Changer d'édition

Le délicat dosage du «congé sportif»
Sport 7 min. 07.08.2022
Projet de loi au Luxembourg

Le délicat dosage du «congé sportif»

Pour préparer et participer aux compétitions internationales, les sportifs luxembourgeois ont droit à des congés spéciaux. Dont le volume va évoluer grâce à un projet de loi.
Projet de loi au Luxembourg

Le délicat dosage du «congé sportif»

Pour préparer et participer aux compétitions internationales, les sportifs luxembourgeois ont droit à des congés spéciaux. Dont le volume va évoluer grâce à un projet de loi.
Photo: Archives / UAE Karate Federation
Sport 7 min. 07.08.2022
Projet de loi au Luxembourg

Le délicat dosage du «congé sportif»

Pascal MITTELBERGER
Pascal MITTELBERGER
Un projet de loi est en cours d'élaboration pour faire évoluer, notamment, le nombre de jours de congés auxquels ont droit les sportifs de haut niveau mais aussi leurs encadrants. Une réforme nécessaire, mais qui ne fait pas l'unanimité.

Le paysage sportif luxembourgeois a bien évolué au cours des dernières années. Pour poursuivre ce développement vers le haut niveau, un projet de loi est en cours d'élaboration. Un des sujets abordés est le quota de «congés sportifs» auxquels ont droit les athlètes, mais aussi les entraîneurs, les encadrants, les représentants de fédération...


Team Web fr, Comité olympique, Pol Marcy und Hubert Eschette  Foto: Anouk Antony/Luxemburger Wort
La journée olympique fait son retour à Cessange
Ce vendredi, 420 élèves participeront à la journée olympique organisée par le Comité olympique et sportif luxembourgeois. Cet événement n'avait plus été organisé depuis 2019 à cause de la pandémie de covid.

La liste est longue, et la palette de congés s'étire de deux jours par an pour un cadre administratif d'une fédération ou d'un club qui ne participe pas à des compétitions, à 90 jours par an pour les sportifs d'élite disposant d'un contrat olympique ou paralympique. Ces congés doivent notamment permettre aux sportifs - qu'ils soient fonctionnaires, salariés d'une entreprise privée ou travailleurs indépendants - de concourir dans des compétitions internationales ou de s'y préparer.

Concernant les athlètes, cette réforme initiée par le ministère des Sports ne prête pas à discussion. Dans les différents avis rendus, la Chambre des Métiers ou celle du Commerce par exemple, ne remettent pas en cause la nécessité de revoir le quota à la hausse. Ainsi, la première citée «estime légitime un ajustement des jours de congé sportif au vu de l’évolution du monde sportif de haut niveau» tandis que la seconde «approuve l’initiative de réformer le congé sportif afin de donner une base légale au congé sportif». Mais ces deux chambres sont nettement plus réservées - on le verra plus loin - quant aux quotas alloués aux encadrants.

Arnaud Hocevar, membre de l'équipe nationale de tir à l'arc et du "Cadre Elite" du COSL.
Arnaud Hocevar, membre de l'équipe nationale de tir à l'arc et du "Cadre Elite" du COSL.
Photo: Stéphane Guillaume

L'exemple d'Arnaud Hocevar, archer 

Mais revenons aux athlètes, avec une illustration concrète. Arnaud Hocevar est membre de l'équipe nationale de tir à l'arc depuis 2016. Au début de cette année, il a même intégré le «Cadre Elite» du Comité olympique et sportif luxembourgeois (COSL) avec 50 autres athlètes de toutes disciplines. Ingénieur dans une entreprise de télécoms, ces jours de congés sportifs sont nécessaires pour qu'il puisse continuer à pratiquer son sport au haut niveau. En plus, son employeur est plutôt conciliant.

« De ce côté-là, je suis assez chanceux, confirme-t-il. Mon entreprise accepte bien l’équilibre vie privée-vie professionnelle. Ce qui est important pour elle, c’est que je précise assez tôt dans l’année quels sont les déplacements prévus. Ensuite, il n’y aucun souci pour s'arranger. » Ainsi, il n'a pas à piocher dans ses jours de congés personnels. 

Dès que l’on a une compétition internationale, on part au minimum une semaine complète, voire un peu plus avec les déplacements.

Arnaud Hocevar, membre de l'équipe nationale de tir à l'arc

« Aujourd’hui, en étant membre de Cadre Elite, j'ai droit à 30 jours. Avant, c'était 12. (...) Pour moi, le projet de loi ne changera rien, je resterai à 30 jours car si le tir à l’arc est un sport olympique, ma discipline, l’arc à poulies, ne l'est pas encore. Par contre, d'autres tireurs à l'arc classique, discipline olympique, auront droit à 90 jours », précise-t-il.

Un «vrai plus» pour les athlètes

Pour Arnaud Hocevar, les 30 jours auxquels il peut prétendre sont essentiels. « Dans notre sport, dès que l'on a une compétition internationale, on part au minimum une semaine complète, voire un peu plus avec les déplacements. (...) 30 jours, cela correspond à six compétitions internationales. Mais si on veut ajouter des stages de perfectionnement par exemple, ce n'est pas forcément suffisant. » 

L'archer du club luxembourgeois de la Flèche d'Or est, par ailleurs, satisfait que le nombre de jours passe de 12 à 25 pour les sportives et sportifs qui font partie de l'équipe nationale mais n'appartiennent pas au «Cadre Elite». «C’est une très bonne chose pour eux. Dans mon cas, pour intégrer le cadre Elite du COSL, j’ai dû consommer une partie de mes congés personnels de l'année car les critères quantitatifs imposent de participer à six compétitions internationales et donc on dépasse vite les 12 jours alloués. C'est donc un vrai plus pour les athlètes non COSL.»


football coach training football player
Georges Engel réagit aux heures d'entraînement non payées
Pendant des mois, les entraîneurs des centres de formation n'ont pas été payés. Un haut fonctionnaire du ministère des Sports a bloqué le paiement.

Ces quotas sont aussi revus pour toute une série de personnes gravitant autour des athlètes, des entraîneurs aux cadres administratifs en passant par les juges ou arbitres. Ils peuvent se monter jusqu'à 60 jours annuels, et la liste des bénéficiaires est plus étoffée qu'auparavant. C'est sur ce point, donc, que la Chambre des Métiers tout comme celle de Commerce se montrent nettement plus critiques envers le projet de loi.

Des congés élargis à trop de bénéficiaires ?

Dans le résumé de son avis, la Chambre des Métiers estime ainsi que, «au regard de l’élargissement considérable du cercle des bénéficiaires potentiels, (...) cette nouvelle mouture du congé sportif risque, in fine, de désorganiser fortement les petites et moyennes entreprises en raison des absences prolongées et multiples», voire «de désavantager considérablement l’économie luxembourgeoise par rapport à la concurrence étrangère avec un régime national excessivement généreux, dans un contexte économique et inflationniste très complexe».

La vie associative, y compris pour les sports, relève du domaine des loisirs.

Avis de la Chambre des Métiers

La Chambre de Commerce va dans le même sens et «émet des réserves quant à l’importante extension du champ des bénéficiaires du congé sportif et quant à la variété et la durée du congé sportif auxquels ils ont droit, risquant d’être source de complexité pour sa mise en œuvre et d'insécurité juridique». Elle s'interroge notamment sur «son impact sur le fonctionnement et la productivité de ses entreprises ressortissantes».

La Chambre des Métiers enfonce le clou en affirmant que «la vie associative, y compris pour les sports, relève du domaine des loisirs et ne devrait dès lors pas tomber dans le champ d’application du congé sportif, mais dans le congé annuel traditionnel». Du bénévolat pur et simple, donc.

«Valoriser l’engagement et le dévouement des bénévoles»

Contacté pour réagir à ces arguments, le COSL n'a pas souhaité s'exprimer. Néanmoins, dans l'avis qu'il a, lui aussi, rendu, l'organe salue cet élargissement des bénéficiaires, aux cadres administratifs et techniques notamment. «Cette initiative permettra de valoriser l’engagement et le dévouement des bénévoles qui sont indispensables à l’organisation sportive au Luxembourg. Est également valorisé le rôle des clubs affiliés aux fédérations», écrit le COSL.

Gilles Seywert en compétition.
Gilles Seywert en compétition.
Foto: FLTA

Sans juger l'une ou l'autre position, Arnaud Hocevar éclaire de son expérience. «Au niveau du tir à l'arc, on a toujours besoin d'encadrants en compétition. On a un réel besoin de ce côté-là pour gérer la partie administrative pendant les tournois. Des choses peuvent être faites à distance, mais on a quand même besoin de quelqu’un avec nous sur le terrain. Généralement, on part avec un ou deux coachs mais il y a des situations où il faudrait une personne en plus.»

L'utilité et l'investissement de ces encadrants ne fait pas débat. Mais la question est donc de savoir si ce dévouement doit être pris sur le temps personnel ou si des jours de congé sportif doivent le gratifier. La suite des discussions autour du projet de loi tranchera.

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet

Josy Barthel champion olympique
Le 26 juillet 1952, Josy Barthel remportait la seule médaille d'or olympique du Luxembourg. Mais l'athlète a fait tellement plus pour son pays.
sw_1 8
Lors de la cérémonie d'ouverture des 24e Jeux d'hiver de Pékin ce vendredi, le Luxembourg sera représenté par deux athlètes qui porteront le drapeau national.
Plus de trente sports différents sont proposés au Salon Top Sport organisé pour la première fois au Centre national sportif et culturel de la Coque durant tout ce week-end. Le ministre des Sports, Romain Schneider, a donné le rythme lors de son ouverture, samedi.
Salon Top Sport à la Coque