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Bulletin des Luxembourgeois: un bon cru
Marie Muller constitue la plus belle satisfaction luxembourgeoise à Londres.

Bulletin des Luxembourgeois: un bon cru

Photo: AFP
Marie Muller constitue la plus belle satisfaction luxembourgeoise à Londres.
Sport 7 min. 02.08.2012

Bulletin des Luxembourgeois: un bon cru

Le premier tiers des jeux Olympiques de Londres est consommé et les neuf athlètes luxembourgeois en ont fini avec leur compétition. Il est très difficile de dégager une tendance générale à la lumière des résultats plutôt bons dans l'ensemble. On n'échappera pas aux bulletins particuliers.

Donner une note à l'ensemble de la délégation luxembourgeoise reviendrait à évaluer un séjour dans un hôtel où les chambres étaient très vastes, les matelas trop durs, la cuisine pas assez variée et l'eau de la piscine à juste température.

Et l'exercice ne se complique pas seulement parce que les performances sont très différentes d'un sportif à l'autre, mais car il s'agit d'établir un parallèle entre des sports différents, entre des sportifs aux statuts divers, entre des athlètes opposés à des adversaires pour certains, confrontés au chronomètre pour d'autres.

Certains se sont distingués au milieu d'un peu plus de vingt concurrents, d'autres ont fait face à 64 adversaires. Un mot est cependant revenu dans la bouche de plusieurs sportifs luxembourgeois: la frustration!

Celle de Marie Muller d'être passée très près de la médaille de bronze, celle de Gilles Muller de ne pas avoir concrétisé deux balles de match ou celle encore de Raphaël Stacchiotti d'avoir manqué les demi-finales du 200 m 4 nages pour dix centièmes. Si on ajoute celle d'Andy Schleck il y a quatre ans après avoir échoué d'un rien dans la quête d'une médaille, on se demande quand la roue va enfin tourner.

En attendant, à l'image des étudiants en fin de session d'examen, nous avons tenté d'établir le bulletin des Luxembourgeois avec des notes établies sur 10.

  • Marie Muller: 8/10

Vingtième au ranking olympique, on n'attendait pas la judokate à pareille fête avec une cinquième place en bout de course. La plus mauvaise pour certains. Pas pour Marie, peu habituée à dominer des filles mieux classés qu'elle.

A Londres, Muller s'est payée le scalp de Ana Carrascosa, huitième au classement olympique et tête de série du tableau. Bien sûr, elles n'étaient que 23 dans le tableau et la Luxembourgeoise a bénéficié d'un zeste de chance en héritant de la Mauricienne Legentil en repêchage, mais ce sont les aléas du système.

Muller en a profité et ses défaites face à la vice-championne olympique Bermoy Acosta et l'Italienne Forciniti n'ont pas été nettes. Elles sont toutefois logiques.

  • Laurent Carnol: 7

Une demi-finale olympique, Laurent Carnol en rêvait. Il l'a fait. Haut la main puisque le nageur du Pratz. a signé le douzième temps des séries alors que ce sont les seize meilleurs qui progressent vers les demi-finales.

Si l'étudiant en chimie a rempli sa mission, il restait toutefois sur sa faim. D'abord pour ne pas avoir battu son propre record national du 100 m le premier samedi de compétition. Il est resté à sept centièmes de sa meilleure marque.

Ensuite pour avoir manqué sa demi-finale du 200 m. Un départ trop lent et une course contre la montre qui le rejette à plus d'une seconde de son record national en bout de course. Carnol est tout de même devenu le 15e nageur de la planète sur cette distance.

  • Raphaël Stacchiotti: 7

Un record national sur 400 4 nages et une dix-septième place olympique sur 200 m 4 nages. Le tableau semble idyllique pour l'Ettelbruckois.

Il contient toutefois une ombre. Car une 17e place en série, c'est comme une neuvième place au terme des qualifications du tir à la carabine. Ça vous empêche d'aller plus loin. De vous mesurer au gratin mondial de la discipline.

Stacchiotti s'en voudra longtemps d'avoir bu la tasse au virage entre le dos et la brasse, foirant son 50 m alors qu'il avait excellé dans cette discipline le premier samedi sur 400 m 4 nages. Au moins, il s'est encore laissé une belle marge de progression.

  • Gilles Muller: 6,5

Se faire battre par un joueur qui vous devance de vingt places au classement mondial n'a rien d'infamant. Mais quand on possède deux balles de match et qu'on finit par perdre le combat, il y a comme un goût d'inachevé qui vous reste en travers de la gorge pendant de longues heures.

"Mulles" a battu Ungur avant d'être éliminé par Istomin. L'Ouzbek le privant d'un rendez-vous de prestige avec Roger Federer. Motif de satisfaction: le Schifflangeois a retrouvé son tennis et quitte Wimbledon après avoir disputé un bon match.

Mais ce petit quelque chose qui a manqué pèse lourd dans le bilan de la délégation.

  • Laurent Didier et Christine Majerus: 6

C'est sans doute la note la plus difficile à décerner. Distance différente, peloton fourni ou nettement moins et conditions de course sans commune mesure.

Mais Didier comme Majerus, en coureurs isolés, ont été contrains d'agir à l'instinct. Les bons coups sont partis sans eux et il ne leur restait plus qu'à demeurer dans le peloton. Une 64e place pour le Dippachois et un 21e rang pour la Cessangeoise.

Laurent Didier a failli y laisser des plumes, Christine Majerus, elle, a pris la sauce anglaise dans un final surréaliste. A revoir dans un autre contexte.

  • Jeff Henckels 5,5

Le tireur de Bettembourg a quitté la compétition sans regret, condamné à l'exploit après un tour de classement qui l'a rejeté dans la seconde partie des 64 tireurs.

Parti sur des bases très élevées (aux alentours de 670), Henckels a été trahi par deux flèches mal tirées qui l'ont fait chuter.

Le Luxembourgeois a hérité du champion d'Europe, le Néerlandais ven der Ven en duel. Celui-ci n'a pas fléchi. Henckels a été plombé par un 6 d'entrée. Difficile de remonter le courant ensuite et c'est une élimination en 1/32e finale qui attendait l'archer de Strassen. Comme à Athènes.

  • Carole Calmes: 5

Ni la place (48e sur 56), ni le score (390) n'assouvissent l'attente placée en la tireuse de Kayl. Carole Calmes relativisait pourtant ce résultat en affirmant s'être fixée ce score comme seuil tolérable.

La Luxembourgeoises a certes prouvé qu'elle pouvait rivaliser avec les meilleures mondiales sur deux ou trois séries. Il lui a manqué la constance jusqu'au bout qui lui aurait sans doute permis de gagner une dizaine de places au bas mot.

L'importance de l'enjeu? La Kayloise en a beaucoup parlé avant la compétition, appréhendant l'instant I. Un paramètre qui peut faire la différence entre des professionnelles et une amatrice qui a eu beaucoup de mérite d'être là où elle est.

  • Ni Xia Lian: 3

C'est l'énorme déception de la délégation. Ni Xia Lian a pu bâtir le programme qui lui convenait pour se qualifier pour les jeux Olympiques puis pour y arriver dans les meilleures conditions.

Ce qu'elle nous avait confirmé posant ses bagages dans la capitale anglaise. Cueillie à froid, trop confiante, la doyenne des pongistes a pris la leçon de la part d'une Américaine de 16 ans que l'Ettelbruckoise avait balayée l'an dernier aux Mondiaux de Rotterdam.

Si sûre d'elle qu'elle avait déjà évoqué son adversaire au tour suivant, l'épouse de Tommy Daniellson a pris une claque qui a ébranlé ses certitudes. Celle notamment de poursuivre sa carrière.

à Londres, Christophe Nadin


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