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Betis Séville: Setién, l’attaque à satiété
Sport 5 min. 02.10.2018 Cet article est archivé

Betis Séville: Setién, l’attaque à satiété

Quique Setién, l'entraîneur du Betis Séville, prône un football très offensif, mais son équipe n'a marqué que cinq buts depuis l'ouverture de la Liga.

Betis Séville: Setién, l’attaque à satiété

Quique Setién, l'entraîneur du Betis Séville, prône un football très offensif, mais son équipe n'a marqué que cinq buts depuis l'ouverture de la Liga.
Photo: AFP
Sport 5 min. 02.10.2018 Cet article est archivé

Betis Séville: Setién, l’attaque à satiété

Avant Betis Séville - F91 Dudelange jeudi soir (18h55) en Ligue Europa

C’est probablement le personnage le plus fascinant du prochain adversaire du F91 Dudelange, jeudi soir en Ligue Europa: Quique Setién, entraîneur du Betis Séville, théorise un football offensif en toute circonstance.

Par Guillaume Balout

Il fait le bonheur des spectateurs dans les stades espagnols et le régal des amateurs de tactique se plaisant à disséquer ses idées. Au pays de Pep Guardiola, Quique Setién s’invite parmi les théoriciens du football, défenseur acharné d’un jeu ouvertement porté sur l’attaque. Rien de bien révolutionnaire sur les terres du tiki-taka?

Pas exactement. Là où certains de ses confrères se contentent d’asséner de belles intentions dans les médias, l’entraîneur du Betis Séville érige le jeu offensif en véritable dogme, quand bien même il n’a jusque-là dirigé que de modestes effectifs.

Lors de la première journée du groupe F de la Ligue Europa, au Pirée, le terne 0-0 des Andalous face à l’Olympiakos reflète bien mal leurs prestations ordinaires, tant leur stratège voue une aversion aux schémas frileux. Avec Setién, le 4-3-3 couché sur le papier se mue volontiers en un 3-4-3 ambitieux, un 3-2-5 explosif ou, en phase défensive, en un 6-3-1 qui trahit, en réalité, une organisation compacte se déplaçant en essaim. La saison dernière, le Betis décroche une honorable sixième place avec soixante buts inscrits et soixante-et-un encaissés, soit une moyenne dépassant les trois buts par match. Un bilan spectaculaire totalement assumé par Setién, joueur d’échecs éclairé à ses heures perdues. «J’aime l’ordre. C’est fondamental. Les échecs et le football se ressemblent: les pièces sont connectées entre elles pour attaquer et pour défendre. Le contrôle du centre du jeu est primordial», confie-t-il, en avril 2017, à These Football Times, magazine anglais dressant le portrait de celui qui aurait, selon la légende, déjà affronté les maîtres Garry Kasparov et Anatoly Karpov derrière un échiquier.

Adepte de la salida lavolpiana

Sans surprise, le parcours de cet esprit original n’a rien de linéaire. Né en 1958 à Santander, sur la côte atlantique espagnole, il effectue l’essentiel de sa carrière de meneur de jeu au Racing de sa ville, mais côtoie aussi Luis Aragonés, chantre du jeu de possession inspirateur de la Roja des années 2000, à l’Atlético Madrid. Ses débuts d’entraîneur, en 2001 à la tête d’un Racing Santander fraîchement relégué en D2, sont laborieux. Limogé de son club de cœur, il enchaîne contre-performances et brèves expériences à la tête d’équipes de seconde zone – Poli Ejido (2003), Guinée équatoriale (2006), Logroñés (2007) – avant d’entamer la saison 2009-2010 avec Lugo en D3. En Galice, c’est enfin le déclic, récompensé par une promotion en D2 en 2012 avec des plans de jeu très offensifs. Alors que Las Palmas ne parvient pas à décoller pour son retour dans l’élite en 2015, le club des Canaries fait appel à lui. Et terminera onzième.

La «setiénmania» est lancée. En mai dernier, son nom apparaît dans le dossier du premier numéro de la revue française Les Cahiers du football consacré à la beauté. Arrivé au Betis à l’été 2017, il est «l’un des entraîneurs les plus intéressants d’Espagne», selon Kristóf Bakos, observateur d’un club hongrois qui décortique les systèmes de jeu des grands techniciens internationaux sur son portail Fan and analyst.

«La caractéristique la plus significative du jeu offensif du Betis est sa forte inclinaison pour les ailes et le jeu de combinaisons dans les petits espaces», remarque-t-il en insistant sur le concept de salida lavolpiana, popularisé par l’entraîneur argentin Ricardo La Volpe. Son principe consiste, pour le gardien, à relancer vers l’un des deux défenseurs centraux positionnés le long de la ligne de touche après la montée des deux latéraux. Le milieu défensif, rôle dévolu ici à Javi García ou Marc Bartra, redescend alors en soutien, à la manière d’un libéro. Chez Setién, l’offensive se poursuit sur l’une des deux ailes avec une série de combinaisons et de passes courtes pour étirer et contourner le bloc adverse.

Une audace payée au prix fort

Le panache de cette philosophie a toutefois ses limites. Pour le site Managing Madrid, Om Arvind a étudié dans le détail la partie du Betis face au Real Madrid le 18 février dernier en championnat. Mené 1-2 à la mi-temps, le Real s’impose finalement 5-3. Pour l’analyste, le système de Setién est bien adapté face à un adversaire alignant deux attaquants: les trois joueurs défensifs les mettent en infériorité numérique au moment de la relance au sol, comme l’ont été Cristiano Ronaldo et Gareth Bale ce jour-là. Si l’organisation du Betis lui permet de conserver le ballon dans l’entrejeu, elle ne parvient toutefois pas à désarçonner une équipe aussi solide que le Real.

«Là où les locaux ont failli, c’est dans la cohésion de leur ligne défensive, un problème récurrent chez Setién, ainsi que dans leur aptitude à garder leur homogénéité à une période-clé du match», explique-t-il, soulignant une baisse de régime due à des exigences éprouvantes qui passent notamment par un pressing soutenu à la perte du ballon. «Normalement, le jeu de position est réservé à une élite, et encore, seulement à des équipes comme le Barça ou le City de Pep. C’est pourquoi les critiques estiment que Setién doit être plus pragmatique et ne pas systématiquement adopter les principes de base du jeu de position.»

Le F91 Dudelange peut également miser sur le manque d’automatismes de l’effectif sévillan, largement renouvelé cet été. Si Joaquín reste, à trente-sept ans, le capitaine charismatique de cette équipe, quasiment tous les compartiments du jeu font place à des nouvelles têtes: Pau López et Joel Robles dans les buts, Sidnei en défense, William Carvalho, Takashi Inui, Sergio Canales ou Giovani Lo Celso, un peu plus haut, découvrent ainsi les vues tactiques de Setién. Après sept journées de championnat, le Betis est actuellement cinquième avec seulement cinq buts à son actif, soit la plus mauvaise attaque de la Liga. Un paradoxe qui ne devrait guère faire douter le têtu technicien andalou pour la réception du champion du Luxembourg.

 


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