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Livre: Le football comme langage d'intégration
Sport 4 min. 07.12.2017 Cet article est archivé

Livre: Le football comme langage d'intégration

L'auteur du livre, Jean Ketter et son superviseur de mémoire, Denis Scuto.

Livre: Le football comme langage d'intégration

L'auteur du livre, Jean Ketter et son superviseur de mémoire, Denis Scuto.
Photo: Alvaro Cruz
Sport 4 min. 07.12.2017 Cet article est archivé

Livre: Le football comme langage d'intégration

Christophe NADIN
Christophe NADIN
«L'immigration dans le football luxembourgeois.» Le thème est intemporel et toujours brûlant. Un sujet de mémoire dont s'est emparé Jean Ketter, passionné de sport et des liens qui en découlent. Son ouvrage a été récompensé par la Fondation Robert Krieps.

«L'immigration dans le football luxembourgeois.» Le thème est intemporel et toujours brûlant. Un sujet de mémoire dont s'est emparé Jean Ketter, passionné de sport et des liens qui en découlent. Son ouvrage a été récompensé par la Fondation Robert Krieps.

Par Christophe Nadin

Pourquoi Manuel Cardoni porte-t-il le maillot de l'équipe nationale? La question peut paraître saugrenue. Elle est pourtant le moteur de la démarche de Jean Ketter, auteur du livre, «L'immigration dans le football luxembourgeois.»

Certains s'interrogent sur le dispositif tactique ou sur l'origine de la couleur des maillots. Jean, lui, est attiré par cette consonance italienne en plein match des Roude Léiw. Les liens que le sport permet de tisser et l'intégration qui s'opère à travers ces contacts poussent l'étudiant de Bigonville à construire son sujet de mémoire autour de cette thématique.

Le Luxembourg est un terrain formidable pour aborder l'immigration dans le football et Denis Scuto est la personne idoine pour superviser ce travail. Historien et professeur, l'ancien milieu de terrain de la Jeunesse est intarissable sur le sujet.

Une matière toujours brûlante

«Jean m'a d'abord proposé d'aborder le sport au Luxembourg pendant la Seconde Guerre mondiale, mais le sujet venait d'être traité. Alors je l'ai orienté vers ce thème qui peut paraître évident, mais qui n'a pas encore été abordé en profondeur.»

L'immigration dans le football luxembourgeois, on peut en débattre pendant des heures. Les réactions qui ont suivi l'exposé de l'auteur du livre, dimanche, au stade Barozzi de Dudelange, montrent à quel point la matière est toujours brûlante.

La Forge du Sud est l'un des lieux forts pour aborder cette thématique. Romy Rech l'a souligné en préambule. Le fils de l'ancien bourgmestre, Louis, a rappelé combien son père s'était impliqué dans l'évolution de l'Alliance, l'un des trois clubs de pointe dudelangeois de l'époque avec l'US et le Stade.

«Avec les Zangarini, Piccinini, Capitani, Venanzi et bien sûr Cirelli, l'Alliance a remporté deux fois la Coupe de Luxembourg en 1961 et 1962 face à l'Union.» L'histoire du ballon rond à Dudelange figure en bonne place dans cet ouvrage récompensé du prix du meilleur mémoire de master 2016, décerné annuellement par la Fondation Robert Krieps.

Son président Ben Fayot, s'est montré particulièrement séduit par la démarche. «Jean s'est d'abord intéressé à la base avant de remonter la pyramide. Ses nombreux témoignages enrichissent son travail.»

Symbole de la réussite Jean Ketter s'est concentré sur les trois grandes vagues d'immigration au Luxembourg. L'italienne en premier lieu au début du XXe siècle, mais surtout dans les années 40-50. La portugaise ensuite puis celle de l'ex-Yougoslavie qui a trouvé un point de chute au nord du pays et à Wiltz en particulier.

«L'immigration italienne a souvent été citée en exemple comme un symbole de la réussite», explique Jean Ketter. Dans le microcosme du football grand-ducal, on la relie forcément à la Jeunesse d'Esch. Le parallèle avec la Juventus de Turin est saisissant à travers notamment ces maillots rayés de blanc et de noir. «La création de la Jeunesse par les Italiens, c'est un mythe», précise Denis Scuto.

«Ce sont les habitants du quartier de la frontière qui sont à la base de sa fondation, mais c'est vrai que Rizzi, un électricien italien, était là aussi. Ce sera d'ailleurs le premier ''Italien'' à porter le maillot de l'équipe nationale luxembourgeoise», précise l'historien. «Ensuite, il y a un plafond de verre. Cela prend du temps pour voir de nombreux Italiens figurer dans le noyau de la Jeunesse. Notamment en raison des contraintes administratives. Au cours des années 50, c'est devenu plus courant. Et moi, quand j'étais chez les jeunes, la moitié des noms avait une consonance italienne avant de voir arriver plus tard des Portugais et des Yougoslaves.»

La fusion comme solution

Le chapitre portugais est lui aussi copieux avec notamment le championnat parallèle appelé «FAPL», créé à la fin des années 70. Une compétition qui va vivre une petite trentaine d'années avant de disparaître en raison notamment d'incessantes algarades. Les clubs avaient parfois une telle identité qu'ils n'acceptaient dans leur rang que des joueurs originaires de leur région au Portugal. Un peu à la manière des Basques de l'Atletic Bilbao.

Les répliques ont perduré de nombreuses années, déviant notamment sur l'intégration de clubs comme Bracarenses au cœur de la FLF. C'est finalement à travers des fusions que le CeBra, le RM Hamm Benfica ou le Sporting Steinfort se sont fait une place dans la grande famille du football luxembourgeois.

Un peu à l'image d'un couple qui s'aime puis se déchire, la frontière entre l'intégration et l'exclusion est parfois ténue. Jean Ketter n'occulte pas ce volet même si le langage universel qu'est le football permet souvent de résoudre beaucoup de problèmes. «L'intégration par le sport, c'est super», conclut-il.