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Paul Philipp: «Nous avons préservé l'intérêt de cette Ligue des Nations»
Pour Paul Philipp, un match nul en Biélorussie, lors du prochain match de la Ligue des Nations, serait un bon résultat.

Paul Philipp: «Nous avons préservé l'intérêt de cette Ligue des Nations»

Photo: Ben Majerus
Pour Paul Philipp, un match nul en Biélorussie, lors du prochain match de la Ligue des Nations, serait un bon résultat.
Sport 8 min. 12.09.2018

Paul Philipp: «Nous avons préservé l'intérêt de cette Ligue des Nations»

Didier HIEGEL
Didier HIEGEL
Après Saint-Marin - Luxembourg 0-3

C'est un président de la FLF forcément comblé après les deux premiers matches de la Ligue des Nations qui nous a accordé une interview. Mais Paul Philipp, fidèle à lui-même, ne fait toujours pas de la sélection nationale la favorite de son groupe.

Président, quelle analyse faites-vous de ce début de campagne de Ligue des Nations?

C'est un sans-faute au niveau résultats, avec sept buts marqués pour aucun encaissé. On ne peut comparer nos deux premiers adversaires car la Moldavie, samedi,  était nettement plus forte que Saint-Marin ce mardi, la preuve en est que lors des 25 ou 30 premières minutes du match de samedi nous avons été mis en difficulté. Par contre, nous avons réalisé une des meilleures, sinon la meilleure, deuxième mi-temps depuis bien bien longtemps. Le match à Saint-Marin a été complètement différent, cette équipe était forcément moins forte et il fallait inscrire un premier but assez rapidement. Le deuxième est arrivé au meilleur moment (Joachim juste avant la pause). A ce moment-là, nous ne pouvions plus perdre. Par après, la concentration n'était plus à 100%, nous aurions pu gagner 5 ou 6-0. A cette occasion, on a pu observer que l'écart se creuse aussi chez les «petits» car cette équipe de Saint-Marin n'a pas grand-chose à proposer.

Avec le match nul de la Biélorussie en Moldavie (0-0), peut-on dire que le Luxembourg est désormais le favori du groupe 2?

La Moldavie jouait déjà sa dernière carte après la défaite enregistrée chez nous. Nous possédons un petit avantage sur les Biélorusses avant de venir jouer chez eux. S'ils nous battent, ce que je ne souhaite bien évidemment pas, nous resterions à un point derrière avant de recevoir Saint-Marin. Il se peut donc que nous jouions une finale contre la Biélorussie à Luxembourg. Mais pour moi, la Biélorussie reste favorite.

Avant ce début de campagne, vous attendiez-vous à ce scénario?

La victoire à Saint-Marin était attendue. Pour moi, le match contre la Moldavie était un peu comme une rencontre de coupe, c'est le match que j'attendais. Les deux équipes partaient à 50-50 et on ne sait pas ce qu'il serait advenu s'ils avaient mené au score. Dans ce cas de figure, est-on capable de faire une deuxième période comme celle que nous avons réalisée? Je pensais davantage que nous pourrions compter quatre points après ces deux premiers matches. Avec six points au compteur, c'est le départ idéal. Je me répète, mais même en cas de défaite à Minsk on reste dans la course. L'important reste aussi que nous avons su préserver l'intérêt de la Ligue des Nations, imaginez que nous soyons dans la position de la Moldavie...

Est-ce que ce système sera encore en application pour l'attribution des billets pour le prochain Mondial?

Au terme de ce groupe D, il y a un très beau cadeau avec un billet pour le prochain Euro...

Effectivement, c'est un beau cadeau. Mais il y a une bonne question à poser par après: est-ce que ce système sera encore en application pour l'attribution des billets pour le prochain Mondial ? Je suis curieux de savoir quelle réponse sera apportée, car cela signifiera qu'une des grandes nations donne une place à un «petit». Cela reste à voir...

Au niveau de l'effectif de l'équipe nationale, on s'aperçoit que l'absence d'un ou plusieurs joueurs majeurs n'est plus problématique étant donné la richesse du banc. Comment l'expliquez-vous?

C'est un tout: le travail du centre de formation de Mondercange associé au travail effectué dans les clubs. C'est un travail de longue haleine, le fruit d'un travail sur quasiment une génération. Beaucoup de jeunes sont à l'étranger, ça aide, mais quand ils sont dans des clubs comme Dudelange ça aide aussi. Il n'y a qu'à voir les prestations en Coupe d'Europe des clubs luxembourgeois pour se rendre compte du travail effectué en club. Les clubs se sont aussi donné les moyens de faire des résultats et la configuration des compétitions les facilitent aussi. Auparavant, si on tombait sur Liverpool ou le Real Madrid c'était un soir de fête et puis c'était fini.

«Mario Mutsch est tombé du ciel»

Le groupe est jeune (24,6 ans de moyenne) et le plus ancien a 34 ans. Mario Mutsch a passé treize ans en sélection et vient de battre le record de Jeff Strasser avec 99 capes. Que pensez-vous de ce joueur découvert à La Calamine?

Il est arrivé comme ça. Quelqu'un est venu nous parler de lui, qu'il était né en Belgique, du côté germanophone, et que sa mère avait des attaches luxembourgeoises. Il est tombé du ciel. Par après, nous avons le mérite de l'avoir intégré. Il a fait une carrière exceptionnelle. Il a eu une longévité exceptionnelle, même si ce n'est pas fini. C'est quelqu'un qui connaissait ses limites et savait que sa réussite passait par le travail. Il a fait une belle carrière grâce à son engagement, grâce à son travail.

L'ensemble des joueurs de la sélection ont aussi évolué. Ils sont plus professionnels que par le passé, sur et en dehors du terrain. Est-ce aussi votre perception?

Certainement, les jeunes joueurs ont évolué surtout mentalement. Quand les garçons partent à l'étranger dans les clubs pros, même s'ils ne jouent pas en équipe première, c'est aussi une suite de la formation effectuée dans notre école de foot. On veut leur donner une certaine mentalité, celle de ne pas aller sur le terrain pour limiter les dégâts. Je ne voudrais pas lancer une polémique avec les Saint-Marinais, mais on a bien vu, et dès le début du match, que le gardien cherchait à gagner du temps comme on le faisait auparavant. Ça se passe dans la tête, les jeunes sont déçus quand ils sont battus. Je le vois quand je vais voir les U14 jusqu'au U18. Dans la mentalité, dans l'approche des matches, il y a un certain culot.

Cette formation et cette approche permettent au sélectionneur de varier sa mise en place tactique, même en cours de match. C'est aussi une évolution.

Oui, il peut carrément changer d'organisation, passer d'un 4-4-2 à un 3-5-2, ou peu importe, avec des joueurs aux qualités différentes, à différentes positions, défensives ou offensives, c'est certainement un bel avantage. Il est dans une position où il peut prendre les joueurs les plus en forme, ce n'était pas toujours le cas. Auparavant, il fallait composer avec sept ou huit éléments. Même diminués, un peu blessés, ils jouaient. Aujourd'hui, nous avons un groupe avec presque une trentaine de joueurs qui entrent en ligne de compte.

Dans la mentalité, dans l'approche des matches, il y a un certain culot

Etes-vous surpris de l'engouement autour de Dudelange et de l'équipe nationale?

Hier (mardi), j'étais assis tout près des supporters et heureusement qu'ils étaient là à certains moments du match (80 supporters environ avaient fait le déplacement à Saint-Marin) pour mettre de l'ambiance. Ils voient les résultats, ils sont proches des joueurs. Ils ont aussi beaucoup de mérite de nous suivre. Ils nous ont déjà donné rendez-vous pour venir à Minsk. Mais ne rêvons pas, cet engouement passe par des résultats. Et des résultats sur la durée. D'ailleurs, nous avons encore reçu des demandes d'abonnement pour les matches restants de la Ligue des Nations.

Comment voyez-vous la suite de ces éliminatoires?

Pour le moment, on sera encore dans le coup au cinquième match, si je compte sur une nouvelle victoire contre Saint-Marin. Au pire, nous serons à un point derrière la Biélorussie qui viendra encore chez nous par après. Ensuite, un match difficile nous attendra en Moldavie. Un premier petit objectif a été atteint: nous avons préservé l'intérêt de cette Ligue des Nations. Nous occupons la première place à ce jour, mais je persiste à dire, étant donné que nous avons concédé pas mal d'occasions - même Saint-Marin a tiré trois-quatre fois au but -, que nous devons être vigilants. Rien n'est fait. Le gros morceau reste la Biélorussie. Ils ont vraiment une chance unique, avec le noyau qu'ils ont, de terminer premiers. Pas seulement de notre groupe, mais de toute la Ligue D. C'est probablement l'équipe la plus forte des seize en lice.

Le match en Biélorussie, le 12 octobre, sera-t-il décisif ?

Non.

Même en cas de victoire?

Ah oui... j'avais pensé trop négativement. Non, puisqu'on doit aller en Moldavie et les Biélorusses sont tout à fait capables de venir gagner chez nous. Ils ne sera pas décisif non plus si nous sommes battus. Soyons réalistes, un match nul serait un excellent résultat.



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