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Equipe nationale: Florian Bohnert: «Je préfère le couloir en sélection, et l'axe à Schalke»
Sport 13 min. 05.10.2016 Cet article est archivé

Equipe nationale: Florian Bohnert: «Je préfère le couloir en sélection, et l'axe à Schalke»

A 18 ans, Florian Bohnert brigue une quatrième sélection ce vendredi contre la Suède.

Equipe nationale: Florian Bohnert: «Je préfère le couloir en sélection, et l'axe à Schalke»

A 18 ans, Florian Bohnert brigue une quatrième sélection ce vendredi contre la Suède.
Photo: Ben Majerus
Sport 13 min. 05.10.2016 Cet article est archivé

Equipe nationale: Florian Bohnert: «Je préfère le couloir en sélection, et l'axe à Schalke»

Jean-François COLIN
Jean-François COLIN
Buteur à Sofia le mois dernier contre la Bulgarie, le jeune Florian Bohnert revient sur son parcours extraordinaire des six derniers mois, tant en sélection A qu'avec son transfert à Schalke 04, et se projette sur le débat de ce vendredi face à la Suède dans le groupe A des éliminatoires du Mondial 2018.

Buteur à Sofia le mois dernier contre la Bulgarie, le jeune Florian Bohnert (18 ans) revient sur son parcours extraordinaire des six derniers mois, tant en sélection A qu'avec son transfert à Schalke 04, et se projette sur le débat de ce vendredi face à la Suède (20h45 au stade Josy Barthel) dans le groupe A des éliminatoires du Mondial 2018.

Pour Florian Bohnert - qui fêtera seulement ses 19 ans le 9 novembre -, tout s'est subitement accéléré en 2016: une première sélection A fin mai contre le Nigeria, un premier but chez les "grands" le mois dernier en Bulgarie et un transfert dans la seconde équipe de Schalke 04 à l'été. De quoi faire perdre la tête, mais certainement pas celle, bien faite, du teenager.

Propos recueillis par Jean-François Colin

Florian, commençons par un flashback: 6 septembre 2016, stade Vasil Levski de Sofia: troisième sélection, premier carton jaune et... premier but. Bien remis de ce flot d'émotions?

Ces événements ne sont plus trop présents dans ma tête, mais ce jour-là était exceptionnel. Ma faute qui me vaut le carton jaune entraîne le coup franc sur lequel les Bulgares marquent le 3-2; après, les émotions sont vraiment négatives, car le coach me fait entrer à 2-2, pour que l'on tente de mettre le 2-3, et c'est moi qui suis à l'origine de leur but! Ensuite, il y a le 3-3! Là, il faut vraiment que je dise que je n'avais jamais vu ça. J'ai juste regardé le banc, et ils étaient tous là, super contents.

Relatez-nous ce but du 3-3, votre  premier chez les A...

Je vois que Laurent (Jans) gagne le ballon côté droit. Au début, je n'y vais pas à fond car je me dis qu'il ne va pas la mettre. Puis je croise son regard, alors je me dis: «Je vais faire l'appel, à lui de mettre le ballon». Il envoie un ballon du pied gauche assez en cloche, ma course est bonne, et j'ai encore l'image dans la tête que le ballon arrive de derrière, dans mon dos, et en fait, je ne regarde que le ballon, juste une fois, vite fait où sont le gardien et le but. Je me concentre juste sur le ballon pour le reprendre direct. J'ai vu que le défenseur n'était pas vraiment sur moi, je fais le contrôle, j'enchaîne directement et l'action est finie.

La suite immédiate sera moins heureuse...

Je me reconcentre immédiatement. Je regarde Maxime (Chanot) ou Kiki (Martins), et je dis:  «Continuons (il serre les poings) car il reste encore trois minutes de temps additionnel» . Je me replace, et dans la foulée, les Bulgares envoient un long ballon. On perd le premier ballon, et sur le second, c'est Lars, je crois, qui se précipite un peu vite, et voilà, Tonev tire au but: pleine lucarne! Sur leurs quatre tirs au but, ils en envoient trois dans la lucarne! Je n'avais jamais vu ça auparavant, mais bon peut-être faut-il se dire que c'est nous qui sommes trop naïfs. On aurait dû tout donner pour dégager ce ballon au plus loin. Mais je n'oublie pas qu'il y a toujours un match retour.

Quel regard portez-vous sur ces six derniers mois un peu  «fous» avec une première sélection chez le A face au Nigeria en mai, votre transfert à Schalke 04 et donc, ce premier but en sélection?

J'avais déjà intégré le cadre A il y a plus d'un an, puis je me suis retrouvé chez les U21, car il me manquait encore quelque chose mentalement pour le plus haut niveau. Mais je pense que tout vient avec l'âge, avec le temps et les expériences que l'on accumule. C'est vrai que tout s'est accéléré pour moi ces six derniers mois. Ce n'était pas facile: j'ai quitté Sarrebruck, mais aussi ma famille, mes amis, sans savoir trop où mon destin allait me conduire. Je savais que je devais absolument jouer à Schalke 04 en Ligue régionale ouest pour être appelé en sélection  A. Car c'est bien de passer à Schalke, mais si c'est pour ne pas jouer, cela ne me rapporte rien. Donc, il était primordial de bien s'implanter là-bas avant de pouvoir faire mon trou en sélection.

En sélection, vous êtes un joueur de couloir, tandis que chez les  «Königsblauen» vous évoluez davantage dans l'axe du jeu. Où va votre préférence?

J'aime jouer en n°6, mais il faut être plus costaud que je ne le suis, et il faut une grande rigueur défensive, qui me manque encore. Vraiment, je crois que je peux jouer tant à gauche qu'à droite ou au centre. Mais je l'ai dit à mon coach à Schalke: sur les côtés, je fais mes matches, mais je ne suis pas aussi bien que dans l'axe. C'est plus mon truc en club: il m'a fait jouer quelques fois comme axial, et c'était super. Alors que sur les flancs, je n'y arrive pas trop. C'est un autre système qu'en sélection: à Schalke, ça passe plus par l'axe, on joue beaucoup plus directement et verticalement vers l'avant. Avec le Luxembourg, c'est tout à fait différent: j'aime bien jouer dans un couloir, car déjà au milieu on est très forts, avec des joueurs de haut niveau qui distribuent aussi bien le jeu sur les flancs. Beaucoup plus de ballons transitent par les côtés en sélection.

La blessure et l'absence de Lars Gerson pourrait-elle amener Luc Holtz à vous recentrer sur l'échiquier en vue du match contre la Suède vendredi?

Si telle sera sa décision, je suis prêt. Le plus important est que je joue. En fait, je ne me pose même pas la question. Si je figure dans le onze de base, je suis content, le reste ne m'intéresse pas vraiment. Je crois que le coach a un plan de jeu en tête, et la décision lui appartient en fonction de ce qu'il aura vu aux entraînements.

Quels sont à la fois votre point fort et celui qui reste le plus perfectible, alors que vous n'avez pas encore fêté vos 19 printemps?

Mon point fort, ce sont les un-contre-un, les accélérations. Ce que j'aime vraiment lorsque je reçois le ballon sur un flanc, c'est que je peux fixer mon adversaire et plonger en profondeur. Là où je dois m'améliorer, c'est d'être plus costaud, plus puissant et présent dans les duels. Et aussi de ne pas «disparaître» pendant le match, avoir plus de constance tout au long de la rencontre. C'est quelque chose qui me manque encore chez les A, je pense.

A quel genre de match vous attendez-vous face à la Suède, ce vendredi au Josy Barthel?

Dès la première seconde, les Suédois vont vouloir se rendre maîtres du ballon et venir nous presser très haut. Leur but sera de nous faire tourner, de nous faire courir tout le match, et de nous priver de la balle. Ils ont certainement vu notre match en Lettonie, donc ils savent que l'on sait jouer au ballon et garder la maîtrise de celui-ci, et au vu de notre match en Bulgarie, ils sont au courant que l'on peut nous aussi inscrire des buts. Donc, ils vont certainement aussi rester très vigilants face à nos contres. Mais maintenant que Zlatan n'est plus là, c'est une équipe qui doit se trouver de nouveaux finisseurs. Car j'ai souvent regardé des matches de la Suède par le passé, et il était clair que tout le jeu était élaboré en fonction d'Ibrahimovic, l'équipe jouait pour lui en quelque sorte. C'est une nouvelle donne pour eux, et c'est à nous d'essayer peut-être d'en profiter, même si cela reste une équipe de très haut niveau.

Parlez-nous de votre nouvel univers à Schalke 04.

C'est hyper professionnel! On a un groupe très large, de presque 30 joueurs. Donc, pour chaque match, il faut biffer jusqu'à une dizaine de joueurs qui ne sont même pas sur la feuille de match! Nous avons trois coaches, un préparateur physique, un staff médical au complet, des scouts, des analystes vidéo, ... Bref, aucun domaine n'est négligé et tous sont très pros. Tout le monde connaît parfaitement les besoins et les profils de chaque joueur, ce qu'il doit améliorer et travailler à l'entraînement ou individuellement.

Les coaches des U23 savent parfaitement que les jeunes nouveaux comme moi ont besoin d'un petit temps d'adaptation à la Ligue régionale ouest. Ce qui est important, c'est qu'ils donnent la confiance aux jeunes. Cela m'a beaucoup aidé de sentir que les coaches étaient derrière moi. Tout cela est neuf pour moi, par rapport à ce que j'avais connu auparavant à Sarrebruck. C'est un autre monde!

On croise les joueurs pros de l'équipe A tous les jours et aussi des légendes comme Gerald Asamoah (entraîneur-adjoint des U15 à Schalke 04 et ambassadeur du club, ndlr). Cela m'étonne encore tous les jours; il y a un an, je le croisais à l'aéroport et j'avais demandé à mon frère s'il pouvait faire une photo de moi avec lui! Et aujourd'hui, je le retrouve assis parmi nous dans le vestiaire et il serre la main à chacun, il connaît tous les joueurs et il sait qui je suis.

L'onde de choc du début de saison catastrophique de Schalke 04 en Bundesliga a-t-elle atteint la deuxième équipe?

Non, vraiment, cela ne s'est pas du tout ressenti chez nous. Mais ce n'est pas pour autant cloisonné, il existe tout de même des connections entre la première et la deuxième équipe. C'est clair et net. Tout le monde se connaît, le coach Markus Weinzierl connaît tous les joueurs des deux équipes. Car certains joueurs du cadre "A" peuvent à l'occasion "redescendre" chez les U23 lorsqu'ils se remettent d'une blessure. Par exemple, le Japonais Uchida a fait trois, quatre entraînements avec nous en début de saison avant de réintégrer l'équipe première. Un joueur comme Sidney Sam, qui vient de Leverkusen, se retrouve maintenant systématiquement dans notre groupe, à chaque entraînement, à chaque match. Il existe donc des ponts entre les différents étages du club, même si, depuis que je suis arrivé, aucun élément du cadre U23 n'est monté en équipe première. Il faut dire aussi que le cadre "A" est très large.

Comment jugez-vous le niveau de cette Ligue régionale ouest dans laquelle vous évoluez avec l'équipe U23 de Schalke 04?

Je ne m'attendais pas à un niveau aussi élevé. Je n'imaginais pas que cela puisse jouer aussi bien techniquement. Même les équipes de bas de tableau jouent au foot et, croyez-moi, elles savent jouer au foot! On ne voit pas d'équipes qui commencent à sortir les ballons à tout-va ou à pratiquer le kick and rush. Toutes les équipes savent construire le jeu. Même nous à Schalke, on éprouve parfois des grosses difficultés à gérer nos matches, et on se retrouve parfois privés de ballon pendant 20, 30 minutes. Vu que pas mal d'équipes ont des budgets conséquents et peuvent offrir des salaires attractifs, beaucoup de joueurs qui ont fait une carrière appréciable à un plus haut niveau se retrouvent en Ligue régionale, et cela se ressent. Pour un joueur de 18-19 ans comme moi, c'est un championnat idéal pour acquérir du temps de jeu et pour intégrer le monde des "adultes".

Vous n'avez pas joué le week-end dernier face au Fortuna Düsseldorf II...

Le coach ne m'a pas aligné lors du déplacement à Düsseldorf, car en fait, j'avais été touché au dos en début de semaine et je n'arrivais presque plus à bouger, j'étais comme paralysé. J'avais repris l'entraînement le jeudi soir, mais en douceur, avec beaucoup de soin et une médication contre le mal. Comme je n'étais pas à 100%, le coach m'a prévenu qu'il préférait se passer de moi: déjà que le cadre est très large, comme je l'ai dit, et comme en plus il pouvait disposer de deux professionnels pour ce match, il a décidé d'un autre schéma.

Mais il m'a précisé que cela n'avait rien à voir avec mes qualités intrinsèques ou avec mes entraînements. Au contraire, il m'a dit qu'il était très très content de mes premiers mois au sein du club, ce qui est très positif pour moi. Là, ça va mieux, je viens ici en sélection avec un bon feeling. Bon, le dos est encore un petit peu fermé, et je me fais masser pour tout évacuer, mais à l'entraînement, je ne sens rien.

Avez-vous un plan de carrière idéal?

Déjà, je suis sur la bonne voie. J'avais dit à Luc Holtz lorsque j'évoluais chez les U19 à Sarrebruck, que je visais une équipe U23. Il m'avait alors rétorqué que ce serait vraiment l'idéal pour moi, car ce sont des équipes parfaitement adaptées à la construction des jeunes. En passant à Schalke, je crois que j'ai accompli un super pas en avant. J'entends à présent prendre le maximum de temps de jeu là-bas. J'ai signé un contrat de deux ans à Schalke. Le prochain cap au bout de ces deux années sera d'intégrer une équipe première, même si c'est en 3e Bundesliga, avec pour objectif de déjà rentrer dans le cadre pour, cette fois, réellement entrer dans le monde professionnel et vivre la vie d'un footballeur pro. Je pense que c'est la prochaine étape que je dois viser. C'est un objectif, mais je ne mets pas de pression: je joue ma saison, je donne le meilleur de moi-même tout en sachant que je ne peux que m'améliorer avec le temps.

Avez-vous un modèle comme joueur?

Je l'avais dit l'année dernière lorsqu'on a affronté la Turquie: j'aime bien Hakan Calhanoglu, du Bayer Leverkusen. Je l'apprécie déjà depuis quatre, cinq ans, tout comme je suis David Alaba du Bayern Munich. Et puis, comme ils sont présents sur les réseaux sociaux, on remarque qu'à côté d'être des footballeurs, ils sont aussi des êtres humains; ils sont tout le temps en train de rigoler, en train de faire des bêtises.

Pour terminer, quel est votre pronostic pour Luxembourg - Suède ce vendredi?

Je pense que ça va se terminer par une courte victoire 1-0 ou 1-1. Je ne vois pas beaucoup de buts dans ce match, cela va être serré.



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