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Après Luxembourg - Sénégal (0-0): «Rien de neuf défensivement... ni offensivement»
Sport 6 min. 01.06.2018

Après Luxembourg - Sénégal (0-0): «Rien de neuf défensivement... ni offensivement»

Après Luxembourg - Sénégal (0-0): «Rien de neuf défensivement... ni offensivement»

Sport 6 min. 01.06.2018

Après Luxembourg - Sénégal (0-0): «Rien de neuf défensivement... ni offensivement»

Jeudi soir, le Luxembourg et le Sénégal n’ont pas réussi à se départager (0-0) dans un match physique, dominé par les visiteurs d’un bout à l’autre. Si les Roud Léiwen n’ont pas craqué défensivement, ils n’ont en revanche rien montré offensivement.

Par Thomas Fullenwarth

  • Comment la sélection luxembourgeoise s’est-elle organisée face à un adversaire plus physique et plus rapide qu'elle?

Luc Holtz a débuté le match dans un 4-3-3 en phase offensive, qui se transformait en 4-1-4-1 en phase défensive, avec Christopher Martins placé en sentinelle. Le bloc luxembourgeois était positionné bas, avec la ligne défensive sur ses 30 mètres.

Rapidement, on a pu observer que les locaux avaient choisi de subir. En effet, ils se retrouvaient face à des adversaires plus physiques et bien plus rapides qu’eux.

Dans ce système de jeu en 4-1-4-1, la distance entre l’avant-centre - Joachim -, et ses milieux centraux était trop importante et laissait des espaces aux deux milieux centraux sénégalais, Gueye et A. N’Diaye.

Ne réussissant pas à empêcher ces premières relances, les Luxembourgeois se mettaient souvent en retard dans leurs déplacements défensifs. Cela permettait aux attaquants sénégalais de se retrouver dans le sens du jeu pour provoquer de nombreux un-contre-un. Moins rapides, les Luxembourgeois subissaient de nombreux centres de la part d’Ismaila Sarr et de Keita Baldé. Mais les locaux n’ont heureusement jamais plié.

A la 56e minute, Luc Holtz remplace Mutsch par Da Mota et change son système de jeu en 4-4-2. Défensivement, cela a permis à C. Martins et à Barreiro de mettre plus de pression sur les deux milieux centraux adverses.

L'entrée au jeu de Daniel Da Mota (à dr., à la lutte avec Mamé Biram Diouf) a changé le système de jeu du Luxembourg en 4-4-2
L'entrée au jeu de Daniel Da Mota (à dr., à la lutte avec Mamé Biram Diouf) a changé le système de jeu du Luxembourg en 4-4-2
Photo: Ben Majerus

La ligne défensive et celle du milieu de terrain étaient encore plus serrées et empêchaient les passes verticales vers les décrochages de M’Baye Niang. Cela a forcé les Sénégalais à déplacer leurs attaques sur les côtés en utilisant les montées des défenseurs latéraux. Cela a donc obligé les ailiers luxembourgeois, Da Mota et Gerson Rodrigues, à redescendre très bas. A partir de ce moment-là, les Roud Léiwen ont placé un bloc encore plus bas et ont subi toute la deuxième mi-temps.

Encore une fois, la rigueur luxembourgeoise a payé et a permis à Anthony Moris de ne pas encaisser de but. Seul élément inhabituel, les locaux ont été en difficulté sur les coups de pied arrêtés adverses. Cela n’est pas venu du déficit physique, mais plutôt d’un relâchement au niveau du marquage. En Ligue des Nations, face à des équipes dont la meilleure arme offensive reste souvent ce genre d’actions, cela pourrait être pénalisant.

Malgré tout, défensivement, les Roud Léiwen ont été performants et ce n’est plus une surprise. Offensivement, cela a été une autre paire de manches…

  • Pourquoi le Luxembourg a-t-il été quasi inexistant offensivement?

Si, en première période, les Luxembourgeois ont eu de vagues possibilités d’ouvrir le score, ils ont eu beaucoup de mal à porter le ballon vers la zone de vérité sénégalaise. Le placement du milieu sénégalais empêchait les relances luxembourgeoises vers Mutsch et Barreiro, placés plus haut.

Il est vrai que, dans le football moderne, la mode est de faire redescendre un milieu à la hauteur de ses défenseurs centraux pour permettre aux défenseurs latéraux de se placer haut sur le terrain. Seulement, jeudi soir, faire redescendre  Kiki Martins n’a pas servi à grand-chose, car il lui était impossible de toucher ses milieux par des passes au sol, idem pour les défenseurs latéraux.

Positionné en sentinelle, Christopher Martins (à dr., face à Mbaye Niang) aurait peut-être été plus utile en apportant le surnombre dans le milieu de terrain et donc en offrant une solution de passe supplémentaire à ses coéquipiers relanceurs
Positionné en sentinelle, Christopher Martins (à dr., face à Mbaye Niang) aurait peut-être été plus utile en apportant le surnombre dans le milieu de terrain et donc en offrant une solution de passe supplémentaire à ses coéquipiers relanceurs
Photo: Yann Hellers

La solution des ballons longs était donc plébiscitée et, face à des défenseurs aussi physiques, les duels aériens étaient perdus et les ballons automatiquement récupérés par les Sénégalais. A ce moment-là, Christopher Martins aurait peut-être été plus utile en apportant le surnombre dans le milieu de terrain et donc en offrant une solution de passe supplémentaire à ses coéquipiers relanceurs.

Placés plus bas, les défenseurs latéraux auraient également pu étirer le bloc sénégalais et n’auraient pas marché sur les pieds de leurs ailiers Turpel et Rodrigues.

En seconde mi-temps, le système en 4-4-2 forçait les milieux à redescendre très bas et s’éloigner de leurs deux attaquants. A partir de ce moment-là, les récupérations de balle se sont faites dans les vingt derniers mètres luxembourgeois, et les contres étaient alors impossibles, tant le chemin était long à parcourir jusqu’au but de Khadim N’Diaye.

  • Qu’a-t-il manqué aux Sénégalais pour gagner ce match?

Le sélectionneur des Lions, Aliou Cissé proposait un système de jeu en 4-4-2. Le circuit de jeu préférentiel de son équipe était le suivant:

Défense centrale -> Milieu central -> Ailier -> Milieu central -> Changement d’aile vers l’ailier opposé -> Dribble puis centre ou frappe

Parfois, le milieu central réussissait à trouver M’Baye Niang, qui demandait souvent le ballon par des décrochages intéressants.

La rapidité du jeu de passes sénégalais permettait donc aux deux ailiers, Keita Baldé et Ismaila Sarr, de se retrouver en un-contre-un, face à Jans et Carlson et de les mettre en grosse difficulté grâce à leur vitesse. Seulement, face à ce type de bloc compact et placé très bas, si les Sénégalais ont réussi à créer les décalages nécessaires pour apporter le ballon dans les vingt derniers mètres adverses, ils ont manqué de justesse technique sur les dernières passes, les centres, les frappes qui doivent terminer une attaque placée victorieuse. Frappes non cadrées, centres trop longs, transversales terminant hors des limites du terrain… trop d’éléments cassant la dynamique de chaque action.

Dirk Carlson (à dr.) a eu fort à faire sur son flanc gauche défensif
Dirk Carlson (à dr.) a eu fort à faire sur son flanc gauche défensif
Photo: Ben Majerus

Avec ses qualités de vitesse, de percussion, les joueurs sénégalais sembleraient plus à l’aise face à une équipe proposant du jeu, prenant des risques offensifs, et donc, laissant des espaces entre ses lignes. Lors de la Coupe du monde en Russie, le profil de leurs trois adversaires en phase de poule (Pologne, Colombie et Japon) pourrait être favorable au Sénégal. En effet, la Colombie et la Pologne devraient jouer leur rôle de favoris en proposant du jeu. Le Japon, quant à lui, pourrait être pénalisé par son déficit physique. Le Sénégal pourrait alors tirer son épingle du jeu et créer la surprise.

Les Tops

  • Anthony Moris (Luxembourg): peu de travail, mais malgré tout des arrêts importants. Et le plus important: il a installé une vraie sérénité dans sa défense.
  • Kevin Malget (Luxembourg): fort dans les duels, il a offert quelques précieuses interventions qui ont évité le pire. Un très bon match.
  • Ismaila Sarr (Sénégal): à chaque fois qu’il a reçu le ballon, il a donné le tournis à son adversaire par sa vitesse et sa technique. Un vrai talent brut.

Les Flops

  • Dave Turpel (Luxembourg): le positionner à droite ne rend service ni au joueur, ni à ses coéquipiers. Il a été en difficulté dans son placement et donc toujours à contretemps.
Positionné côté droit, Dave Turpel a été en difficulté dans son placement et donc toujours à contretemps
Positionné côté droit, Dave Turpel a été en difficulté dans son placement et donc toujours à contretemps
Photo: Yann Hellers
  • Gerson Rodrigues et Aurélien Joachim (Luxembourg): ils ont touché trop peu de ballons pour exister offensivement. Leur isolement a provoqué un certain individualisme qui n’a forcément pas fonctionné.
  • Moussa Konaté (Sénégal): face à ce type de défense, il n’a pas réussi à se rendre assez disponible. Lorsqu’il est passé à gauche de l’attaque, il est resté assez discret.

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Ismaila Sarr (Senegal - 18) – Aurélien Joachim (Luxemburg - 22) / Fussball Freundschaftsspiel / 31.05.2018 / Luxemburg – Senegal / Stade Josy Barthel / Foto: Yann Hellers