Michael Schumacher: 20 ans de F1

Michael Schumacher a notamment décroché deux titres chez Benetton
Michael Schumacher a notamment décroché deux titres chez Benetton
Photo: AFP

Qui est le meilleur pilote de Formule 1 de tous les temps? Dans le cœur des amateurs de bolides, la course entre Ayrton Senna, Juan Manuel Fangio, Alain Prost ou Niki Lauda est sans pitié. Mais si on se place d'un point de vue purement statistique, c'est Michael Schumacher qui l'emporte haut la main.

Sept fois champion du monde, l'Allemand détient aussi le record des tours les plus rapides (76), des victoires en Grand Prix (91), des podiums (154), des pole positions (68), des points (1450) et des hat-tricks pole + victoire + tour le plus rapide (22).

Il y a 20 ans, il effectuait ses débuts en F1… grâce à un spray au poivre.

Lundi 10 décembre 1990: un chauffeur de taxi du nom d'Eric Court se trouve près de Hyde Park Corner, au centre de Londres, lorsque son véhicule est touché par Bertrand Gachot. Les deux hommes se disputent et Court bouscule Gachot. Le Belge retourne à sa voiture et en sort un spray au poivre qu'il décharge au visage du taximan. Celui-ci perd momentanément la vue et porte plainte.

Les 300.000 dollars de Mercedes

Moins d'un an plus tard, en août 1991, la justice anglaise condamne Gachot à six mois de prison pour détention illégale d'arme et à douze mois pour usage d'arme prohibée. La décision prend court immédiatement et l'écurie Jordan n'a plus de pilote pour le Grand Prix de Belgique à Spa Francorchamps.

On pense à le remplacer par Stefan Johansson ou Keke Rosberg mais c'est finalement un inconnu, Michael Schumacher, qui est choisi. Mercedes, la marque qui le sponsorise dans le championnat mondial des prototypes, a fait la différence en versant 300.000 dollars.

Les entraînements pour le Grand Prix de Belgique débutent et Schumacher y obtient une intéressante septième place, à quatre secondes de la McLaren de Senna. Tout cela dans l'indifférence générale car, ce qui intéresse les pilotes, c'est le sort de Gachot.

A l'initiative de Thierry Boutsen et Eric Van de Poele, spectateurs, journalistes, mécaniciens et commissaires de piste portent des T-shirt affichant «Free Gachot», «Why Gachot» ou encore «God bless England, and also Gachot.»

La fédération internationale du sport automobile met même un avocat à disposition du pilote belge. Le jour de la course, des supporters envahissent la piste et écrivent sur le tarmac, entre Rivage et Pouhon: «Gachot, la Belgique est avec toi, tu n'es pas un hooligan.» Allusion au drame du Heysel impliquant des supporters de Liverpool en 1985.

Gachot s'en va à 33 ans...

Gachot est incarcéré à Brixton, une prison sous haute surveillance, dans des conditions extrêmes: il partage sa cellule avec des bandits de la pire espèce et n'a droit qu'à une heure de lumière par jour ainsi qu'à cinq minutes de visite toutes les deux semaines. La situation est tellement injuste que même le chauffeur de taxi retire sa plainte.

Quelques semaines plus tard, Gachot est transféré dans un établissement plus humain, où il se prépare psychologiquement à revenir sur les circuits. Le 15 octobre 1991 lorsque, en troisième degré d'appel, le juge considère la sentence trop lourde.

Libre, Gachot fait la fête à l'ambassade de France à Londres mais ne sait pas encore que sa vie ne sera plus jamais la même. Jordan ne le reprend pas et ce n'est même pas la faute de Michael Schumacher, qui est passé chez Benetton Ford, où il a marqué ses trois premiers points au championnat du monde (5e à Monza et 6e à Estoril).

Gachot défendra encore les couleurs de Larousse et de Pacific avant de se retirer en 1995, à l'âge de 33 ans. Schumacher, lui, continuera à embêter tout le monde. Vingt ans plus tard, il ne fait toujours pas l'unanimité. Mais il sera à nouveau présent au Grand Prix de Belgique.