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Luxembourg - Sénégal: le nul de la bravoure et de la discipline
A l'image d'Aurélien Joachim, ici au duel avec Ismaila Sarr (en vert), le Luxembourg s'est arraché pour obtenir le nul (0-0) contre le Sénégal

Luxembourg - Sénégal: le nul de la bravoure et de la discipline

Photo: Yann Hellers
A l'image d'Aurélien Joachim, ici au duel avec Ismaila Sarr (en vert), le Luxembourg s'est arraché pour obtenir le nul (0-0) contre le Sénégal
Sport 8 min. 31.05.2018

Luxembourg - Sénégal: le nul de la bravoure et de la discipline

Jean-François COLIN
Jean-François COLIN
Généreux, solidaires, disciplinés et concentrés, les Roud Léiwen ont contenu une bonne équipe sénégalaise (0-0), qualifiée pour le Mondial 2018, ce jeudi en match amical au stade Josy Barthel. Que cela fait du bien après le funeste 0-4 encaissé en mars contre l'Autriche. Prochain rendez-vous: mardi (20h), toujours en amical, face à la Géorgie.

Le match et sa note

Probable pénultième match de répétition avant la Ligue des Nations début septembre d'un côté, antépénultièmes réglages avant la grande entrée dans le Mondial russe dans... 19 jours contre la Pologne de l'autre: tous les ingrédients étaient réunis pour vivre un beau et intéressant débat ce dernier jour de mai sous un généreux soleil printanier.

Pour son 70e devoir à la tête de la sélection, Luc Holtz opte pour l'expérience de Mario Mutsch (pour sa 96e sélection, soit à... deux longueurs du recordman en la matière, Jeff Strasser!) plutôt que pour la fougue de la fratrie Thill en milieu de terrain, dans un système en 4-1-4-1, où Kiki Martins fait office de pare-chocs devant le quatre arrière Jans-Malget-Gerson-Carlson.

Le joueur de Bourg-en-Bresse redescend d'ailleurs volontiers d'un échelon pour prêter main-forte à sa ligne défensive. En phase de possession de balle, les latéraux Jans et Carlson s'aventurent tellement haut que l'on peut presque parler d'un trident défensif Malget-Martins-Gerson. Aurélien Joachim, lui, s'ébroue seul en pointe, avec le soutien sporadique des flancs Turpel (à droite) et Rodrigues (côté gauche)

En face, la star absolue du Sénégal, l'attaquant de Liverpool, Sadio Mané, s'assoit sagement dans l'exiguë tribune de presse du Josy Barthel, cinq jours après avoir disputé (et perdu) la finale de la Ligue des champions face au Real Madrid. Mais qu'importe, la 28e nation mondiale au ranking de la FIFA reste une redoutable machine, alliance idéale de physique impressionnant et de technique raffinée.

L'attaquant-star du Sénégal Sadio Mané, assis dans la tribune de presse du Josy Barthel
L'attaquant-star du Sénégal Sadio Mané, assis dans la tribune de presse du Josy Barthel
Photo: Yann Hellers

Si la première escarmouche est pour Mario Mutsch, qui croque sa reprise du droit sur un centre à ras de sol de Jans (10e), ce sont bien les Lions... africains qui mettent progressivement leur emprise sur les débats. Certes, les occasions franches ne sont pas légion: Moris repousse l'envoi de Konaté (14e), puis s'envole pour dévier en corner celui de Niang (18e), avant que Baldé ne parvienne pas à cadrer du droit (28e). Mais surtout l'inlassable activité et le mouvement perpétuel du trio offensif Sarr-Baldé-Niang, derrière le dangereux Konaté, donnent le tournis aux Roud Léiwen, de plus en plus asphyxiés à mesure que la première période avance, et qui ne parviennent plus à échafauder valablement la moindre action offensive digne de ce nom. Seul le dernier rempart de... Horoya Conakry (Guinée), Khadim N'Diaye, ne semble pas offrir toutes les garanties nécessaires.

Konaté frappe le poteau

Le jeune Monégasque Diao Keita Baldé, surtout, est insaisissable. Turpel semble perdu, Barreiro, pour sa troisième sélection à 18 ans, est effacé, Mutsch court dans le vide et... commet une kyrielle de petites fautes, Carlson rame face à la vitesse de Sarr. Les vagues vertes refluent sans cesse, parfois appuyées par les monstres physiques Kouyaté ou Alfred N'Diaye. La plus chaude alerte survient juste avant le repos: Niang centre de la gauche, la reprise instantanée de Konaté frappe le poteau droit de Moris, et Sarr, le plus prompt au rebond, place sur le portier habaysien, qui s'en sort bien sur ce coup-là (44e).

Grâce à une grande discipline collective, une concentration maximale et une énorme abnégation, personnalisée par la générosité dans l'effort de Jans et Rodrigues, la troupe de Luc Holtz peut regagner les vestiaires sans casse. Ce, alors que le Sénégal mène... 6-0 aux corners!

L'ancien Parisien et Montpelliérain Aliou Cissé fait tourner son effectif et effectue quatre changements au repos, contre... aucun du côté de Luc Holtz, jusqu'à l'entrée au jeu de Daniel Da Mota pour Mutsch juste avant l'heure de jeu; une permutation qui provoque la mue grand-ducale en un vrai 4-4-2, avec un Dave Turpel avancé au côté de Joachim. Les Verts monopolisent toujours autant le ballon, mais se créent peu de grosses occasions: la reprise de la tête de Konaté, suite à un centre millimétré de la gauche de Sarr, frôle le poteau de Moris (57e). Dans l'autre rectangle, le Luxembourg obtient son premier corner à la... 67e minute, sur un centre dévié de Da Mota.

Complètement K.-O. après un violent contact tête contre tête avec Mbaye Niang, Dirk Carlson doit quitter la pelouse sur une civière, remplacé par Mathias Jänisch (80e), et la dernière occasion échoit à Konaté, dont l'envoi du gauche est malaisément capté en deux temps par Moris (85e). Daniel Da Mota sortira lui aussi sur blessure dans le temps additionnel, après s'être fait marcher sur la main par Niang.

Gerson Rodrigues, feu follet de l'entrejeu luxembourgeois
Gerson Rodrigues, feu follet de l'entrejeu luxembourgeois
Photo: Yann Hellers

Il était écrit qu'aucun but ne serait inscrit dans cette partie agréable, où le Luxembourg s'en est sorti avec bravoure grâce à sa générosité et sa discipline collective. Des vertus cardinales et de belles promesses pour l'avenir, mais dans l'immédiat, que cela fait du bien après le funeste 0-4 contre l'Autriche fin mars!

Prochaine étape pour la troupe de Luc Holtz: mardi (20h) contre la Géorgie. Après quoi, ce sera le grand bain bouillonnant de la Ligue des Nations, le 8 septembre face à la Moldavie. C'est, déjà, dans un tout petit peu plus de trois mois.

La note du match: 12/20.

Le fait du match: les nombreuses fautes luxembourgeoises

Longtemps, les hommes de Luc Holtz ont bénéficié de la mansuétude de M. Estrada Fernandez. Jusqu'à la 74e minute, moment où Christopher Martins reçoit le premier carton jaune de la partie pour une faute sur Niang. Avant lui, plus ou moins intelligemment, plus ou moins grossièrement, les Mutsch, Turpel, Rodrigues, Gerson, Jans, Barreiro avaient usé (et parfois) abusé dans cette joute... amicale, il n'est pas inutile de le rappeler, de moyens illicites pour enrayer les percées sénégalaises. Que l'on appelle cela le vice ou, plus cyniquement, le métier, gageons que les Roud Léiwen ne bénéficieront pas toujours de pareille clémence de la part du corps arbitral. Surtout en match de compétition...

L'homme du match: Anthony Moris

Pour la première fois en dix sélections - et hormis la victoire sur tapis vert contre l'Albanie (défaite 0-2 sur le terrain) - le gardien de 28 ans a signé une clean sheet, avec quelques arrêts de bonne facture au passage. Voilà qui doit lui donner énormément de baume au coeur après ses blessures à répétition. A-t-il définitivement chassé la vilaine sorcière qui lui collait aux basques depuis son entrée en équipe nationale? On l'espère autant qu'on le lui souhaite.

Ils ont dit

Sadio Mané: «Ce n'est pas parce que je n'ai pas joué que nous n'avons pas gagné. C'était le premier match pour beaucoup d'entre nous. C'est donc tout à fait normal que l'équipe a manqué de rythme. Cela reste un match de préparation et nous allons travailler pour nous améliorer et arriver au point pour la Coupe du monde.»

Paul Philipp: «Le début de ce match a manqué de rythme, et ce pour les deux équipes. Nous avons vu une sélection du Sénégal avec de très bonnes individualités, mais elle manque encore d'automatismes. Nous n'avons pas trop réussi à conserver le ballon. Nous avons utilisé de longs ballons, je suppose que c'est voulu. En deuxième mi-temps, nous sommes un peu mieux rentrés dans le match. Nous accrochons quand même un match amical contre une équipe qui va au Mondial et qui possède des joueurs de qualité, il n'y a qu'à voir dans quel club jouent ses joueurs. En conquête du ballon, nous avons manqué de solution pour le porteur du ballon. Nous avons fait aussi deux ou trois erreurs qui auraient pu nous faire mal. Un match contre l'Algérie? Effectivement quelqu'un est venu me le proposer. Je n'ai pas dit non, mais il reste à trouver une date.»

Mario Mutsch: «Ce résultat est bon à prendre. Nous avons travaillé dur pour obtenir ce résultat contre le Sénégal. Mais nous ne nous sommes pas créé beaucoup d'occasions. On a bien joué en bloc et tenu ce 0-0. Maintenant, nous avons un autre match mardi (contre la Géorgie) et il nous faut franchir un palier en vue des échéances qui nous attendent avec la Ligue des Nations. A nous de travailler pour garder cette bonne dynamique. Le brassard? Je suis déjà fier d'être avec le groupe. Je n'y suis pas attaché plus que ça (au brassard) puisque j'ai proposé de le donner, mais le coach a choisi de me faire confiance. Je suis à la disposition du Luxembourg et pas à celle de Mario Mutsch. J'en suis maintenant à 96 sélections, je pense que j'aurais pu atteindre le cap des 100 si je n'avais pas été absent (sur blessure). J'essaye de donner le maximum à chaque fois, ensuite on verra jusqu'où le compteur peut monter.

La fiche technique

Luxembourg - Sénégal 0-0

Stade Josy Barthel, temps ensoleillé et chaud, pelouse en bon état, arbitrage de Xavier Estrada Fernandez (ESP), assisté de Javier Aguilar Rodriguez (ESP) et Manuel Nogueira (AND), 3.816 spectateurs payants.

Corners: 2 (0+2) pour le Luxembourg; 8 (6+2) pour le Sénégal.

Cartons jaunes: C. Martins (74e, faute sur Niang) et Da Mota (87e, accroche par le bras Gassama qui était passé) au Luxembourg; Niang (90e, accrochage sur Da Mota) et N'Doye (90+1, rouspétances) au Sénégal.

LUXEMBOURG (4-1-4-1): Moris; Jans, Malget, Gerson, Carlson (80e Jänisch); C. Martins (83e Skenderovic); Turpel, Barreiro, Mutsch (cap.) (56e Da Mota) (90+2 Bohnert), Rodrigues; Joachim (90+2 Mahmutovic).

Remplaçants non utilisés: Schon, Czekanowicz; M. Martins, Ostrowski, O. Thill, Sinani et V. Thill.

Sélectionneur: Luc Holtz.

SÉNÉGAL (4-2-3-1): K. N'Diaye; Wagué, Kouyaté (cap.), Koulibaly (46e Sané), Ciss (46e Gassama); A. N'Diaye (69e N'Doye), Gueye (46e P. N'Diaye); Sarr (64e Sakho), Niang, Baldé (46e Diouf); Konaté.

Remplaçants non utilisés: Diallo, Gomis; Mbodji, Sow et Sabaly.

Sélectionneur: Aliou Cissé.


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