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L'UN Käerjéng, le prédateur devenu proie
Sport 6 min. 24.09.2020

L'UN Käerjéng, le prédateur devenu proie

Pit Hess et Käerjéng dans le rouge avant d'aborder une cinquième journée qui doit servir de déclic au club fusionné.

L'UN Käerjéng, le prédateur devenu proie

Pit Hess et Käerjéng dans le rouge avant d'aborder une cinquième journée qui doit servir de déclic au club fusionné.
Photo: Stéphane Guillaume
Sport 6 min. 24.09.2020

L'UN Käerjéng, le prédateur devenu proie

Christophe NADIN
Christophe NADIN
Comment le club fusionné est passé d'outsider à la montée en BGL Ligue à candidat au maintien en quelques semaines. David Zenner livre les clefs d'un début de saison compliqué.

De prédateur à proie, il n'y a parfois qu'une infime différence que de petits détails viennent mettre en lumière. Propulsé dans le pot des favoris à la montée, l'UN Käerjéng se retrouve aujourd'hui dans la peau du cancre de la Promotion d'Honneur avec un compteur vierge après quatre journées. 

Son entraîneur, David Zenner, nous arrête tout de suite. «C'était complètement fou de nous coller cette étiquette. Seul le Plan A aurait pu faire croire que...» 

Le Plan A, c'était un départ à la wiltzoise. Ou à la UNK la saison dernière. Cinq victoires en six matches pour débuter la saison, 16 points sur 18 et un moral gonflé à bloc. 

Le Plan B, lui, est beaucoup moins sexy. «On va jouer le maintien!» Zenner ne prend pas de gant. «Je ne suis qu'à demi-surpris par notre départ, mais je ne m'attendais pas à un 0/12. On domine en partie une équipe de Rumelange dans un mauvais jour. Les autres matches, je n'ai rien à dire mais quand tu joues à domicile contre Canach et Weiler, tu dois sortir de là avec au moins quatre points.» 

David Zenner ne panique pas. Qui d'autre mieux que lui connaît la maison?
David Zenner ne panique pas. Qui d'autre mieux que lui connaît la maison?
Photo: Stéphane Guillaume

«On reste calme au club» 

On est loin du compte et avec une différence de buts de -11, Käerjéng affiche au grand jour sa fragilité. «Quand tu perds Fernandes et Bettmer et que tu dois jouer sans Albanese, Kockelmann ni Ewert (suspendu), tu sais que ça va devenir difficile à gérer.» 

Le jeune entraîneur bascharageois refuse de noircir le tableau et désamorce la bombe. «On reste calme au club. Les gens qui ne sont pas des insiders racontent dans les cafés et au supermarché que c'est la crise absolue chez nous, mais c'est faux!» 

Les gens qui ne sont pas des insiders racontent dans les cafés et au supermarché que c'est la crise absolue chez nous, mais c'est faux!

David Zenner

Quand il s'agit de se serrer les coudes, Käerjéng puise son énergie dans la solidarité et dans les valeurs familiales qui rendent le club sympathique. Au point de faire parfois tiquer. 

«J'entends ce que les gens disent mais quand tu prends un départ sur les chapeaux de roue comme la saison dernière et que tu repasses boire un verre avec les supporters à la buvette ou au café, on nous tape sur l'épaule pour nous féliciter de rester proches des gens. Mais quand tu perds et que tu traînes dans un bistrot, tu passes tout de suite pour le vilain petit canard.» 

Le sens de la fête colle à l'image du club et conduit à toutes les interprétations possibles. Certains joueurs sont moqués pour leur surcharge pondérale apparente. «On le sait et ils le savent. Ceux-là doivent faire plus d'efforts que les autres, y compris en dehors des terrains. Certains bobos ne sont d'ailleurs pas anodins», reconnaît Zenner. 

D'entraîneur, le jeune technicien va devoir se muer en fin psychologue ces prochaines semaines pour lancer la machine. «On sent déjà une crispation chez certains jeunes. Aux plus anciens de les encadrer mais encore faut-il qu'ils soient aptes. On a bien recruté Julien Fostier mais il ne peut pas porter à lui seul le projet. Avec un garçon comme ça et un Michel Kettenmeyer, c'est fou de se dire qu'on va jouer le maintien, mais c'est la réalité», avertit le coach qui ne voit aucune autre issue qu'une victoire contre Junglinster dimanche. 

Nicolas Fernandes est le taulier du groupe. Le défenseur français est au club depuis cinq ans.
Nicolas Fernandes est le taulier du groupe. Le défenseur français est au club depuis cinq ans.
Photo: Stéphane Guillaume

La BGL Ligue? Un fantasme 

Le début de cette opération commando doit peu à peu stabiliser le club et le faire regagner le ventre mou du classement. Ni plus ni moins. «Que l'on ne nous prête pas l'intention de retrouver la BGL Ligue. C'est utopique. En mai 2019, le club a réduit de 60 % le budget consacré à l'équipe première. Et nous sommes repartis sur les mêmes bases cette saison.» 

Que l'on ne nous prête pas l'intention de retrouver la BGL Ligue. C'est utopique.

David Zenner

Depuis quelques années, Käerjéng n'a pas caché son ambition de lancer des jeunes et de les entourer par trois joueurs étrangers expérimentés. Une philosophie louable et audacieuse lorsqu'on veut y ajouter les résultats. «Il n'est plus question de loger un joueur à l'essai, de lui trouver un appartement si on l'engage, de lui procurer un véhicule, ni de lui payer le carburant. C'est aussi simple que ça et ne me parlez plus des managers et de leur commission. Mais attention, si un gars de Messancy ou d'Athus souhaite nous rejoindre, on n'a rien contre. La facilité, c'est de travailler avec des gars de la région, un point c'est tout. » 

Alors, retrouver l'élite que le club a fréquentée pendant douze saisons relève du pur fantasme. Et on ne parle même pas de Coupe d'Europe qui a bercé les supporters le temps de trois étés. 

«De toute façon, ça ne nous correspond pas. Quand tu vas au «um Dribbel» et que tu vois tous les terrains remplis de jeunes, tu comprends vers où on va. Je suis triste pour les supporters qui nous suivent et ils sont encore nombreux au regard de ce début de saison, mais les vrais passionnés comprendront notre projet. Les autres, je les invite à faire autre chose le dimanche après-midi.» 

Il n'empêche qu'une ville comme Bascharage avec ses 10.000 habitants et son club de handball à la pointe du combat mériterait aussi d'avoir une équipe de football plus compétitive. «On peut le voir comme ça mais ce n'est pas à l'ordre du jour », tonne Zenner à qui l'on demande tout de même s'il ne se sent pas menacé. 

«Si c'est mieux sans moi, je peux faire un pas de côté. L'important, c'est le groupe et les résultats. Pas ma personne», détaille l'enfant du pays. Derrière les mauvais résultats et les paroles, ça bosse dur et ça phosphore à Käerjéng. Beaucoup même. L'entraîneur n'hésite pas à sortir son classeur avec chaque fiche qui correspond à chaque entraînement, des rapports d'adversaires et l'informatisation de toutes les données personnelles des joueurs. 

Si c'est mieux sans moi, je peux faire un pas de côté. L'important, c'est le groupe et les résultats. Pas ma personne

David Zenner

«Un gars follement attaché au club a investi dans un programme qui nous permet de tout décortiquer, d'isoler chaque phase de jeu et d'envoyer des séquences aux joueurs pour qu'ils apprennent de leurs erreurs», ponctue l'entraîneur qui salue une fois encore tous les staffs au service du club. «Un cabinet médical est à la disposition des joueurs ainsi qu'un kiné. Et tout ça parce que ces gens ont Käerjéng dans leur coeur. » 

Il suffit désormais de rendre au centuple cet amour sans borne.

Michel Kettenmeyer est venu apporter son expérience au groupe de l'UNK.
Michel Kettenmeyer est venu apporter son expérience au groupe de l'UNK.
Photo: Stéphane Guillaume


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