Changer d'édition

Poulidor décède à l'âge de 83 ans
Sport 2 5 min. 13.11.2019

Poulidor décède à l'âge de 83 ans

Raymond Poulidor au côté de Fränk et Andy Schleck lors du Tour de France 2017.

Poulidor décède à l'âge de 83 ans

Raymond Poulidor au côté de Fränk et Andy Schleck lors du Tour de France 2017.
Photo: Serge Waldbillig
Sport 2 5 min. 13.11.2019

Poulidor décède à l'âge de 83 ans

Raymond Poulidor est décédé ce mercredi matin à Saint-Léonard-de-Noblat dans sa commune du Limousin. L'ancien champion français était hospitalisé en raison d'une grande fatigue depuis le 8 octobre.

(AFP) - «Poupou» était une des figures marquantes du cyclisme des années 60 et 70 au même titre que son grand rival Jacques Anquetil ou encore Eddy Merckx. Il est sans doute le coureur français le plus populaire. 

«Il est parti ce matin», vers 2h, a indiqué son épouse Gisèle. «Il avait le coeur très fatigué». L'ancien champion avait été hospitalisé début octobre. Un établissement qu'il n'a pas quitté depuis, a précisé son épouse.  

Bien qu'il n'ait jamais porté le maillot jaune, son image est étroitement liée à celle du Tour de France. Ce fils d'agriculteur du Limousin est monté 8 fois sur le podium de la Grande Boucle (un record). Au total, il a participé à ... 57 Tour de France, comme coureur puis ambassadeur de plusieurs marques.  

Les vidéo 360 ne sont pas supportées. Voir la vidéo 360 dans l'app Youtube.

Le Français a incarné le champion accessible et laborieux, aussi méritant que malchanceux, au fil d'une carrière entamée en 1960 et terminée à 40 ans passés. Un demi-siècle plus tard, toujours présent dans le village-départ des étapes du Tour, il continuait à signer des autographes à des admirateurs de tous âges: "J'ai la hantise de ne pas être reconnu dans la rue", avouait-il.  

Né le 15 avril 1936 dans une famille modeste des Gouttes, hameau d'un petit village de la Creuse, Masbarraud-Mérignat, Poulidor était devenu à l'âge adulte "Poupou". Ce surnom affectueux lui fut très vite donné par le public qui appréciait plus encore la sportivité et la simplicité du champion, que ses performances.   

Parce qu'il savait perdre aussi bien que gagner, parce qu'il courait sans perdre le sourire après un insaisissable maillot jaune au long de quatorze participations dans le Tour («le maillot jaune, souriait-il, c'est un regret pour mes supporters mais moi, je ne serais ni plus riche ni plus heureux»), parce qu'il s'était imposé comme le rival de Jacques Anquetil, son opposé à maints égards, le Limousin au visage buriné, fils de métayers, était devenu une légende de la France gaulliste, puis pompidolienne, giscardienne enfin. 

Le mythe de l'éternel second   

«Cette popularité, disait-il, je ne me la suis jamais vraiment expliqué. Elle ne m'a pas toujours rendu service. Elle modérait mes ambitions. Premier ou deuxième, on me réservait toujours le même accueil. Je me souviens des journalistes, les soirs de grande défaite. Ils osaient à peine pousser ma porte, tant ils me pensaient abattu, et ils me trouvaient réjoui. La seule fois où j'ai été sifflé, à l'arrivée du Tour de France 1963, j'ai été piqué au vif. Je me suis entraîné comme un damné et, quelques semaines plus tard, j'ai gagné le Grand Prix des Nations».      

Johny Schleck et Raymond Poulidor lors du Tour de Luxembourg 1974.
Johny Schleck et Raymond Poulidor lors du Tour de Luxembourg 1974.
ARCHIVES LW

Rien n'était plus injuste que le mythe de l'éternel second. Car le palmarès du coureur de Saint-Léonard-de-Noblat, une bourgade de Haute-Vienne où il résidait avec sa femme, était des plus enviables, quand bien même il y manqua toujours le Tour de France. Vainqueur de Milan-San Remo (1961), dès sa deuxième saison chez les "pros" sous la direction d'Antonin Magne, longtemps son mentor, il remporta aussi le Championnat de France sur route (1961), la Flèche Wallonne et le Grand Prix des Nations (1963), le Tour d'Espagne (1964), le Dauphiné (1966 et 1969), Paris-Nice (1972 et 1973). Et tant d'autres...

En 1964, il enleva aussi le Super-Prestige Pernod, désignant le meilleur coureur de la saison. La même année, dans le Tour de France, il livra un duel homérique à Jacques Anquetil sur les pentes du Puy-de-Dôme. Le Limousin parvint à distancer le Normand, mais insuffisamment pour endosser le maillot jaune. A Paris, il s'inclina finalement de 55".

Un phénomène de longévité

Ce solide grimpeur, capable aussi de gagner des contre-la-montre, fut aussi un phénomène de longévité et de fidélité à une équipe (Mercier), la seule durant toute sa carrière. Avant de quitter le peloton, le 2 octobre 1977 à Cannes, il fut le plus rude adversaire d'Eddy Merckx dans le Tour de France 1974 (2e). A 38 ans! Cette année-là, il monta sur le podium du Championnat du monde à Montréal (2e), toujours derrière le Belge. 

Père de deux enfants, Poulidor, qui était doté d'un proverbial sens de l'économie, cultivait encore son incroyable popularité par des activités de consultant et, jusqu'à ces dernières années, des visites à travers la France pour s'occuper des vélos portant son nom.    

«Je suis content de ma vie. Déjà, quand je courais, les autres me le reprochaient: Alors toi, tu ne protestes jamais? Mais, contre quoi aurais-je protesté? On nettoyait mon vélo, on me massait tous les soirs, j'étais logé, je mangeais bien, c'était la vie rêvée» confia-t-il un jour. 

Pendant le Tour de France, il continuait à bénéficier de ce qu'Antoine Blondin appela en son temps la «vox populidor». Cet engouement se traduisait par d'innombrables «Allez Poupou!», le cri de ralliement de ses supporters de tous âges puisque le phénomène perdurait à travers les générations. «C'est bizarre, on dirait que ma réputation traverse les âges!», s'étonnait ce symbole d'une France rurale que les sociologues affirment en voie de disparition.       

La succession sportive familiale reste toutefois assurée avec la présence dans le peloton de Mathieu van der Poel, son petit-fils. Le Néerlandais brille à la fois sur la route mais aussi en cyclo-cross et en VTT. Il est d'ailleurs champion du monde des deux dernières disciplines.   

Raymond Poulidor évoque Charly Gaul en 2015



Sur le même sujet