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Anthony Moris: «Mon caractère ardennais a pris le dessus»
Anthony Moris va au devant d'échéances importantes pour sa carrière.

Anthony Moris: «Mon caractère ardennais a pris le dessus»

Photo: Yann Hellers
Anthony Moris va au devant d'échéances importantes pour sa carrière.
Sport 5 min. 29.05.2018

Anthony Moris: «Mon caractère ardennais a pris le dessus»

Didier HIEGEL
Didier HIEGEL
A 28 ans le gardien du FC Malines n'a plus de temps à perdre

Plombée par les tracas administratifs et blessures, la carrière d'Anthony Moris n'est pas un long fleuve tranquille. Le dernier rempart de la sélection nationale est de retour sur le devant de la scène au bon moment. Rencontre.

La Cité Ardente a été endeuillée ce mardi matin. L'attentat commis à Liège a prolongé son onde de choc jusqu'à Lipperscheid où l'équipe nationale a pris ses quartiers. Anthony Moris a particulièrement été sensibilisé par l'assassinat de deux policières et d'un jeune homme de 22 ans, son épouse se trouvant à proximité du Boulevard d'Avroy. Elle a tenu à rassurer le portier de la sélection juste avant la pause déjeuner.

Un triste événement qui remet le sport à sa place. «La famille, les proches, voilà ce qui est réellement important dans la vie», indique le papa d'une petite Louiza en préambule à notre entretien. «Je connais bien les lieux et l'école où le meurtrier s'était retranché», poursuit-il. Alors, lorsqu'on lui parle de la litanie de blessures qui ont meurtri son corps ces dernières années, il relativise. «Il faut savoir retirer les aspects positifs de chaque période», dit-il avant de caler son dos dans le fauteuil. Il termine rapidement sa mousse au chocolat et nous énumère ses déboires.

Si je n'avais pas connu cette succession de problèmes je ne serais sans doute plus à Malines."

«Des problèmes administratifs m'ont d'abord empêché de jouer pendant quatre mois. A mon arrivée à Malines (janvier 2015), j'obtiens la confiance de l'entraîneur qui m'avait aligné dans les play-offs... et mon genou gauche lâche. Résultat: six mois sur la touche. J'ai ensuite dû attendre le départ de Gillet, qu'ils avaient acheté et qui a disputé une saison complète, pour  pouvoir jouer. C'est à ce moment-là que je rencontre un problème au ménisque de la jambe droite, j'enchaîne ensuite avec les ligaments croisés dans le match contre la France (le 25 mars 2017).» Pas gâté par le sort - c'est le moins qu'on puisse dire -, Moris laisse échapper presque deux ans de compétition. Un monde lorsque l'on sait que les aiguilles tournent plus vite dans le monde de la compétition. De quoi laisser des regrets. «En toute modestie, je pense que si je n'avais pas connu cette succession de problèmes je ne serais sans doute plus à Malines, ou tout au moins avec un autre statut dans le championnat belge. Mais voilà,  tous ces événements font partie de mon histoire, de ma carrière. Je sors grandi de cette période.»

«Dans la cantine où les supporters viennent boire leur bière»

Au cours de cette période particulièrement noire, l'Habaysien se raccroche à sa famille, «mes parents, mais surtout ma femme qui n'a pas eu la vie facile tous les jours». Il puise aussi dans ses gênes pour surmonter les épreuves.  «Mon caractère ardennais a pris le dessus sur beaucoup de choses. A chaque blessure, j'ai annoncé que d'ici cinq mois je serais sur le terrain. J'ai tenu mes promesses.» Du côté d'Anvers, Lieven Maesschalck, aujourd'hui kiné des Diables Rouges, n'en avait pas cru ses yeux à l'époque. Le numéro 1 de la sélection met aussi tous les atouts de son côté en choisissant les meilleurs spécialistes. Geert Declercq l'opère à trois reprises. Il effectue sa première rééducation avec le kiné de Malines. «Un excellent spécialiste, mais qui travaille avec les moyens du bord. Les soins sont effectués dans la cantine du club, là où les supporters viennent boire leur bière après la rencontre. Les lendemains de match, le sol jonché de gobelets collait encore...»

Le natif de Virton en rigole aujourd'hui car il n'a jamais lâché prise. «Etant donné les sacrifices consentis depuis tout petit, je n'avais pas le droit. Et puis par respect pour ce que Dieu m'a donné et pour tous ceux qui voudraient être à notre place de footballeur, ce n'était pas envisageable.»

Le numéro 1 de la sélection se redresse de son siège lorsqu'il s'agit d'aborder ensuite son avenir. Pour celui resté trop longtemps dans les starting-blocks, les rendez-vous vont s'enchaîner à vitesse grand V. D'abord les deux rendez-vous avec les Roud Léiwen, contre le Sénégal et la Géorgie et déjà la reprise de l'entraînement avec le Kavé, le 6 juin déjà. Un KV Malines qui lui doit encore un an de contrat, mais qui ne l'empêchera pas de prendre son envol en cas d'opportunité lorsque le carrousel des derniers remparts du Championnat de Belgique aura sonné. «Mais sans doute pas avant la Coupe du monde», précise-t-il. «Il faudra se montrer patient et continuer à bien travailler.»

Sérénité et ambition

Ses prestations contre le Sénégal, et peut-être aussi face à la Géorgie s'il est titularisé pour les deux matches, pourraient accélérer son départ pour un nouveau point de chute. «J'ai envie de retravailler avec des personnes comme José Jeunechamps, José Riga, Aleksandar Jankovic ou Philippe Vande Walle, des gens qui ont compté pour moi», ajoute le gardien qui est aussi tenté par une aventure à l'étranger, «pour y découvrir une autre culture».

Face au mondialiste africain, 28e nation du classement Fifa, l'approche est connue. «On aborde cette rencontre comme nous avons abordé par exemple l'Espagne, la France, l'Italie, la Suède ou les Pays-Bas, dans la sérénité, en ayant bien travaillé. Personnellement, je ne mets aucune pression par rapport à l'événement car je sais que j'ai déjà réalisé de bonnes choses en Belgique, des choses qui ont été regardées, et que ces matches avec la sélection vont prouver que je suis prêt. Je sais que le fait de montrer de belles choses pourrait m'ouvrir des portes.»

A 28 ans, Anthony Moris sait que le temps presse. Espérons pour lui qu'il ait mangé tout son pain noir.


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