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Thomas Gilgemann: «L'électrochoc était nécessaire»
Sport 16 min. 11.05.2019

Thomas Gilgemann: «L'électrochoc était nécessaire»

Le président Fabio Marochi et Thomas Gilgemann (notre photo), le directeur général de Niederkorn, ont décidé de confier les rênes de l'équipe à Mario Mutsch pour décrocher l'Europe.

Thomas Gilgemann: «L'électrochoc était nécessaire»

Le président Fabio Marochi et Thomas Gilgemann (notre photo), le directeur général de Niederkorn, ont décidé de confier les rênes de l'équipe à Mario Mutsch pour décrocher l'Europe.
Photo: Lex Kleren
Sport 16 min. 11.05.2019

Thomas Gilgemann: «L'électrochoc était nécessaire»

Didier HIEGEL
Didier HIEGEL
Candidat déclaré à une place en Coupe d'Europe en début de saison, le Progrès est aujourd'hui au pied du mur. Il a limogé son duo d'entraîneurs pour confier les rênes de sa formation à Mario Mutsch. Thomas Gilgemann, son directeur général, s'explique.

A deux journées du terme de la compétition, la BGL Ligue est encore loin d'avoir livré tous ses verdicts en haut comme en bas de classement. Seul Rumelange est assuré d'évoluer à l'étage inférieur lors du prochain exercice, alors que Dudelange n'a besoin que d'un point pour fêter un quinzième titre de champion. Pour ce qui est des places européennes, tout reste ouvert et Niederkorn n'est pas le mieux placé pour décrocher un précieux sésame. Thomas Gilgemann, le directeur général du Progrès, nous a accordé une longue entrevue avant les deux dernières étapes du championnat alors que le club vient de limoger son duo d'entraîneurs pour confier le destin du club à Mario Mutsch.

Thomas, nous vivons une belle fin de saison à suspense, mais terriblement stressante pour Niederkorn (5e avec  40 points). Même avec deux succès lors des deux derniers matches, face à la Jeunesse et à Rumelange, votre équipe n'est pas assurée de décrocher un billet pour la Coupe d'Europe même si Dudelange remporte la finale de la Coupe de Luxembourg. Vous venez de confier les rênes de l'équipe à Mario Mutsch, comment vivez-vous cette fin de championnat?

Thomas Gilgemann: «On ne va pas se cacher les choses, c'est difficile! Pour ne prendre que le dernier match (0-5 au Racing), cela faisait huit ans que le club n'avait pas encaissé cinq buts. J'étais encore sur le terrain, avec une équipe qui jouait le maintien, et c'était contre Dudelange (1-5). C'était un tout autre contexte. Ce n'est pas évident, mais nous avons recherché des solutions. La mentalité est présente et je suis convaincu que si nous gagnons nos deux prochains matches, qui seront difficiles, nous serons européens. C'est pourquoi nous avons décidé de faire un électrochoc et de confier les rênes de l'équipe à Mario Mutsch qui sera assisté de Felipe Machado, qui était déjà en place comme entraîneur des gardiens. C'est un choix fort car nous avons constaté qu'il y avait une cassure entre le groupe et le staff et qu'il fallait réagir avant ce week-end. Il fallait aller vite, c'est ce que nous avons fait. Je regrette juste le fait que Mario se soit déjà engagé avec la FLF, j'aurais aimé le conserver chez nous.

Le staff était pourtant focalisé sur l'objectif d'une place européenne?

Effectivement. Ils ont demandé des explications, mais nous avons dit que nous avions besoin d'un électrochoc et qu'ils n'étaient pas les bonnes personnes. La direction n'était pas en adéquation avec ce que l'équipe avait montré jusqu'alors. Cela n'a pas été évident, mais les coaches ont accepté cette décision comme des professionnels.

Mario Mutsch a-t-il accepté cette mission tout de suite?

Oui, il nous a dit qu'il voulait rendre au club ce que nous lui avions apporté.

Vous êtes aujourd'hui loin des ambitions affichées en début de saison qui était de rivaliser avec Dudelange dans la course au titre et encore plus loin de réaliser le rêve du président Marochi qui était le doublé pour fêter le centenaire du club. Quelles sont les raisons de cet échec?

Le doublé, effectivement, c'était son rêve et il l'a exprimé. On y pense tous très fort, c'est pour cela qu'on espère que le travail va payer dans les années à venir. Nous voulons aller chercher un titre voire un doublé que le club mériterait après 100 ans d'existence. Pour être tout à fait exact, nous n'avions pas dit, en début de saison, que nous voulions aller chercher Dudelange. Beaucoup nous voyaient au niveau du F91, mais nous avions dit que nous voulions d'abord nous inscrire dans le top 3. C'était ça le projet sur trois saisons. Nous en sommes à la deuxième et donc, pour l'instant, en dessous des objectifs assignés puisque nous sommes actuellement cinquièmes. Nous n'avons pas prétendu concurrencer Dudelange cette année parce que nous savions aussi que nous avons surfé sur une vague hyper positive l'an dernier. Nous savions aussi que tout peut aller très vite dans le football, dans un sens comme dans l'autre. 

Etre l'équipe nationale du Luxembourg des joueurs non professionnels.

Mais quelles sont les raisons de cet échec du duo d'entraîneurs que vous avez choisi au début du mois d'octobre?

C'est un ensemble de choses. Tout le monde est responsable. On ne peut pas se contenter d'entrer sur le terrain en se disant: «On a fait trois tours de Coupe d'Europe et on est capable de faire des bons matches». Il faut gagner en régularité. Le football, c'est comme dans la vie, rien n'est jamais acquis. Actuellement, certains l'ont oublié. Ils pensent qu'en faisant le strict minimum, ils vont gagner tranquillement, sans faire d'efforts. Nous allons annoncer nos premières recrues dans les prochaines semaines (dont le Pétangeois Christian Silaj et le jeune Issa Bah du RMHB). Ils ont cette mentalité qui manque actuellement dans le groupe. On ne va pas se cacher non plus que nos transferts n'ont pas forcément amené le plus nécessaire. Nous prenons le côté positif de cette période, elle nous apporte de l'expérience et va nous permettre d'embrayer un peu différemment sur la suite du projet.

Vous parlez du recrutement, quels sont les profils que vous avez recherchés?

Nous privilégions les Luxembourgeois, les premières licences. Nous avons actuellement neuf étrangers dans l'effectif, y compris Mario (Mutsch) - ce qui me fait toujours un peu sourire -  sur 26 joueurs. La saison prochaine, nous aurons à nouveau un cadre entre 24 et 26 joueurs. Je pars du principe que nous en aurons 26 car nous serons qualifiés pour l'Europe, mais avec une majorité de premières licences. Nous allons  libérer Patrick Eshtimi. Nous nous sommes déjà séparés de Jordan Gobron (pour des raisons extrasportives) et Mario stoppera sa carrière. Nous tomberons donc à six étrangers et nous devrions en récupérer un, deux maximum, ce qui ne fera pas plus de huit joueurs non sélectionnables. Cela nous permettra d'être, je le pense, numéro 1 au niveau des premières licences au Luxembourg.  Nous voulons accélérer la procédure d'être l'équipe nationale du Luxembourg des joueurs non professionnels. Nous voulons un maximum de joueurs en sélection U21 et U19 et collaborer avec la FLF.  

L'objectif est de servir de tremplin c'est pour cela que nous voulons établir un contact permanent avec des clubs professionnels allemands, français, belges, italiens, etc. On veut dire à ces clubs: «Venez chez nous, il y a de bons joueurs. En plus, vous ne prenez aucun risque, si ça ne fonctionne pas on les reprend».

Le problème est avant tout mental.

Thomas Gilgemann: «Je constate aussi que nous n'avons pas vraiment trouvé une équipe-type.»
Thomas Gilgemann: «Je constate aussi que nous n'avons pas vraiment trouvé une équipe-type.»
Photo: Lex Kleren

Vous avez pourtant terminé l'année 2018 en boulet de canon: cinq succès, notamment sur des rivaux directs, en inscrivant 16 buts et en dominant la Jeunesse 5-0. Pourquoi la machine s'est-elle grippée après la trêve?

Le changement d'entraîneur a été bénéfique, en octobre, comme il l'est, par exemple, aujourd'hui à Differdange avec nos anciens entraîneurs. Le reproche que j'ai fait à notre groupe et à notre staff est qu'il n'y a plus cette envie qui nous avait permis de survoler la fin d'année. Le problème est avant tout mental. La qualité est là et nous avons mis une stratégie en place pour remporter nos deux derniers matches. 

Les compositions d'équipe ont régulièrement changé. N'aurait-il pas fallu davantage de stabilité à votre équipe?

Difficile de répondre à cette question parce que, avec le président, nous n'avons pas mis notre nez dans les compositions d'équipe ou dans la convocation des joueurs. Il y a un adversaire à prendre en compte, un état de forme, des résultats, beaucoup de paramètres entrent en ligne de compte. Je constate aussi que nous n'avons pas vraiment trouvé une équipe-type, mais il ne faut pas oublier les blessés, comme Yannick Bastos et Mike Schneider. Nous n'avons pas vraiment pu faire souffler un Manu François ou un Mayron De Almeida.

Aleksandre Karapetian n'a inscrit que dix buts. Quatre depuis la reprise. Il en avait marqué 29 la saison dernière et 19 avec Rosport en 2016-2017. Le Progrès n'est-il pas trop dépendant de son rendement?

Je ne veux pas dire qu'il n'a pas mis autant d'envie que la saison dernière, mais il a été moins efficace. Il a d'abord souffert de ne pas avoir été convoqué avec l'Arménie. Nous avons réussi à le rebooster et il a fini l'année en boulet de canon. Là, il n'a mis qu'un but en neuf matches, en étant quasiment titulaire tout le temps ou en jouant à deux devant. Ensuite, il a souffert de ses déplacements pour jouer pour l'Arménie. Ce n'est pas évident de rentrer le jeudi et jouer le dimanche suivant. Il a aussi manqué de confiance. On ne peut pas tout lui imputer. Sébastien Thill, par exemple, est à un but et une passe décisive sur la phase retour... Mayron De Almeida ce n'est pas trop mal, c'est peut-être le seul à ressortir aujourd'hui. Manu Françoise n'a jamais de grandes stats, mais cette année son influence sur le jeu est moindre. Nos latéraux apportent un peu moins aussi. C'est un tout. Au mercato hivernal, on a fait le nécessaire pour faire progresser l'équipe. On a pris Belmin Muratovic et Patrick Etschimi, mais ce dernier sera libéré en fin de saison.

Ne fallait-il pas lui laisser plus de temps pour démontrer ses qualités?

C'est compliqué. Quand tu arrives avec son profil et sa réputation, et à un niveau de salaire élevé, tu dois donner rapidement satisfaction. Je ne lui jette pas la pierre, il est responsable de la situation au même titre que ses coéquipiers.

Si Mario Mutsch avait été un peu plus suivi dans le vestiaire...

Au niveau des recrues, estivales cette fois, on a été surpris du peu de temps de jeu accordé à Tim Hall (692 minutes). Mario Mutsch, votre nouveau coach, n'a joué quant à lui que 784 minutes. Quelle est l'explication?

Les deux cas sont complètement différents. Mario est quelqu'un en fin de carrière. Il a apporté beaucoup au niveau du club, au niveau de la gestion, au niveau de son professionnalisme. Peut-être même que son état d'esprit professionnel l'a isolé. S'il avait été un peu plus suivi dans le vestiaire, il aurait été un élément un peu plus important même sans forcément être titulaire tout le temps. Mario n'a plus la capacité à disputer 90 minutes à fond, mais, quand il est entré en jeu, il a toujours été efficace parce qu'il a une mentalité hors norme. On connaissait cette prise de risque en le recrutant. Mais, en termes d'image, nous sommes aujourd'hui très fiers d'avoir été le dernier club de Mario, le Luxembourgeois aux 100 sélections. Il ne faut pas oublier qu'il a grandement participé à notre qualification et nos deux tours en Coupe d'Europe. Et nous comptons sur lui pour décrocher l'Europe à nouveau.

Pour Tim, c'est différent. Pour information, nous lui avons laissé une porte de sortie parce que nous ne voulons pas retenir des joueurs qui veulent s'en aller, mais il y a de fortes chances qu'il reste au club et soit  impliqué dans notre projet. Son mental doit progresser. Il est jeune, nous avons espoir qu'il progresse. Il a les qualités et doit faire partie des cinq meilleurs défenseurs centraux de BGL Ligue. Il doit postuler à l'équipe nationale. Quand tu joues défenseur central, quand tu as 21 ans, tu dois te remettre en question, tu dois gagner tes duels, tu dois mouiller le maillot encore plus que ce qu'il fait aujourd'hui. Il  doit gagner en concentration et passer un cap.

Thomas Gilgemann: «Il y a de fortes chances que Tim Hall reste au club.»
Thomas Gilgemann: «Il y a de fortes chances que Tim Hall reste au club.»
Photo: Lex Kleren

En cette fin de saison, les rumeurs fleurissent. Les noms de Jeff Strasser et de Pascal Carzaniga ont déjà été évoqués pour le poste d'entraîneur pour la saison prochaine. Qu'en est-il?

Jeff Strasser est sous contrat avec le Fola. Il le sera encore en cas de qualification pour l'Europe, à moins que le club ait des soucis dont je n'ai pas eu vent actuellement. Caza a déjà été coach au Progrès. Actuellement, tous les techniciens de qualité au Luxembourg sont dans une short list. Nous allons avoir des discussions avec nos entraîneurs, mais nous avons d'abord deux matches à gagner. S'il devait y avoir changement, un coach luxembourgeois de qualité - ou un binôme - aurait notre préférence par rapport à notre projet.

Toujours au sujet des entraîneurs, si Paolo Amodio est resté près de deux ans à la tête de l'équipe, pour sa deuxième expérience au club, la moyenne des autres techniciens est de moins de treize mois. C'est une donnée qui interpelle, non?

Sans parler de ce qui vient de se produire et qui était, à notre sens, une nécessité, c'est un principe d'évolution. Il y a cinq ans quand nous avons décidé de reprendre la tête du club avec Fabio, nous avions  un projet en tête avec des étapes à franchir step by step. C'est ce que nous continuons à faire aujourd'hui. Il nous fallait essayer de raisonner de façon la plus logique et intelligente possible, dans un projet où le joueur luxembourgeois serait au maximum mis  en valeur. Fabio et moi faisons partie de cette évolution. Nous ne nous mettons pas en dehors des mauvais résultats, ni en dehors du fait d'avoir passé des tours de Coupe d'Europe et d'avoir fait grandir le club.

Nous voulons que nos coaches soient les responsables à part entière de tout le domaine sportif.

Ce projet fait que nous évoluons aussi avec nos idées et nos principes. A chaque période d'évolution, nous avons besoin d'une personne. Au moment où nous avons recruté un Fabien Tissot par exemple, après l'arrêt d'Olivier Ciancanelli qui nous avait ramené en Coupe d'Europe, le timing était peut-être un peu trop tôt par rapport à notre projet et aux joueurs en place.  Ce n'était pas le bon moment. Ensuite, on a pris l'option de mettre Paulo et Lobo en place par rapport à notre concept de joueurs luxembourgeois. Derrière, nous nous sommes dit: «Est-ce que nous sommes prêts à passer au cap suivant?»

Aujourd'hui, nous voulons que nos coaches soient les responsables à part entière de tout le domaine sportif et nous ne voulons intervenir que le plus rarement possible. Que l'on continue avec le staff en place ou avec d'autres responsables, nous devons passer ce cap dans la structuration du club. Nous voulons donner la ligne directrice et laisser la gestion du quotidien aux hommes en place pour nous consacrer à d'autres étapes, comme le partenariat avec des clubs pros par exemple.

Thomas Gilgemann: «Au-delà de la manne financière que la Coupe d'Europe rapporte, c'est l'aspect humain, le partage, qui nous animent.»
Thomas Gilgemann: «Au-delà de la manne financière que la Coupe d'Europe rapporte, c'est l'aspect humain, le partage, qui nous animent.»
Photo: Lex Kleren

Une non-participation à la Coupe d'Europe serait un coup d'arrêt dans la progression du club. Si c'était le cas, qu'en serait-il de l'investissement du binôme que vous constituez avec le président?

Ce serait un coup d'arrêt, mais je peux affirmer qu'on va tout faire pour soutenir l'équipe. Mais si nous n'étions pas européens, le projet continuera. Nous n'abandonnerons pas. A nous de trouver les finances nécessaires pour combler la manque à gagner et conserver un effectif de qualité. Après la défaite au Racing, nous nous sommes vus avec Fabio. Au même moment, et avec presque les larmes aux yeux, nous nous sommes dit: «C'est quand même génial l'Europe!»

Même si nous avons toujours le sentiment de ne pas en profiter assez en raison de la somme de travail que cela demande. A nous de bosser pour retrouver ces sensations, car au-delà de la manne financière que la Coupe d'Europe rapporte, c'est l'aspect humain, le partage, qui nous animent. Quand j'ai vu mon gamin de douze ans avec les larmes aux yeux après la qualification contre les Rangers... ça n'a pas de prix!  C'est aussi pourquoi je ne comprends pas qu'on ne puisse pas tout donner pour vivre ou revivre de tels moments.

Dernière question en guise de conclusion: en attendant la montée en puissance du Swift, financé par Flavio Becca, et l'affaiblissement attendu de Dudelange, imaginez-vous un duel Fola - Progrès lors des prochaines années?

Ce serait avec plaisir étant donné la difficulté de notre projet. Mais il ne faut pas sous-estimer Dudelange ni éventuellement le Swift. Connaissant un peu Flavio Becca,  je ne pense pas qu'il soit OK pour végéter deux-trois ans dans le ventre mou du classement avec Hesperange. Dans un cadre plus global, ça pourrait éventuellement nous ouvrir une petite brèche de une ou deux voire trois saisons pour pousser notre projet encore vers le haut et pourquoi ne pas décrocher le titre?



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