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«Enfermé pendant cinq semaines»
Sport 5 min. 08.04.2020 Cet article est archivé

«Enfermé pendant cinq semaines»

Chu Wang porte-drapeau du club de sa ville

«Enfermé pendant cinq semaines»

Chu Wang porte-drapeau du club de sa ville
Photo: Sichuan Jiuniu
Sport 5 min. 08.04.2020 Cet article est archivé

«Enfermé pendant cinq semaines»

Christophe NADIN
Christophe NADIN
L'ancien milieu de terrain de la Jeunesse Chu Wang prend son mal en patience en Chine. Le joueur de Sichuan Jiuniu raconte son expérience de confinement.

La vie reprend progressivement en Chine. Wuhan, berceau de la pandémie du coronavirus, sort du déconfinement sur la pointe des pieds. «Ici, par contre, tout est normal», explique Chu Wang. 

L’ancien milieu de terrain de la Jeunesse parle de Chengdu, sa ville natale où il est retourné il y a un an. Cette métropole de 16 millions d’habitants est située au cœur de la province de Sichuan, à l’est du Tibet. Chu Wang a quitté Cova Piedade et les rives du Tage il y a deux ans. «J’ai été prêté au Beijing Renhe FC pendant une saison en Division 1», poursuit le joueur formé au FC Metz. «Le club ne pouvait pas se permettre de m’acheter, car le prix de mon transfert s’élevait à 1,5 million d’euros.» Le meneur de jeu ne reste pas longtemps dans l’impasse et accepte une offre de Sichuan Jiuniu, un club de Division 3. 

C’est le club de ma ville natale et il cherchait des joueurs représentatifs. Le président m’a contacté en personne.

 «C’est le propriétaire de Manchester City qui a racheté le club. Le projet était séduisant avec une volonté d’accéder à l’élite dans quelques années. Puis, surtout, c’est le club de ma ville natale et il cherchait des joueurs représentatifs. Le président m’a contacté en personne.» 

Le contrat qui accompagne la transaction est aussi intéressant et permet au joueur de 29 ans de mieux gagner sa vie qu’en Division 1. Une reprise incertaine Sichuan Jiuniu est le septième club à rejoindre le conglomérat du City Football Group (CFG) après notamment le FC New York City de Maxime Chanot. 

Après le repos viendra la compétition... Du moins Chu Wang l'espère.
Après le repos viendra la compétition... Du moins Chu Wang l'espère.
Photo: Sichuan Jiuniu

La providence donne même un coup de main au club de Chengdu. «Nous avons terminé la dernière saison à la huitième place et il n’était donc pas question de montée, mais des clubs en difficulté financière en Division 2 ont fait faillite. On monte donc d’un étage», détaille Chu Wang.   

Une folle ascension freinée par le virus covid-19. «On patiente, on ignore quand débutera le championnat», concède Chu Wang. Le début du mois de juin est évoqué, mais plusieurs problèmes persistent. Les autorités chinoises ont pris la décision de fermer les frontières à toute personne étrangère à compter du 28 mars. Conséquence, de nombreux joueurs étrangers sont bloqués hors de l’Empire du Milieu. 

«Nous, en Division 3, on n’avait pas le droit de jouer avec des étrangers. En Division 2, on peut en avoir deux, mais j’ignore si nous ferons des transferts», s’interroge l’ancien joueur de la Jeunesse en pleine incertitude. «On n’a rien vu venir. En janvier, nous étions en stage à Kunming (sud du pays). On a bien entendu qu’il se passait quelque chose à Wuhan, mais on pensait que ce n’était rien de grave.» 

On a bien entendu qu’il se passait quelque chose à Wuhan, mais on pensait que ce n’était rien de grave.

Chu Wang rembobine le film de l’année et les choses s’accélèrent soudain. «C’est la veille du Nouvel An chinois (25 janvier) que l’on a pris conscience du problème.» Le pays ne rigole plus du tout. Chu Wang rentre chez lui et découvre le confinement à la chinoise. «On ne pouvait sortir que pour aller chez le médecin, à la pharmacie ou au supermarché, mais on devait se justifier et les autorités prenaient la température des gens chaque fois qu’ils mettaient un pied dehors.» 

Le chien dribblé dans le jardin 

Le joueur va simplifier le problème à sa façon. «Moi, je n’ai pas quitté mon domicile pendant cinq semaines. Mes parents, qui se partagent entre notre maison et un appartement, me ramenaient de la nourriture, mais pas question que j’aille dans un supermarché. Ce n’est pas en plein air.» D’ailleurs, son club a serré la vis. Pas question qu’un joueur ait le moindre contact avec une personne autre que sa famille. 

Le temps aurait pu paraître long, mais Chu Wang l’a tué en respectant scrupuleusement le programme donné par le staff technique. «Je faisais beaucoup de renforcement, mais pas de cardio.» Et pour ne pas perdre sa technique, il dribblait le chien de ses parents dans le jardin. 

Je crois que l’on va couper un peu et que l’on nous donnera quelques jours de vacances en fin de semaine.

 Le club bat le rappel à la fin du mois de février. «On est parti en stage à Haikou. On était dans un hôtel privatisé qu’on ne quittait que pour le complexe d’entraînement.» Chu Wang est coupé du monde et suivi de très près par le staff médical. «On prend notre température tous les jours», confie-t-il de Dongguan, à l’est de Canton, là où le club de Sichuan Jiuniu a poursuivi sa préparation. «Je crois que l’on va couper un peu et que l’on nous donnera quelques jours de vacances en fin de semaine.» 

Chu Wang retournera alors à Chengdu, là où la vie a repris un cours normal. «Les restaurants et les commerces ont rouvert. Les gens retournent faire du shopping», affirme le joueur qui n’a aucune idée de la façon dont la Chine est désormais perçue à travers le monde. «C’est difficile de se faire une opinion d’ici. Mais bon, on ignore encore beaucoup de choses de ce virus dont même l’origine est incertaine. Après, c’est possible qu’on ne nous dise pas toute la vérité sur le nombre de morts, mais c’est la même chose en Europe.»

Chu Wang a même travaillé son jeu de tête...
Chu Wang a même travaillé son jeu de tête...
Photo: Sichuan Jiuniu

La polémique, elle, ne s’invite pas dans le vestiaire du club où on parle de tout sauf du virus. Et où on attend de débuter une nouvelle aventure. «J’ai vraiment hâte de retrouver la compétition. Je suis épargné par les blessures depuis que je suis revenu au pays et j’avais plus de 80 % de temps de jeu la saison dernière. Cette saison, il faudra d’abord penser à se maintenir, car on a une équipe jeune avec plusieurs joueurs du niveau de la Division 3. Mais on a un public en or et l’un des rares stades en Chine uniquement dédié au football. Sans piste d’athlétisme. Il peut y avoir 25.000 personnes lors d’un derby. » 

Des arguments qui ont achevé de convaincre Chu Wang de finir sa carrière dans son pays de naissance. Et peut-être même dans sa ville natale...

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