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Saint-Marin en eaux troubles
Franco Varrella, le nouveau sélectionneur de Saint-Marin, a fait son baptême du feu à Minsk samedi.

Saint-Marin en eaux troubles

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Franco Varrella, le nouveau sélectionneur de Saint-Marin, a fait son baptême du feu à Minsk samedi.
Sport 5 min. 11.09.2018

Saint-Marin en eaux troubles

Avant Saint-Marin - Luxembourg mardi (20h45)

Saint-Marin, deuxième adversaire du Luxembourg mardi en Ligue des Nations, est secoué par des affaires de matches arrangés. La nouvelle équipe dirigeante de la Fédération entend liquider l’héritage du système précédent et imposer un nouveau mode de fonctionnement.

Par Guillaume Balout

Mercredi 29 août, les sourires ont forcément dû être un peu crispés lors de la traditionnelle soirée au théâtre Titano où le Tout-Saint-Marin footballistique se retrouve chaque été pour la présentation de la saison. La veille, la procureure de cette petite république enclavée en Italie déférait devant la justice sportive dix-neuf personnes et six clubs, dont le double champion en titre (La Fiorita), impliqués dans l’organisation de cinq rencontres truquées de coupe et de championnat entre mars 2016 et mars 2017. Auteur de l’audacieuse et très médiatisée réponse à Thomas Müller après une défaite contre l’Allemagne (0-8) en 2016, Alan Gasperoni, président de La Fiorita au moment des faits, figure sur cette liste.

L’affaire éclate au grand jour à l’entrée du stade olympique de Serravalle où les Roud Léiwen affronteront la Serenissima mardi en Ligue des Nations. Le 21 mai 2017, Tre Penne et La Fiorita y ont rendez-vous pour disputer la finale du championnat. Venu en spectateur, Armando Aruci est interpellé par la police sous les regards ahuris de la foule. L’attaquant de Virtus fait partie d’un groupe d’individus soupçonnés d’avoir arrangé le match de coupe, deux mois plus tôt, entre son club et San Giovanni pour des paris. En janvier dernier, le tribunal prononce des peines sévères, allant jusqu’à quatre ans et demi d’interdiction de toute activité liée au football, à l’encontre de vingt-quatre joueurs, entraîneurs et dirigeants. Six clubs, déjà, sont concernés.

L’adjoint de Sacchi et Bonini aux commandes

En réalité, la véritable origine du scandale remonte à janvier 2017. Après quatre tours de vote acharnés, Marco Tura est élu président de la Fédération saint-marinaise de football (FSGC) par le Conseil fédéral. Il met ainsi fin à trente-deux ans de pouvoir absolu de son prédécesseur Giorgio Crescentini qui soutenait la candidature rivale de Giampaolo Mazza, son protégé et sélectionneur de 1998 à 2013. L’ancien arbitre compte, selon ses propres termes, épurer «le cloaque» trouvé à son arrivée. Si les affaires de matches truqués agitent régulièrement le voisin italien, Saint-Marin ne faisait guère parler de lui dans ce domaine. Pourtant, sur ce territoire de 61 km2 pour 33 000 habitants, le football occupe une place notable avec seize clubs, soit un pour 2 000 résidents, 1 900 licenciés, soit près de 6 % de la population, et un championnat à quinze formations. Fonctionnant sur le modèle d’une ligue fermée, celui-ci est rythmé par des dominations cycliques dans un microcosme où tout le monde se connaît et où prévalent les intérêts des grandes familles…

Le nouvel homme fort du football saint-marinais procède à une large restructuration de la FSGC. Tenu à l’écart depuis son éviction du poste de sélectionneur en 1997, Massimo Bonini, plus grand joueur de l’histoire du pays et coéquipier de Michel Platini à la Juventus Turin championne d’Europe en 1985, revient comme directeur technique national, fonction nouvellement créée. De la même façon, la FSCG se dote d’une direction générale et s’ouvre à un autre joueur ayant marqué le football saint-marinais jusqu’à sa retraite en juin: Andy Selva. Meilleur buteur (huit réalisations) de la Serenissima dont il est également le plus capé (74 sélections), il vient de prendre en charge l’équipe nationale des U17. Surtout, Tura confie le rôle de sélectionneur à Franco Varrella, adjoint d’Arrigo Sacchi à la tête de la Squadra Azzura en 1995 et 1996. Ce technicien étranger – il est italien - sera a priori moins sensible aux pressions locales.

Un vent de réformes

Ce changement de décor s’accompagne également d’une refonte des compétitions. A partir de cette saison, la coupe se déroule uniquement sous la forme de matches à élimination directe, supprimant ainsi les rencontres sans enjeu qui favorisaient les arrangements. Tout en conservant son format à deux groupes de huit et sept équipes, le championnat change de formule, jusque-là alambiquée, pour renforcer son intérêt et chasser les matches sans perspective. Au niveau du règlement, la FSGC abolit le système de double appartenance qui autorisait un joueur du championnat à avoir une autre licence en Italie. En contrepartie, il n’y a désormais plus de quota d’étrangers, mais un minimum de deux Saint-Marinais à aligner au coup d’envoi.

Le principal projet de Tura porte sur la formation. Comme Andorre avec l’Espagne, Saint-Marin a la particularité de disposer de son propre championnat et d’un club semi-professionnel évoluant en Italie. Actuellement en Série D, à savoir le quatrième échelon, le San Marino Calcio est censé représenter la vitrine du football national en attirant ses jeunes prometteurs, c’est-à-dire susceptibles d’accéder au professionnalisme. Or, la FSCG souhaiterait aujourd’hui reprendre la main sur ces derniers qui disputent le championnat italien des U19, réservé aux formations de Série D. Les premières tensions sont apparues dès l’été dernier avec la mise en place de la San Marino Academy, l’équivalent du Centre de formation national de Mondercange, ouvert aux filles et garçons de douze à dix-huit ans.

C’est dans ce contexte délétère que la 203e sélection mondiale se lance dans cette nouvelle Ligue des nations qui doit lui permettre de redorer une image ternie par les résultats et dégradée par les scandales.


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