surtout, de celui de l'Union Berlin, qui est déjà en queue de classement et va devoir se battre pour rester parmi l'élite.

Trente ans après la chute du Mur, le petit club est le seul de l'ex-RDA à évoluer en première division. Deux seulement survivent en deuxième division: le Dynamo Dresde et Aue. Les autres ont plongé dans les divisions inférieures, faute de structures économiques pour les soutenir et retenir les meilleurs joueurs. Le RB Leipzig fait exception, mais il a été fondé 20 ans après la chute du Mur, avec l'argent de Red Bull.