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Sébastien Remy: «Plus jamais je ne reviendrai dans le football luxembourgeois»
Sport 8 min. 01.03.2019

Sébastien Remy: «Plus jamais je ne reviendrai dans le football luxembourgeois»

Sébastien Remy dans une tribune au pays? L'ancien milieu de terrain n'a plus l'intention d'aller voir des matchs au Luxembourg.

Sébastien Remy: «Plus jamais je ne reviendrai dans le football luxembourgeois»

Sébastien Remy dans une tribune au pays? L'ancien milieu de terrain n'a plus l'intention d'aller voir des matchs au Luxembourg.
Photo: Ben Majerus
Sport 8 min. 01.03.2019

Sébastien Remy: «Plus jamais je ne reviendrai dans le football luxembourgeois»

Christophe NADIN
Christophe NADIN
Sébastien Remy est rangé du football. Ecœuré par son expérience dudelangeoise, l’ancien milieu de terrain ne remettra jamais plus un pied dans le club qui lui reste pourtant cher. Son départ, sa relation avec le football, l’évolution du sport roi au pays: «Seb» dit tout.
  • Sébastien, on s’est quitté il y a un peu plus de deux ans. Depuis, vous avez complètement disparu des radars. On vous retrouve aujourd'hui dans une agence immobilière. Que s’est-il passé?

Je suis pratiquement parti du F91 du jour au lendemain. Je n’étais plus d’accord avec ce qui se faisait. Ce fut mon choix. Des choses m’ont chagriné. J’ai préféré m’éclipser.

  • Quelles choses précisément?

Je n’étais plus en phase avec la politique de recrutement. J’avais mis en place certaines choses pendant que d’autres se faisaient dans mon dos. Je n’étais plus en odeur de sainteté.

  • Vous voulez parler de sabotage?

Certaines personnes en interne ont saccagé mon travail. Je tairai leur nom mais ce n’est pas difficile de les identifier.

  • Elles ne sont plus au club?

Non, comme par hasard…

  • Quelle fonction occupiez-vous exactement?

J’étais plus un conseiller auprès des joueurs. J’essayais de les mettre dans les meilleures conditions possible. Je participais au recrutement. Je proposais des noms. J’essayais de promouvoir les jeunes sans m’occuper du centre de formation.

  • Couper le cordon ombilical après une telle carrière, ça doit faire mal, non?

Oui. Mais quand c’est terminé dans ma tête, c’est terminé! Encore maintenant ça me peine. Il y avait un potentiel énorme dans ce club. Et tellement de choses à faire...

  • Avec le recul, comment jugez-vous l’évolution du club?

Logique, malheureusement. Comme un club qui est dirigé par une seule personne... Ceci dit, félicitations pour les titres et le parcours exceptionnel en Coupe d’Europe. Je n’ai rien à redire là-dessus. Par contre, sur la méthodologie…

  • Vous voulez parler de la politique de transferts? On a parfois cherché un fil rouge, non?

C’est le gros problème. Il y avait mieux et moins cher, même si je le répète, les résultats sont là. Il y a eu énormément de déchets et ce n’est pas nécessairement la faute des joueurs. Aujourd'hui, la réglementation fait que certains ne peuvent pas jouer pour des raisons statutaires. Du coup, Dudelange est devenu un fournisseur de joueurs. C’est difficilement compréhensible.

  • Qu’est-ce qui vous relie encore au football luxembourgeois?

Plus rien. J’ai été profondément déçu. Ecœuré. Je vais encore voir Metz de temps en temps. Je regarde encore un peu de football à la télévision. Mais plutôt la Bundesliga. Ou Marseille…

  • On ne vous reverra plus de sitôt dans une fonction ou une autre?

Plus jamais je ne reviendrai dans le football luxembourgeois malgré tout ce qu’il m’a donné et tout ce que je lui dois. Il ne correspond pas à ma vision. A la limite, je m'identifie à Niederkorn. La façon dont le club s'est structuré et sa communication me parlent. Il n'y a pas mieux au Luxembourg. A un degré moindre, le Fola travaille bien aussi. Mais de façon générale, ça ne m’intéresse plus même si Dudelange restera à jamais mon club de cœur.

  Plus jamais je ne reviendrai dans le football luxembourgeois malgré tout ce qu’il m’a donné et tout ce que je lui dois.   
  • La fracture est nette pour quelqu'un qu'on est allé chercher et qui a fini par porter le maillot de la sélection, non?

Je dois tout au Luxembourg. A Paul Philipp aussi. Il est venu me chercher. Je ne veux pas critiquer le système mais je ne suis plus en adéquation avec.

  • Vous voulez parler des statuts qui viennent encore d’évoluer avec une limitation de prêts de joueurs d’un club à l’autre?

Cela sert à quoi? On est à l’opposé de tout ce qui se fait. L’arrêt Bosman existe et on a imposé un nombre de premières licences. Je ne cautionne pas la politique dudelangeoise, mais le club n’a pas enfreint les règles. La Jeunesse n’a-t-elle pas battu Dudelange cette saison? Les clubs devraient être contents, non? Ce n’est pas le fond du problème.

  • C’est quoi alors?

Le football reste le sport n°1. Si on veut faire revenir les spectateurs, il faut passer à huit clubs parmi l’élite. La politique actuelle de la FLF, c’est de faire plaisir à tout le monde. Y compris les petits. Mais que veut-on faire? Faire plaisir ou gagner? Gagner! Même le dernier du classement. La voie à suivre, c’est le professionnalisme. A tout le moins le semi-professionnalisme. Et arrêtons cette trêve de trois mois!

  • Le fond du problème, ça reste l’évolution d’un joueur, non? Le chemin idéal pour qu’un jeune progresse ne passe-t-il plus par l’étranger?

Pas obligatoirement. Partir pour partir, je ne suis pas sûr que ce soit une bonne chose. Le déchet est énorme aujourd'hui. Qu’un gamin de 13 ou 14 ans soit formé dans un bon club étranger, je dis oui, mais s'il ne perce pas à 20, 21 ans, ça devient compliqué. Le niveau n’est pas meilleur en Division 3 belge ou française qu’à Dudelange, au Progrès ou au Fola. Qui a réussi à l’étranger aujourd'hui? Olivier Thill, Laurent Jans. Mais à part ça?

  • Vous connaissez bien les cas de Turpel et Sinani pour les avoir côtoyés à Dudelange. Et ils sont toujours là...

On voulait faire venir les deux frères Sinani. Danel avait un potentiel énorme. Comme Olivier (Thill), il a la capacité d’aller plus haut. Dave aussi mais la tête ne suit pas. Dommage. C’est un extraterrestre au pays. Il a tout: la puissance, l’adresse devant le but. Il a tout pour réussir, mais il ne s’est pas fait mal.

Turpel est un extraterrestre au pays, mais il ne s'est pas fait mal
  • De bons jeunes sont sortis de l’Académie de Dudelange mais n’ont pas reçu leur chance en équipe première. Pourquoi?

J’étais d’accord avec Guy Hellers pour dire qu’un Junior devait faire trois ans. Le choc est trop brutal pour percer après deux ans. Les jeunes avec un potentiel devaient signer dans un club de Promotion d’Honneur ou de milieu de tableau en BGL Ligue pour s’aguerrir. Je ne comprends toujours pas comment Patrik Teixeira n’a pas percé. Le mental n’a pas suivi. Il ne faut pas croire qu’un ou deux matches suffisent pour être arrivé. Mais c’est aussi la faute du système. Les gamins savent qu’un club a besoin d’eux en raison des premières licences et signent des contrats trop bien payés.

  • La sélection a-t-elle atteint son nirvana?

Non, l’Islande a participé à la Coupe du monde. Si eux peuvent le faire, le Luxembourg aussi.

  • Dimanche, c’est le choc au pays entre deux de vos anciens clubs, Dudelange et le Fola. Parlez-nous des deux entraîneurs que vous connaissez bien.

Dino et Jeff sont les deux meilleurs au pays. Il y a eu Michel Le Flochmoan qui était un manager hors pair. Dino, ses entraînements sont extraordinaires. Sa tactique est excellente. C’est quelqu'un de droit.

Sébastien Remy ne tarit pas d'éloges lorsqu'il évoque Dino Toppmöller. Le meilleur entraîneur pour lui.
Sébastien Remy ne tarit pas d'éloges lorsqu'il évoque Dino Toppmöller. Le meilleur entraîneur pour lui.
Photo: Ben Majerus
  • La politique des deux clubs est différente. Que vous inspire celle du Fola?

C’est un club très familial capable de mettre les joueurs dans de bonnes situations. Peut-être qu’à l’arrivée de Gerard Lopez, le club a dégainé dans tous les sens. Maintenant, c’est davantage structuré. Et le retour de mon ami Jeff fait beaucoup de bien.

  • Au moment où vous êtes arrivé au Fola (1995), il n’y avait aucun frémissement qui laissait à penser que le club reviendrait au top, si?

Absolument aucun signe. Il y avait une belle ambiance, mais c’était très amateur. A part un miracle, tu te dis que le club ne bougera jamais. Puis Gerard est arrivé. Moi je suis parti à Mertzig car c’est le seul club qui acceptait de payer ma clause libératoire. C’est grâce à Mertzig que je me suis révélé.

  • Quelles seront les clefs de ce match?

Rigueur défensive, rigueur tactique et discours de l’entraîneur: ce sont trois des clefs. Mais Dudelange est un cran au-dessus pour le moment.

  • Et demain et après?

Dudelange est mort. Je suis juste impatient de voir qui va suivre Flavio. Déjà un joueur qui part, c’est particulier. Un entraîneur encore plus. Mais que va faire le président?

Dudelange est mort. Je suis juste impatient de voir qui va suivre Flavio...
  • On vous donne tous les joueurs de Dudelange et du Fola. Composez votre onze de départ!

Joubert dans les buts, Schnell et Prempeh dans l’axe même si Klein me plaît beaucoup. Mélisse à gauche car Kirch est moins fort ces dernières années et Laterza, à droite, car c’est un «chien», un «casse-couilles» sur le terrain avec une mentalité comme je les aime. Au milieu, je mets Stelvio car c’est le meilleur au pays quand il veut. Je mets Dikaba à ses côtés. Je l’ai fait venir de Seraing. Un super type. Sur les côtés, Sinani et Couturier même si Stolz me plaît. Devant je mets Hadji et Turpel. C’est un peu les mêmes profils mais ce sont les deux meilleurs au pays.

  • Et si on vous invitait ce dimanche pour assister au match?

Non. Jamais plus je ne remettrai les pieds là-bas...


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