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Moldavie: la vie sans Postolachi
Sport 7 min. 07.09.2018

Moldavie: la vie sans Postolachi

Virgiliu Postolachi a signé son premier contrat pro avec le PSG au début du mois de juillet. Il est lié au champion de France jusqu'au 30 juin 2021.

Moldavie: la vie sans Postolachi

Virgiliu Postolachi a signé son premier contrat pro avec le PSG au début du mois de juillet. Il est lié au champion de France jusqu'au 30 juin 2021.
Photo: PSG
Sport 7 min. 07.09.2018

Moldavie: la vie sans Postolachi

Avant Luxembourg - Moldavie samedi à 20h45

Pépite de dix-huit ans, Virgiliu Postolachi n’a pas répondu à la sélection de Moldavie qui affrontera le Luxembourg samedi en Ligue des Nations. Sollicité par la Roumanie, l’attaquant du Paris SG se retrouve au cœur d’un imbroglio juridique.

Par Guillaume Balout

Pour Virgiliu Postolachi, tout s’accélère le 30 juillet au stade national de Singapour. Rejoint au score après avoir mené 2-0, le PSG doit se contenter du match nul contre l’Atlético Madrid. Seulement, dans les arrêts de jeu, son attaquant de dix-huit ans intercepte le ballon aux vingt mètres, crochète du droit et décoche une frappe enroulée du gauche qui se loge dans la lucarne du vainqueur de la Ligue Europa. Le champion de France achève sa tournée asiatique par une victoire offerte par son jeune Moldave. Ou Français. Ou Roumain.

Le grand public découvre alors le talent de Postolachi, privilège que n’auront pas les spectateurs du stade Josy-Barthel samedi. Convoqué par la Moldavie, le joueur ne s’est pas rendu au rassemblement de l’équipe nationale lundi à Chisinau. «Il y a trop de polémiques autour de lui. Je crois que sa famille n’a pas encore décidé pour quelle équipe il va jouer. Je lui souhaite une belle carrière, il est très fort. C’est un joueur d’avenir», explique, résigné, le sélectionneur Alexandru Spiridon au sujet de celui qui vient de signer un contrat de trois ans avec le club parisien.

Roumain depuis le 20 août

En Moldavie et en Roumanie, le chef-d’œuvre de Singapour ravive le combat acharné que se livrent les fédérations de football des deux pays pour séduire le joueur né le 17 mars 2000 à Edinet, au nord de la Moldavie. Ses parents s’installent à Paris alors qu’il n’a que deux ans. En 2013, il intègre le centre de formation du PSG où son pied gauche impressionne. L’été dernier, il est promu en U19 avec lesquels il inscrit deux buts en Youth League contre le Celtic Glasgow et le Bayern Munich. Il termine même la saison avec la réserve du PSG en National 2, le quatrième échelon français.

Appelé par la Moldavie pour un match amical contre l’Arménie en juin, Postolachi déclare forfait en invoquant des «raisons familiales» En réalité, il est sollicité par la Fédération roumaine qui le reçoit à Bucarest. Plus performante, plus exposée que son homologue moldave, la sélection roumaine offre plus de perspectives, mais l’attaquant franco-moldave, qui doit également réfléchir à un éventuel avenir avec les Bleus, n’a pas la citoyenneté roumaine. Une démarche est lancée dans ce sens dans la mesure où, selon les déclarations de son père au journal roumain Fanatik, «il souhaite jouer pour la Roumanie».

Postolachi obtient son passeport roumain le 20 août. C’est trop tard pour figurer sur la liste des Espoirs roumains, mais il ne sera pas non plus retenu par la Roumanie en Ligue des Nations. Un doute subsisterait-il dans ce dossier? «Postolachi, conformément aux règles de la Fifa, peut seulement jouer pour l’équipe de France ou celle de Moldavie», assure, catégorique, Pavel Ciobanu, le président de la Fédération moldave. Pour mieux comprendre la controverse, avec les limites que comporte la comparaison, les relations entre la Roumanie et la Moldavie ressembleraient à celles qu’entretiendrait le Grand-Duché de Luxembourg avec une province belge du Luxembourg qui aurait acquis son indépendance... Locuteurs de la même langue, Roumains et Moldaves partagent également une histoire croisée. De 1918 à 1940, l’actuel territoire moldave fait partie de la Roumanie avant de rejoindre l’Union soviétique puis d’accéder à l’indépendance en 1991. A ce moment-là, l’union entre les deux Etats est même sérieusement envisagée.

Les précédents Nicu et Luvannor

Soutenant l’idée d’une nation commune, Bucarest facilite la délivrance de passeports aux ressortissants moldaves dans une procédure dite de recouvrement: tout Moldave dont un parent ou grand-parent est né sur le territoire moldave avant 1940, c’est-à-dire à l’époque roumaine, hérite de la citoyenneté roumaine. Dans l’affaire Postolachi, l’imbroglio vient précisément de là. Pour les Roumains, les grands-parents du joueur auraient eu la citoyenneté roumaine, ce qui le rend éligible à la citoyenneté roumaine dans le cadre d’un recouvrement, et non d’une naturalisation. Pour les Moldaves, ses grands-parents sont nés dans la Moldavie soviétique, c’est-à-dire après 1940. A ce titre-là, la citoyenneté roumaine n’est pas liée à un recouvrement, mais à une naturalisation.

Ce détail a son importance. Selon la Fifa, tout joueur naturalisé doit avoir évolué au moins cinq ans dans le pays dont il veut défendre les couleurs. La Moldavie s’est elle-même heurtée à cet écueil avec Henrique Luvannor. Naturalisé après son mariage avec une Moldave en 2012, cet attaquant brésilien est appelé en sélection l’année suivante. Après quatre rencontres, la Fifa le suspend de toute apparition avec la Moldavie sous prétexte qu’il ne joue au Sheriff Tiraspol que depuis 2011… De son côté, la Roumanie estime que cette règle ne vaut pas lorsqu’il s’agit d’un recouvrement de citoyenneté. En 2009, immédiatement après l’obtention de son passeport roumain, elle a ainsi pu sélectionner Maximilian Nicu, né en Allemagne et dont les parents avaient été déchus de leur citoyenneté roumaine dans les années 1970.

La Moldavie à la peine

Ces derniers jours, la presse moldave ironise sur la situation de Postolachi. «Virgiliu va probablement procéder comme les écrivains de Moldavie: il va "publier" en Roumanie. Et nous, derniers des derniers, d’admirer les ruines du stade de la République…», écrit Alexandru Vakulovski pour le site Deschide, référence grinçante à l’ancienne grande enceinte de Chisinau détruite en 2007 et demeurée une immense friche à ciel ouvert dans l’attente de la construction d’un nouveau stade…

L’agitation autour du jeune prodige du PSG trahit une réalité moins glorieuse pour la Moldavie. La sélection occupe actuellement la 175e place mondiale, son pire classement depuis ses débuts en 1991, ne laissant derrière elle que le Liechtenstein, Gibraltar et Saint-Marin parmi les Européens. Cette position désastreuse est due à son absence de victoire lors des deux dernières campagnes de qualification pour l’Euro 2016 et le Mondial 2018. Il faut remonter à mars 2017 et une rencontre amicale avec Saint-Marin pour trouver son dernier succès (2-0). En compétition, il faut même se projeter cinq ans en arrière face au Monténégro (5-2).

En janvier, Ciobanu, président de la Fédération depuis 1997, nomme Spiridon à la tête de la sélection. L’ancien meneur de jeu du Zimbru Chisinau possède une expérience du haut niveau international comme adjoint de Mircea Lucescu au Chakhtior Donetsk (2004-2016) et au Zenit Saint-Pétersbourg (2016-17). Il promet «un football attrayant», même s’il devra s’appuyer sur un effectif dont la moitié des joueurs évolue dans le faible championnat local, organisé sur l’année civile depuis la saison dernière. A l’image de Postolachi, ses meilleurs éléments pourraient être les plus jeunes comme le défenseur Oleg Reabciuk (Porto B) ou l’attaquant Vitalie Damascan (Torino) tandis qu’Olivier Thill croisera Catalin Carp, son coéquipier d’Oufa en Russie.

La sélection moldave sans Ionita

Alexandru Spiridon, le sélectionneur de la Moldavie, devra donc se passer de Virgiliu Postolachi, mais le joueur du PSG ne sera pas le seul élément à ne pas être présent contre le Luxembourg.  Artur Ioniţa (Cagliari/ITA) est suspendu, Vitalie Damaşcan (Torino/ITA) devrait évoluer avec les U21 et Alexandru Boiciuc (Sheriff Tiraspol) est blessé.

Spiridon aurait décidé de ne pas convoquer d'autres joueurs pour les remplacer.

Gardiens: Alexei Koşelev (Fortuna Sittard/PBS), Stanislav Namașco (Zeta, Monténégro), Serghei Pașcenco (Sheriff Tiraspol)

Défenseurs: Ion Jardan (Zimbru Chisinăau), Dinu Graur, Sergiu Platica ( Milsami Orhei), Veaceslav Posmac, Petru Racu (Sheriff Tiraspol), Alexandru Epureanu (Istanbul Basaksehir/TUR ), Oleg Reabciuk (FC Porto/POR)

Milieux: Catalin Carp (Oufa, Rusia/RUS), Andrei Cojocari, Alexandru Antoniuc (Milsami Orhei), Alexandru Gaţcan (Rostov/RUS), Gheorghe Anton (Sheriff Tiraspol), Alexandru Dedov (Zire/AZE), Radu Ginsari (Hapoel Haifa/ISR), Eugeniu Cociuc (Sabail/AZE)

Attaquants: Vladimir Ambros (Petrocub-Hincesti), Ion Nicolaescu (Shakhtyor/BLR) 

 

 


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