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Foot et chômage partiel, un cocktail légal mais détonnant
Sport 4 min. 25.03.2020

Foot et chômage partiel, un cocktail légal mais détonnant

Le stade Saint-Symphorien sonne le creux actuellement. Les travaux sont arrêtés et les joueurs messins sont au chômage partiel.

Foot et chômage partiel, un cocktail légal mais détonnant

Le stade Saint-Symphorien sonne le creux actuellement. Les travaux sont arrêtés et les joueurs messins sont au chômage partiel.
Photo: Lex Kleren
Sport 4 min. 25.03.2020

Foot et chômage partiel, un cocktail légal mais détonnant

Les stars du foot français au chômage technique! Comme Marseille, Lyon ou Metz, plusieurs clubs de Ligue 1 ont fait usage du dispositif d'activité partielle pour réaliser des «économies significatives» pendant l'arrêt du championnat, un recours aux deniers publics contestable mais légal.

(AFP) - Face au ralentissement économique lié au coronavirus, le gouvernement français a élargi le principe du chômage partiel à «tous les secteurs d'activité», avec une allocation plus généreuse. L'OM et l'OL s'y sont engouffrés, tout comme Metz, Nice, Reims ou Montpellier. Concrètement, le club indemnise ses joueurs, ses secrétaires, ses kinés ou encore ses jardiniers à 70% de leur rémunération brute (environ 84% en net). Puis l'Etat le rembourse, dans la limite de 4.850 euros par salarié, selon un décret dont la publication est attendue cette semaine.

Le gain direct est «significatif» concernant le personnel non sportif, remarque Aymeric Hamon, avocat en droit social au cabinet Fidal. Mais beaucoup moins pour les stars du ballon rond, car «l'employeur ne se fera rembourser qu'une part marginale de leur salaire réel». De fait, l'indemnisation versée par l'Etat au club ne représente qu'une infime partie du salaire brut mensuel d'un joueur, estimé en moyenne à 212.000 euros par exemple à l'OM selon le journal sportif L'Equipe.

En Ligue 1, «il n'y a pas beaucoup de footballeurs qui gagnent 6.000 euros. Derrière, ce sont les clubs qui vont devoir payer. Et actuellement, ils n'ont plus de recettes», relevait dimanche Bernard Caïazzo, dirigeant de Saint-Etienne. Pour autant, mettre les joueurs au chômage partiel permet d'alléger considérablement les finances des clubs, relèvent les spécialistes. 

«L'employeur va gagner entre 20 et 30%»   

En effet, l'allocation versée aux joueurs par le club « n'étant pas assimilée à du salaire, il va faire l'économie substantielle de toutes les charges sociales, salariales et patronales » (hormis la CSG et la CRDS) payées en temps normal, explique M. Hamon. Selon lui, certains pourraient même être tentés de compenser intégralement la rémunération des joueurs pour ne pas «s'aliéner» le vestiaire, leur plus précieux actif. La loi les y autorise. 

 «En mettant le club au chômage partiel et en maintenant le salaire de ses sportifs professionnels, l'employeur va gagner entre 20 et 30% en moyenne. C'est énorme sur la masse salariale d'un club», affirme l'avocat en droit social. Le procédé révolte l'agent de joueurs Yvan Le Mée. «Ce n'est pas très, très joli ni logique que le football utilise de l'argent public pour financer une partie des salaires des joueurs», sachant qu'il y en a «besoin dans beaucoup d'autres domaines plus importants que celui-là», notamment le système de santé, actuellement sous forte pression. 

 Du côté des joueurs, la baisse de salaire n'a donné lieu à aucune contestation apparente. «Ce n'est pas le plus important. Certains font même des dons pour aider les malades. La rémunération n'est pas un sujet de discussion», balaie Grégory Lorenzi, directeur sportif de Brest.

Même tonalité à l'UNFP, le syndicat des joueurs. «Personne ne s'y oppose apparemment, c'est une solution d'urgence», assure son président Philippe Piat. «Les joueurs sont dans un très bon état d'esprit, ils ont compris qu'un éventuel sinistre dans un club impacterait potentiellement tout le secteur.» 

Dialogue social

Mais «que se passe-t-il si au bout de six semaines il y a toujours du chômage partiel? Pourrait-on licencier?», s'interroge le patron de l'UNFP. Le sujet interpelle néanmoins Jean-Jacques Bertrand, spécialiste en droit du sport. Conseiller de plusieurs sportifs, il s'inquiète notamment pour les joueurs en fin de contrat au 30 juin, surtout si la saison s'étire au-delà de cette date. Sur ce point, l'attitude des clubs sera déterminante, selon l'avocat qui n'exclut pas non plus des litiges sur les salaires et la question des congés imposés. 

 «Plus on arrivera à un dialogue social et à un accord des familles du football, plus on évitera des risques de contentieux. Autrement, chacun va défendre sa paroisse et des litiges vont forcément se multiplier», fait-il valoir en plaidant pour une discussion approfondie au niveau national. 

 Lundi soir, la Ligue de football professionnel a annoncé qu'elle souhaitait que des discussions s'engagent «pour adopter une position commune sur le dialogue social entre les clubs et l'UNFP». Et tenter de trouver des solutions face à l'interruption des compétitions.

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