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Medhi Martin: des «Qataris» de Melbourne au RM Hamm Benfica
Medhi Martin

Medhi Martin: des «Qataris» de Melbourne au RM Hamm Benfica

Photo: Ben Majerus
Medhi Martin
Sport 6 min. 18.01.2019

Medhi Martin: des «Qataris» de Melbourne au RM Hamm Benfica

Didier HIEGEL
Didier HIEGEL
C'est un crochet très long que nous a fait Medhi Martin, l'ancien défenseur central du FC Differdange 03. Après 17 mois passés en Australie où il a joué pour deux clubs de Melbourne, il est de retour et va s'engager avec le RM Hamm Benfica. Rencontre avec un jeune homme bien dans ses baskets.

«J'ai un ami qui était parti en Australie pendant un an. De mon côté, j'avais envie de bouger, je ne savais pas trop quoi faire sportivement ni dans ma vie professionnelle, j'ai donc saisi l'opportunité de partir à l'aventure pour me perfectionner en anglais et découvrir autre chose.» Billet d'avion et visa en poche, Medhi Martin s'envole pour les antipodes. Nous sommes en juin 2017. Il vient de fêter la remontée du CSO Amnéville en National 3.

Dans ses bagages, il n'a pas oublié de prendre son porte-bonheur. «Le lendemain de mon arrivée, un agent me contacte. J'ai des vidéos de certaines de mes prestations et un profil sur Transfermarkt. Je lui envoie tout ça.» Tout va très vite. «J'arrive le jeudi, le samedi matin je m'entraîne avec Melbourne Knights pour un essai. Le lundi, après l'entraînement, je signe mon contrat et je dispute mon premier match sous mes nouvelles couleurs le vendredi.»

En ce mois de juin Mehdi profite à plein... du mercato hivernal. En Australie, les conditions pour intégrer une entité appartenant aux deux premières divisions sont drastiques: pas plus de deux joueurs «visa player» par club. Le Français de 29 ans en fera par la suite l'amère expérience mais, à son arrivée au pays des kangourous, l'aventure s'annonce sous les meilleurs auspices. Il prend ses quartiers dans le vestiaire à la place du défenseur suisse Patrick Nyema Gerhardt qui, lui, fait les frais de la réglementation.

Medhi Martin sous les couleurs des Melbourne Knights.
Medhi Martin sous les couleurs des Melbourne Knights.
Photo privée

Une interview qui fait le buzz

Mehdi parle un anglais tremblotant à son arrivée. Rien à voir avec celui pratiqué par ses partenaires. «Ça allait super vite, avec des expressions à eux et du verlan... C'était un peu compliqué.» Aucun bizutage n'est prévu mais la vidéo de sa première interview fait rapidement le buzz.

Son surnom, le «Frenchie» coule de source. Le Mosellan est rapidement adopté et mesure bien vite les qualités et défauts du "football" qu'il découvre du côté de Melbourne. «En match, comme à l'entraînement, ça joue à l'anglaise. J'ai vu de ces tampons, des tacles... Mais j'ai aussi pris du plaisir à jouer contre des équipes qui prenaient soin de bien relancer, qui pratiquaient du beau jeu.»

Adrien Portier, son ami de passage sur le cinquième continent après avoir travaillé en Asie, a apprécié à sa juste mesure l'engagement des joueurs locaux.

«Enfin, "football", ce n'est pas le terme exact», reprend Medhi. «En Australie, le football, ou footy se joue sur un terrain ovale, comme le ballon, avec 18 joueurs par équipes (et aussi 8 arbitres). Un mélange de rugby, de hand, de volley... et ça s'étripe bien. Nous, là-bas, on joue au soccer.»

Avec son équipe de Melbourne, le Français évolue en National Premier League (NFL), l'équivalent de la deuxième division, les Knights ayant été relégués «comme les autres clubs issus des communautés croate et grecque. On a dit qu'ils foutaient le bordel...»

La A-League, l'élite, fonctionne comme les franchises américaines. Impossible, pour le moment, de se faire une place au soleil que seulement dix clubs se réservent jalousement.

Si Melbourne Knights rêve de réintégrer l'élite, l'ancien d'Amnéville arrive dans une formation qui se débat pour éviter la relégation. «Nous avons fini par accrocher une place de barragiste contre le meilleur deuxième des deux divisions en dessous.» En fin de saison, les Knights battent Dandenong City (3-2) et sauvent leur tête.

Mehdi Martin a réussi ses débuts. On le retrouve aussi dans les équipes de la semaine.

Asanovic débarque, Martin s'en va

Octobre 2017, la saison est terminée. On lui propose de rempiler, mais tout le comité démissionne après cette saison difficile. «Le nouveau président est jeune, la trentaine, et cherche un coach-star... qu'il va trouver.» C'est Aljosa Asanovic qui débarque. L'ancien Messin est passé par Sydney, en 2001, avant de raccrocher les crampons à Hadjuk Split. Il pose une condition: ramener deux joueurs à lui. Exit le Lorrain et l'attaquant néo-zélandais Vaughan Coveny, pourtant deux des éléments les plus en vue. «Lui signe dans le club qui vient de finir champion, Bentleigh, quant à moi ça se complique mais mon agent me trouve un contact avec South Melbourne, le club le plus populaire d'Australie.»

En ce mois de janvier 2018, Medhi est à l'essai et dispute deux matches amicaux contre Guangzhou R&F Football Club (le club où vient de signer Moussa Dembelé). Les dirigeants sont très satisfaits. Medhi croit avoir trouvé son nouveau point de chute mais c'est le Grec formé au PAOK Salonnique Christos Intzidis qui lui est préféré.

«Nous étions détestés»

L'ex-Differdangeois doit alors revoir ses plans et signe à Richmond. Au troisième étage du soccer australien, il n'est pas question de quota de joueurs étrangers. «En plus, j'y ai mieux gagné ma vie.» Le club vient de se restructurer. Le président engage 14 joueurs, «des Brésiliens, un Portugais qui a joué au Sporting avec Cristiano Ronaldo et en Inde avec Robert Pires, trois joueurs de Regionalliga, dont un qui a joué à Hombourg avec Titi Steimetz...»

Le Richmond Soccer Club a des ambitions, les bourses pleines. Il dérange. «Nous étions détestés. On nous appelait les Qataris.»

Medhi Martin recevant le trophée du meilleur joueur de la saison à Richmond.
Medhi Martin recevant le trophée du meilleur joueur de la saison à Richmond.
Photo privée

Au final, Richmond se classe deuxième et Mehdi est élu meilleur joueur de son équipe. Sa direction lui propose de lui payer son nouveau visa (10.000 dollars australiens /6.300 euros) pour qu'il poursuive l'aventure.

La vie est belle aux antipodes. A côté de son activité sportive, il vit aussi de petits boulots: livreur pour une société de glaçons, déménageur, employé dans une société d'events ou dans la construction, car il est payé aux matches prestés et donc pas rétribué lorsque le championnat fait relâche.

Il en profite aussi pour découvrir les beautés du cinquième continent, les plages du Whitsundays notamment, et suit le France - Australie du Mondial 2018 dans le casino de Melbourne. Il y rencontre aussi sa copine avec qui il envisage le retour sur le vieux continent. Auparavant, le couple se paye encore du bon temps du côté de Bali, du Cambodge ou du Sri Lanka.

Cela fait trois semaines que Medhi est de retour dans sa Lorraine natale. Plutôt que de rallier Saint-Maur Lusitanos qui lui faisait les yeux doux, il opte pour un retour en BGL Ligue et un job de comptable à Luxembourg. Pour l'ancien du FCD03 la boucle va être bouclée. Le maillot sera rouge aussi mais il ne jouera pas pour le club de la Cité du Fer. C'est au RM Hamm Benfica qu'il va poser des valises qui ont beaucoup bourlingué pour remplacer Inicio Cabral. «J'ai maintenant envie de me poser. Sportivement, la mission maintien s'annonce difficile, mais nous allons tout faire pour sauver le club de la relégation.»


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