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Luc Holtz: «Une défense à trois ou à cinq reste dans mes idées»
Luc Holtz va exiger davantage d'investissement de la part de ses internationaux.

Luc Holtz: «Une défense à trois ou à cinq reste dans mes idées»

Photo: Ben Majerus
Luc Holtz va exiger davantage d'investissement de la part de ses internationaux.
Sport 10 min. 09.02.2019

Luc Holtz: «Une défense à trois ou à cinq reste dans mes idées»

Didier HIEGEL
Didier HIEGEL
Les internationaux luxembourgeois s'apprêtent à rechausser les crampons pour deux matches amicaux qui vont servir de préparation à l'entame des éliminatoires du Championnat d'Europe au mois de mars. L'occasion était propice de faire un tour d'horizon avec le sélectionneur national.
  • Luc Holtz, le dernier match de la sélection remonte au 18 novembre, un match nul en Moldavie (1-1). Quand vous repensez à la tournure de la campagne de la Ligue des Nations éprouvez-vous quelques regrets?

«Regret» n'est certainement pas le terme adéquat. Nous nous sommes retrouvés dans une situation, celle de pouvoir briguer la première place du groupe en battant la Biélorussie à domicile. Une configuration que nous n'envisagions pas au départ. Nous nous étions fort bien placés, mais, comme je l'ai déjà dit, ce jour-là n'était pas pour nous. S'il y a un regret à avoir, c'est de ne pas avoir décroché cette première place, pour le reste je n'en ai absolument aucun. Je reste d'avis que le bilan de cette dernière campagne est très positif.

Il n'en reste pas moins que sur la performance, c'est notre rencontre la moins aboutie, surtout au vu des soixante premières minutes. Nous n'étions pas dans une forme optimale, et il en a été de même en Moldavie. C'est une constante pour la sélection, le mois de novembre est toujours difficile à négocier. Au regard des performances de la sélection lors des dernières années, c'est toujours le mois de septembre qui nous sourit le mieux. En définitive, au vu de la qualité intrinsèque des équipes du groupe, le classement final est logique.

  • Pas même une pointe de regret de n'avoir pas fait appel à des joueurs en pleine forme, comme Tom Schnell, ou de n'avoir pas modifié vos principes de jeu pour ce match décisif contre les Biélorusses?

En ce qui concerne les qualités physiques de nos défenseurs centraux, nous avions ce qu'il fallait avec les Maxime Chanot, Chris Philipps, Enes Mahmutovic ou encore Lars Gerson. Que des joueurs qui évoluent dans le monde professionnel. Il n'était pas question de faire marche arrière et de convoquer un garçon qui a pris la décision d'arrêter en équipe nationale voici quelques années. Avant de définir un groupe, j'envisage tous les scénarios. Si je suis d'avis qu'il nous faut rappeler un joueur parce que j'ai besoin de son profil, je le rappelle. Ce fut notamment le cas de Jonathan Joubert contre la Biélorussie (1-0) et en France (0-0), en 2017.

  • Et concernant la stratégie à adopter?

Concernant notre philosophie ou nos principes de jeu, je ne crois pas qu'un changement aurait été bénéfique. Nous sommes des humains et ce jour-là, nous avons été moins bien. Cela arrive à tout le monde, Pep Guardiola l'a aussi reconnu lors de la défaite de Manchester City à Newcastle. Pour moi, le plus important est de garder les joueurs dans des principes de jeu dans lesquels ils se sentent à l'aise. C'est toujours difficile de mettre en place quelque chose de différent, et ce davantage pour une équipe nationale que pour un club. Surtout, dans notre cas, quand on ne retrouve les internationaux que trois jours avant le match comme ce fut le cas contre la Biélorussie.

Si j'avais exigé des changements au niveau de l'animation défensive ou offensive, j'aurais des regrets aujourd'hui. Là, je comprendrais les critiques ou «analyses». Je rappelle à nouveau que les neuf éléments du BATE Borisov qui avaient joué contre Chelsea, juste auparavant, avaient eu six ou sept jours de récupération. Chez nous, les internationaux ont disputé un match de championnat quatre jours avant ou ont dû faire le trajet... A ce niveau-là, le moindre jour de récupération a son importance. N'oublions pas non plus que Vincent Thill et Christopher Martins étaient blessés et j'ai dû changer mes plans.

Une dernière chose, la tactique adoptée a été la même, à peu de chose près à celle employée contre la France à Toulouse. Le football évolue tout le temps, on ne peut comparer les époques. La Biélorussie d'aujourd'hui n'a rien à voir avec celle d'il y a dix ou vingt ans. Le Luxembourg de même. J'essaye toujours d'aborder un match en fonction des qualités de mes joueurs. A partir de là, je mets une stratégie en place. Le côté maturité a joué aussi. La pression que chacun s'est mise sur les épaules a peut-être aussi été trop grande.

  • Le fait de surprotéger la sélection à Lipperscheid n'a-t-il pas participé à augmenter cette pression?

Certains joueurs sont venus vers moi pour me dire qu'ils avaient justement apprécié cette situation. J'ai pris cette décision que les plages de récupération soient justement consacrées à ça et non à donner des interviews ou faire autre chose.

«J'ai connu un paquet de jeunes joueurs qui hésitaient»

  • Depuis le mois de novembre, quelles ont été vos activités en tant que sélectionneur?

J'ai eu beaucoup de discussions avec les techniciens de la FLF. On se pose aussi des questions sur ce qui a été moins bien. Par exemple, j'ai encore regardé le match contre la Biélorussie trois ou quatre fois. J'ai aussi revu la rencontre à domicile contre la Moldavie. La différence de rythme entre ces deux rendez-vous est significative. Avec quasiment les mêmes consignes, il y avait deux équipes différentes. Je suis en train d'analyser nos futurs adversaires, avec beaucoup de vidéos et de montages. Je suis allé voir des joueurs, comme Maxime Chanot à New York. Ce samedi, je serai à Paris pour y suivre le match PSG - Bordeaux et pour ensuite observer les méthodes de travail. J'essaye de constamment apprendre pour m'améliorer.

  • En sélection, des joueurs arrivent, d'autres partent. Il y en a un qu'il ne faut plus attendre: Ryan Johansson qui a choisi l'Irlande...

Je n'ai pas envie de discuter des joueurs qui n'ont pas envie de jouer pour le Luxembourg. Pour moi, c'est du passé. Quant à Dany Mota, ce n'est pas encore clair dans sa tête. Je n'investis pas mon temps sur quelqu'un qui n'est pas décidé.

  • Est-ce à dire que la sélection nationale n'est pas encore assez attractive pour ce type de joueur?

Il faut leur poser la question. Mais un match international reste une vitrine. La haute intensité de ce genre de match ne peut qu'aider les jeunes joueurs à s'améliorer. Il n'y a pas mieux en termes d'exigences. A un moment, il faut prendre une décision. J'ai connu un paquet de jeunes joueurs qui hésitaient et une fois qu'ils avaient fait leur choix, c'était trop tard.

  • Au niveau des plus anciens, Mario Mutsch a 34 ans. Comptez-vous encore sur lui cette année?

Mario est pour moi un leader. C'est le prolongement du staff dans le groupe. Même s'il n'a plus été titulaire ces derniers temps, il a un rôle important. C'est lui qui fait passer les messages. Je crois qu'il est en train de passer du rôle de joueur à celui d'entraîneur. C'est une bonne nouvelle pour le football luxembourgeois.

«Le renouveau chez nous est constant»

  • Avec Maxime Chanot et Gerson Rodrigues, la sélection possède aujourd'hui deux internationaux qui évoluent aux autres bouts du monde, aux Etats-Unis et au Japon. Cet éloignement peut-il représenter un problème?

C'est justement pour cette raison que j'ai vu l'entraîneur de New York City (Domènec Torrent). Maxime m'a indiqué qu'il lui fallait à chaque fois trois jours pour récupérer à 100% du décalage horaire et des fatigues inhérentes aux voyages. Pour Gerson, c'est huit heures de décalage horaire. Je lui ai fait passer le message qu'il fallait qu'il revienne encore plus tôt pour s'adapter. Le mieux serait de revenir cinq à six jours avant le premier match, le vendredi 22 mars contre la Lituanie.

  • Daniel Da Mota est actuellement en proie à des soucis judiciaires. Allez-vous faire appel à lui?

A ce jour, la présomption d'innocence prévaut. Si je suis d'avis qu'il est compétitif, je le sélectionnerai.

  • De jeunes joueurs vont intégrer le cadre. Comptez-vous sur un joueur comme Lucas Prudhomme?

Depuis huit ans que j'occupe cette fonction, je ne cesse d'apporter du sang neuf à l'équipe nationale. Le renouveau chez nous est constant tout en continuant à réaliser des performances. Mais étant donné la qualité actuelle de nos joueurs ce sera difficile de se faire une place au sein du collectif. Mais étant donné les départs probables des anciens lors des douze ou quinze prochains mois, il y aura des intégrations, mais de là à dire qui...

  • Prudhomme performe actuellement avec Virton, d'autres se sont un peu égarés à l'étranger...

Je regarde avant tout la qualité. Par exemple, Aldin Skenderovic rejoue depuis le changement de coach. Je connais aussi le niveau où évolue un Dirk Carlson, c'est du niveau de la Division 3 belge. Mais ça serait bien qu'il y ait du temps de jeu.

  • Avec Valentin Roulez, vous avez convoqué un gardien qui n'a pas beaucoup de temps de jeu avec Hostert. Pourquoi lui plutôt qu'un autre?

La performance en club est importante, celle en sélection l'est tout autant. Manu Cardoni m'a confirmé qu'il avait été performant avec les U21. D'autre part, je n'allais pas faire revenir Tim Kips de Magdebourg.

«Le plus important reste toujours la relation que j'ai avec mes joueurs»

  • Qu'attendez-vous du match contre Sarrebruck?

Je veux voir certains jeunes à l'œuvre. Je veux donner la possibilité aux joueurs de la BGL Ligue, que j'ai régulièrement suivis, de s'exprimer pour voir s'ils peuvent intégrer le groupe qui va attaquer les prochaines qualifications.

  • Vous allez débuter les qualifications pour l'Euro 2020 par deux matches à domicile, la Lituanie le 22 mars et l'Ukraine le 25 mars. Est-ce une bonne chose?

Les rencontres ont été réglées par le tirage au sort et l'UEFA a ensuite mis en place un calendrier en fonction aussi des retransmissions TV. On ne pouvait rien y changer. C'est difficile de se prononcer. Mais, au niveau des exigences, de performance plus que de résultats, je veux encore augmenter le niveau. Notre groupe est très difficile et la Lituanie reste l'adversaire le plus abordable. Je serai encore plus exigeant, je vais demander encore plus d'investissement personnel, de volonté, de combativité. En fonction des entraînements, je mettrai mon onze de base en place. Nous avons un cadre très technique, mais dans notre groupe ça ne suffira pas, il faudra des efforts et de la discipline. Surtout au niveau défensif.

  • Vous parlez de la défense, avez-vous encore l'idée de positionner une défense à trois ou à cinq?

Le problème n'est pas l'organisation, le souci est de garder nos principes de jeu tout en changeant quelques petits détails dans notre animation. Contre l'Ukraine, il y a quelques années (0-3, 15.11.2014), nous avions une défense à quatre mais dans notre animation offensive nous construisions à trois. On pourrait retrouver ce scénario sur certains matches. Une défense à trois ou à cinq reste dans mes idées mais ce sera toujours en fonction des joueurs que j'ai à disposition et de nos adversaires. 

  • Vous n'avez pas organisé de stage à l'étranger. Pourquoi?

Pour laisser les joueurs à disposition des clubs.

  • La campagne de l'Euro 2020 se termine au Portugal le 11 octobre. Votre contrat à la FLF prend fin en décembre. Souhaitez-vous être fixé rapidement?

Oui, bien sûr. Je discute souvent avec mes responsables et je me doute que le sujet va arriver sur la table prochainement. Cela fait dix ans que je suis à la fédération et le plus important reste toujours la relation que j'ai avec mes joueurs. Si je ressens toujours cette envie de travailler ensemble, d'aller toujours de l'avant, alors il n'y a pas de raison de partir. Le jour où je ne ressentirai plus ce feeling, j'arrêterai de moi-même.


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