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Football / Avec le sélectionneur de la Bosnie: Bazdarevic: «Le Luxembourg est un modèle»
Sport 7 min. 23.03.2016

Football / Avec le sélectionneur de la Bosnie: Bazdarevic: «Le Luxembourg est un modèle»

«On serait content si on arrivait à faire envie à des jeunes», indique Mehmed Bazdarevic qui aimerait apporter du sang neuf à la sélection bosnienne.

Football / Avec le sélectionneur de la Bosnie: Bazdarevic: «Le Luxembourg est un modèle»

«On serait content si on arrivait à faire envie à des jeunes», indique Mehmed Bazdarevic qui aimerait apporter du sang neuf à la sélection bosnienne.
Photo: Reuters
Sport 7 min. 23.03.2016

Football / Avec le sélectionneur de la Bosnie: Bazdarevic: «Le Luxembourg est un modèle»

Mehmed Bazdarevic poursuit son aventure à la tête de la Bosnie-Herzégovine. Il se présente ce vendredi au stade Josy Barthel afin de préparer la campagne du Mondial 2018… en ne désespérant pas de séduire les Luxembourgeois d’origine bosnienne.

Déçu de ne pas avoir conduit la Bosnie-Herzégovine à l’Euro organisé dans sa France d’adoption, Mehmed Bazdarevic poursuit son aventure à la tête des Zmajevi (le «Lys d'or»). L’ancien joueur et entraîneur de Sochaux se présente ce vendredi au stade Josy-Barthel afin de préparer la campagne du Mondial 2018… en ne désespérant pas de séduire les Luxembourgeois d’origine bosnienne.

Par Guillaume Balout

Comment analysez-vous votre première année comme sélectionneur, vous qui n’aviez entraîné que des clubs jusqu’à l’hiver dernier?

Vous savez, on est sélectionneur de la Bosnie-Herzégovine à temps complet. Il ne faut pas s’intéresser qu’à la sélection A mais à toutes les autres, au football local, aux méthodes d’entraînement... Il y a du boulot. Après, je reste un homme de terrain et le terrain me manque, oui. Si vous me demandez aujourd’hui de choisir entre un bon club et une bonne sélection, je préfère travailler chaque jour.

Qu’est-ce qui vous a poussé à rester après l’élimination face à l’Irlande en barrage de l’Euro (1-1, 0-2)?

On a fait quelque chose d’exceptionnel en partant de loin. Il y a de la frustration car on n’a pas tout donné. C’est une belle aventure mais à l’arrivée, ça reste un moment difficile. Difficile pour mon pays, bien sûr, et difficile pour moi car l’Euro se passe en France où j’habite depuis vingt-cinq ans.

Quels sont vos principaux axes de développement pour la campagne de qualification du Mondial 2018?

Selon les observateurs, il n’y a plus beaucoup de grands joueurs en Bosnie-Herzégovine. Ce n’est pas moi qui le dis, ce sont les spécialistes. Ça risque d’être compliqué mais on doit renouveler l’équipe, prendre une revanche par rapport à la dernière campagne et essayer de rendre à notre pays ce qu’il nous a donné.

Comme pour l’Euro 2016, vous retrouvez la Belgique et Chypre dans votre groupe. Est-ce une bonne chose?

C’est un avantage pour nous mais aussi pour eux. Jouer la Belgique n’est jamais un avantage car c’est la meilleure équipe d’Europe. Si on n’est pas optimiste, alors il ne faut même pas commencer… Moi, je pense que c’est jouable. Après, il y a plein de paramètres à rassembler: la forme du moment, les cartons, la santé… En tout cas, on a envie de prendre notre revanche par rapport à l’Euro. On a des arguments pour ça.

A-t-il été difficile de convaincre Emir Spahic (Hambourg) de ne pas prendre sa retraite internationale?

Absolument pas! Il m’a dit: «J’ai tellement envie de venir!» Il fait des matches de haut niveau avec son club. Mais à trente-six ans, on se blesse plus facilement. Avec son expérience, il faut qu’il donne encore plus aux jeunes qui l’entourent.

Emir Spahic, face à Tom Lazerza et Ben Payal, était présent lors de la dernière confrontation avec le Luxembourg en octobre 2011.
Emir Spahic, face à Tom Lazerza et Ben Payal, était présent lors de la dernière confrontation avec le Luxembourg en octobre 2011.
Photo: Reuters

«J’ai joué contre la Jeunesse»

Pourquoi n’avez-vous pas retenu Danijel Milicevic, le milieu offensif suisse de La Gantoise qui a un passeport bosnien et a réalisé une bonne Ligue des champions?

Il ne peut pas être sur la liste. Ce n’est pas simple parce qu’il a déjà joué avec la sélection suisse chez les jeunes. Depuis neuf mois, on fait le nécessaire pour qu’il puisse nous rejoindre. Désormais, on attend. En tout cas, il m’a dit qu’il était intéressé.

La situation politique de la Bosnie-Herzégovine est complexe entre les communautés bosniaque, serbe et croate. Comment faites-vous pour faire vivre l’identité bosnienne et dissuader un jeune Serbe de Banja Luka ou un jeune Croate de Mostar de choisir la Serbie ou la Croatie?

Je suis très respecté dans toute l’ex-Yougoslavie. J’ai cette chance dont je suis fier. Pour moi, il n’y a pas d’entité communautaire dans mon pays. Si je parle un moment avec un gamin de Banja Luka, je peux vous dire qu’il va jouer pour la Bosnie-Herzégovine. C’est un boulot qu’on n’a pas suffisamment fait. Pendant longtemps, on n’a pas pensé ou prêté attention à ces gens-là. Je suis persuadé qu’un gamin né en Bosnie-Herzégovine se rendra compte tôt ou tard que son pays, c’est la Bosnie-Herzégovine! J’ai été le premier capitaine de cette sélection et à l’époque, c’était difficile et dangereux pour elle d’exister.

En quatre jours, vous vous rendez au Luxembourg et en Suisse, deux pays où la diaspora bosniaque est importante. Avez-vous l’intention de séduire des joueurs plurinationaux sur place?

Si on doit séduire, c’est par notre comportement et notre jeu avec des leaders comme Miralem Pjanic ou Edin Dzeko. Ce n’est pas du tout une opération de séduction même si on souhaite donner une bonne image de nous. On serait content si on arrivait à faire envie à des jeunes.

Comme Vahid Selimovic, le défenseur de Metz né au Luxembourg avec des origines serbe et bosniaque qui a rejoint les U19 de Serbie le mois dernier?

J’ai souhaité le contacter mais Metz n’a pas voulu me donner son numéro de téléphone. Ils m’ont dit qu’ils ne pouvaient pas, voilà. Et je n’ai pas non plus le numéro de son père. En tout cas, c’est un joueur que j’aimerais avoir avec nous, oui. La Bosnie-Herzégovine est une sélection respectable. On va essayer de lui donner envie mais on ne va pas non plus se mettre à genoux.

Miralem Pjanic une des vedettes de la sélection bosnienne.
Miralem Pjanic une des vedettes de la sélection bosnienne.
Photo: AFP

Miralem Pjanic vous a-t-il parlé de son pays d’accueil?

Non, mais je connais bien le Luxembourg. J’ai joué là-bas avec Sochaux en Coupe d’Europe contre la Jeunesse d’Esch en 1989 mais aussi avec la Yougoslavie contre la sélection. On ne parle pas souvent du Luxembourg mais c’est un modèle pour les pays qui n’ont pas beaucoup de moyens: c’est un football bien organisé avec des gens qui travaillent bien. J’en ai déjà parlé avec Roby Langers, que je connais bien.

«Avoir un championnat local fort sera important»

Deux joueurs du championnat local - Daniel Graovac (Zrinjski Mostar) et Haris Duljevi (FK Sarajevo) - sont sur votre liste, ce qui n’était pas arrivé depuis longtemps. Pourquoi vous intéressez-vous à la "Premijer Liga"?

La Bosnie-Herzégovine est un petit pays qui pourrait avoir un bon championnat. Son problème, ce sont les infrastructures. On pourrait mieux travailler et être plus performant s’il y avait de meilleures conditions pour ça. Je sais qu’on ne regarde pas de la même façon un match qui se dispute sur une belle pelouse et devant 15 000 spectateurs qu’un autre qui se joue sur un champ de patates devant 300 personnes... Je pense aussi qu’à l’avenir, avoir un championnat local fort sera important pour toute sélection parce que c’est ce qui permet de dégager de la ferveur autour d’une équipe nationale. On a trop facilement oublié les joueurs de Premijer Liga.

Ce championnat va passer de seize à douze clubs la saison prochaine, l’homme d’affaires malaisien Vincent Tan, propriétaire de Cardiff et Courtrai, a investi dans le FK Sarajevo, le stade du Zeljezniar Sarajevo va être rénové: la Premijer Liga est-elle sur la bonne voie?

Je pense. Mais c’est une question qui doit se régler au niveau de l’Etat. Il faut savoir ce qu’on veut vraiment, notamment par rapport au professionnalisme. Il y a des choses à faire. Il faut aller plus vite et, surtout, travailler sur la formation. Aujourd’hui, ça joue mieux qu’il y a quelques années, avec quatre ou cinq équipes qui visent le titre.

Un championnat balkanique unique, réunissant la Bosnie-Herzégovine, la Serbie, la Croatie ou la Macédoine, ne serait-il finalement pas le meilleur projet pour la compétitivité du football ex-yougoslave?

Je n’en sais rien mais il faudrait d’abord savoir ce que ce serait: un championnat unique ou un tournoi réunissant les meilleurs clubs de chaque championnat? Economiquement et sportivement, ça donnerait une nouvelle envergure. La Yougoslavie avait un championnat costaud. On dit que ça poserait problème à cause des supporters mais je remarque qu’ils se battent déjà partout… Mais pourquoi pas un système de play-offs avec les meilleurs clubs de plusieurs pays?


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