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Le débrief de France - Luxembourg: «Le résultat des Roud Léiwen est une demi-surprise»

Le débrief de France - Luxembourg: «Le résultat des Roud Léiwen est une demi-surprise»

Sport 6 min. 04.09.2017

Le débrief de France - Luxembourg: «Le résultat des Roud Léiwen est une demi-surprise»

Jean-François COLIN
Jean-François COLIN
Tout auréolée de sa victoire jeudi face aux Biélorusses, la sélection luxembourgeoise se déplaçait dimanche à Toulouse pour affronter la France, favorite du groupe A. Au terme d’un match héroïque, les Luxembourgeois sont allés chercher un match nul équivalent à une victoire. Décryptage.

Tout auréolée de sa victoire jeudi face aux Biélorusses, la sélection luxembourgeoise se déplaçait dimanche à Toulouse pour affronter la France, favorite du groupe A. Au terme d’un match héroïque, les Luxembourgeois sont allés chercher un match nul équivalent à une victoire. Décryptage.

Comment le Luxembourg s’est-il organisé face aux Français?

Face à une équipe de France forcément favorite, Luc Holtz avait choisi d’aligner un 4-4-1-1.

Comme prévu, l’équipe de France a rapidement pris le jeu à son compte. La France préparant ses attaques depuis son propre camp, si le bloc luxembourgeois était placé assez bas, ses joueurs avaient chacun un rôle bien précis.

Placés sur la même ligne, Turpel et Vincent Thill ne pressaient pas les défenseurs centraux adverses. Ils se plaçaient entre ces derniers et les milieux centraux afin de rendre leur première relance moins facile. Forcément, face à des joueurs du calibre de Pogba et N’Golo Kanté, cela s’est avéré difficile.

Afin de gérer les mouvements perpétuels des milieux français, Daniel Da Mota et Olivier Thill rentraient plutôt dans l’axe afin de se rapprocher de leurs milieux centraux et ainsi fermer le plus possible les espaces pour empêcher les passes verticales françaises, notamment tentées par Lemar, d’éliminer un maximum de joueurs luxembourgeois.

Quant à la défense, elle devait gérer trois choses: la taille de Giroud, la vitesse de M’Bappé et les surnombres apportés par Sidibé et Kurzawa.

Le Luxembourg a atteint l’objectif de son plan de jeu: ne pas encaisser de but. Les joueurs ont montré un vrai état d’esprit guerrier. En effet, même si la vitesse française les a mis en difficulté, les Roud Léiwen ont toujours comblé leurs petits temps de retard par un gros impact physique traduit par des tacles, sauvetages désespérés ou encore par le gain des duels aériens dans leur surface.

Olivier Thill à la poursuite de Kylian Mbappé
Olivier Thill à la poursuite de Kylian Mbappé
Photo: AFP

La belle surprise est venue du fait que lors des récupérations de balles défensives, les Luxembourgeois tentaient deux fois sur trois de repartir au sol. Si cela les a parfois mis en péril, ce choix a souvent permis de mettre en difficulté l’équipe de France.

En effet, si les défenseurs latéraux français montaient très haut et poussaient leurs attaquants dans l’axe, cela permettait à leurs homologues luxembourgeois de rapidement relancer sur Da Mota et Olivier Thill sur les côtés. Ces derniers se voyaient offrir de belles solutions de passes par Vincent Thill, qui faisait parler sa technique pour trouver Turpel. Ce schéma de jeu a surpris, plus d’une fois, la charnière centrale française souvent laissée à l’abandon par ses coéquipiers.

La punition n’est pas passée loin pour les hommes de Didier Deschamps, qui ne s’attendait sûrement pas à une équipe capable de relancer de la sorte.

Comment la France a-t-elle tenté de mettre à mal le bloc luxembourgeois?

Le sélectionneur français alignait un système porté vers l’attaque avec seulement quatre joueurs à caractère plus défensif: Lloris, Koscielny, Umtiti et N’Golo Kanté.

Face à un bloc défensif bas, les locaux ont forcément dû préparer leurs attaques placées en faisant tourner le ballon entre défenseurs et milieux centraux pour permettre de trouver une ouverture. Au final, cela s’est fait de deux façons:

  • Pogba ou N’Golo Kanté -> Kurzawa ou Sidibé -> relais avec un des attaquants -> centre devant le but
  • Lemar redescendait chercher le ballon -> passe verticale sur Griezmann -> remise sur Pogba ou de nouveau Lemar -> successions de deux ou trois passes courtes et frappe

Comme évoqué ci-dessus, si les Français ont mis la vitesse nécessaire dans leurs enchaînements, ils ont manqué de réussite offensive. Mais ce sont surtout de petits détails, tels que de bons coups de pied arrêtés, une vraie présence aérienne dans la surface et une agressivité bien inférieure à leurs adversaires, qui leur ont fait défaut.

Et face à un bloc luxembourgeois aussi bien rôdé, la victoire ne peut se jouer que sur des détails.

Pourquoi ce match nul n’est-il qu’une demi-surprise?

Dès le coup de sifflet final, on pouvait entendre les médias parler de contre-performance française et surtout de miracle luxembourgeois.

Seulement, le Luxembourg a sans doute passé un cap. La plupart de ses joueurs évoluent maintenant dans le monde professionnel et il semble évident que leur regard face à de «grosses» équipes a maintenant changé. Il y a quelques années, ces rencontres étaient abordées comme des matches de gala et la pression du public et de l’adversaire restaient une équation inconnue pour des joueurs de BGL Ligue.

Jonathan Joubert (en vert) et Christopher Martins (n°8) éteignent l'incendie dans le rectangle luxembourgeois
Jonathan Joubert (en vert) et Christopher Martins (n°8) éteignent l'incendie dans le rectangle luxembourgeois
Photo: AFP

Aujourd’hui, un joueur comme Laurent Jans connaît la pression d’un match à Anderlecht ou au FC Bruges. Chris Philipps quant à lui a déjà fréquenté pas mal de stades de Ligue 1 dont la pression est au moins équivalente à celle de dimanche soir au Stadium de Toulouse.

Pour les plus jeunes, comme Martins ou Vincent Thill, on aborde ce type de match plus facilement lorsqu’on joue depuis plusieurs saisons dans un centre de formation professionnel contre des réserves de Ligue 1 ou Ligue 2. La pression y est tout autre, mais il est indispensable d’y être au niveau afin de rester au-dessus de la concurrence interne.

D’autre part, tous ces joueurs bénéficient maintenant d’une préparation physique extrêmement pointue dans leurs clubs. D’ailleurs, n’oublions pas que les clubs de BGL Ligue commencent également à se doter de préparateurs physiques performants.

Il va donc devenir de plus en plus rare de voir les Roud Leiwen craquer tactiquement et surtout physiquement comme cela a pu être le cas dans le passé.

Avec le temps, il serait donc de moins en moins surprenant que la sélection luxembourgeoise mette encore à mal les plans des grandes nations du football et rende plus fréquentes ses victoires contre des pays intermédiaires comme la Biélorussie.

Les Tops

  • Jonathan Joubert (Luxembourg): un match fait pour lui. Des arrêts de grande classe nécessaires pour maintenir le score. Le meilleur gardien de but du pays.
  • Vincent Thill (Luxembourg): lors des relances, il a permis de poser le jeu et de ne pas perdre trop vite le ballon, apportant même parfois le danger. Un comportement plus que mature.
  • Kylian M’Bappé (France): dommage qu’il soit sorti si tôt… On aurait pu encore se délecter de ses feintes de frappes dévastatrices, sa vitesse d’exécution… Il est au-dessus du lot.
Olivier Giroud, l'un des flops de Thomas Füllenwarth
Olivier Giroud, l'un des flops de Thomas Füllenwarth
Photo: AFP

Les Flops

  • Laurent Koscielny (France): face à un seul attaquant (Turpel), il est anormal pour lui de se mettre autant en difficulté dans les duels. A failli coûter très cher à son équipe.
  • Olivier Giroud (France): en sélection, son rôle est de réceptionner les centres de ses coéquipiers. Il n’a gagné aucun de ses duels dans la surface. Mission ratée.
  • Mathias Jänisch (Luxembourg): rien à redire défensivement, aussi guerrier que son groupe. Très en difficulté dans la relance, il a trop vite rendu le ballon aux Français dans sa moitié de terrain.

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