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Biélorussie: Rumas, ambidextre pas contrarié
Sport 5 min. 09.10.2018

Biélorussie: Rumas, ambidextre pas contrarié

 Sergei Rumas, le président de la Fédération biélorusse de football nommé Premier ministre cet été.

Biélorussie: Rumas, ambidextre pas contrarié

Sergei Rumas, le président de la Fédération biélorusse de football nommé Premier ministre cet été.
Photo: ABFF
Sport 5 min. 09.10.2018

Biélorussie: Rumas, ambidextre pas contrarié

Avant Biélorussie - Luxembourg vendredi à 20h45

Depuis cet été, Sergei Rumas est un homme occupé: le président de la Fédération biélorusse de football a été nommé Premier ministre. Pas sûr que l’adversaire du Luxembourg, vendredi en Ligue des nations, s’y retrouve avec cette double casquette sujette à caution…

Par Guillaume Balout

Imaginez-vous, un jour, Paul Philipp remplacer Xavier Bettel, au pied levé, à la fonction de Premier ministre par simple décret du grand-duc Henri? Non, vraiment pas? C’est pourtant bien ce qui s’est produit le 18 août dernier en Biélorussie, Etat dirigé d’une main autoritaire par le président Alexandre Loukachenko depuis 1994. Président de la Fédération biélorusse de football (ABFF), Sergei Rumas prend alors la tête du gouvernement sans quitter son poste. Et sans susciter le moindre émoi au pays et à l’étranger.

Interrogée sur une éventuelle démission de son homme fort, l’ABFF reste silencieuse. Pourtant, cette double casquette a tout l’air d’une immixtion manifeste du pouvoir politique dans les affaires sportives, sévèrement prohibée par les règlements de la Fifa. Pas plus tard que vendredi, la plus haute instance du football mondial donnait l’exemple en suspendant sine die la Sierra Leone de toute compétition pour «ingérence gouvernementale». Mi-septembre, le ministre des Sports de ce pays africain avait limogé la présidente et le secrétaire général de la Fédération locale. Dans l’affaire biélorusse, les intransigeantes autorités de Zurich, contactées par nos soins, n’ont toujours pas pris position après deux mois… La Biélorussie n’a, a priori, pas non plus de souci à se faire du côté de l’UEFA. L’organisation européenne estime qu’elle n’a «pas de commentaire» à dispenser dans la mesure où « ce cas n’est pas vraiment (sic) dans [ses] règlements. »

Déjà un précédent pour Rumas en 2010

En Biélorussie, cette situation ne surprend guère de monde. «Chez nous, combiner une fonction ministérielle avec un emploi bénévole est monnaie courante», explique Vitali Tsyhankou, représentant de la rédaction de Radio Free Europe à Minsk, rappelant ainsi que le directeur des services secrets s’occupe du biathlon ou encore que le ministre de l’Intérieur dirige le club de hockey sur glace du Dynamo Minsk. «Les entreprises d’Etat et les autorités locales sont contraintes de posséder des clubs de football car ces derniers seraient incapables de s’en sortir financièrement s’ils étaient indépendants.»

Sergei Rumas, 48 ans, est coutumier du mélange des genres entre politique et football. Quelques mois après son élection à la tête de l’ABFF en avril 2010, ce banquier de formation est nommé vice-Premier ministre chargé de la supervision du programme des réformes structurelles. Malgré cette position hautement stratégique dans l’appareil politique et économique de l’Etat, il reste en poste à l’ABFF avant, à l’été 2012, de quitter le gouvernement pour présider la nouvelle Banque de développement de Biélorussie. A l’époque, ce cumul des fonctions n’a pas non plus provoqué de réaction... Réélu président de l’ABFF à l’unanimité en mars 2015, il devrait même briguer un troisième mandat au printemps prochain. Et «il sera très probablement réélu», pronostique Vitali Tsyhankou, sans trop prendre de risque.

«Le football est presque ignoré»

Cette confusion des rôles mise à part, l’arrivée du président de l’ABFF à la tête du gouvernement ne devrait pas avoir de conséquence particulière sur le football, c’est-à-dire favoriser une politique ambitieuse autour de cette discipline. Au contraire, cette manœuvre traduirait plutôt un certain désintérêt du pouvoir pour elle. En effet, le football ne constitue absolument pas une priorité pour Alexandre Loukachenko qui préfère et privilégie, de loin, le hockey sur glace. Chaque saison, l’omnipotent président assiste à plusieurs rencontres nationales et internationales. «Le football est presque ignoré, il ne bénéficie pas de financements comme le hockey sur glace», affirme Vitali Tsyhankou, soulignant que le stade national et olympique de Minsk, où les Roud Léiwen se produiront vendredi, vient tout juste d’achever sa rénovation après sept ans de travaux. Le BATE Borisov, vainqueur des douze derniers championnats, est le seul club biélorusse à maintenir un niveau convenable et à exister en dehors des frontières nationales.

Sur une phase descendante depuis le début de la décennie, le football biélorusse semble livré à lui-même. Et à Diego Maradona, devenu président du Dynamo Brest au printemps… Devant les échecs répétés de la sélection et son incapacité chronique à se qualifier pour un Mondial ou un Euro, Alexandre Loukachenko a toutefois reçu, en février, les techniciens les plus en vue du pays pour mettre en place des méthodes d’entraînement uniformisées depuis les catégories de jeunes. A cette occasion, il a également rencontré Sergei Rumas, l’un de ses fidèles les plus loyaux. Sa promotion comme Premier ministre s’inscrit dans un contexte de purges après la révélation d’un scandale de corruption dans le milieu de la santé, impliquant médecins et laboratoires pharmaceutiques, en plein cœur de l’été. En plus du chef du gouvernement, trois autres ministres et quatre vice-ministres sont renvoyés. Le cabinet du président, largement renouvelé, prépare la réélection de ce dernier dans moins de deux ans.

Aujourd’hui, le mystère demeure sur la bienveillance, peu ordinaire, dont semble jouir l’ABFF auprès des institutions internationales. Faut-il y voir l’ombre et l’influence de la Russie, terre de la dernière Coupe du monde? L’encombrant voisin de la Biélorussie, protecteur apprécié autant que redouté, est un partenaire important de la Fifa via la société Gazprom. Deux jours après la rencontre de Minsk, les Luxembourgeois se rendront aux urnes pour les élections législatives. Paul Philipp n’est pas candidat.

 


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