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Ce que vous avez toujours voulu savoir sur l’art sans jamais oser le demander…

Quelle carrière pour un artiste luxembourgeois?

Nous avons pu nous entretenir avec Alex Reding, directeur de la galerie Nosbaum Reding, CEO de la Luxembourg ArtWeek et initiateur du prix Leap, afin de faire le point sur les carrières d’artistes luxembourgeois d’un point de vue et local et international. Entretien sans langue de bois.

Confinement oblige, c’est par téléphone que notre entretien se déroule. Nous connaissons Alex Reding et savons que cela importe peu: son discours engagé n’a pas besoin d’un vis-à-vis et nous révèle de nombreuses informations sur les artistes luxembourgeois, leurs choix et leurs possibilités de carrière, sur le long terme et au-delà de nos frontières.

Alex Reding: «En la matière, il convient d’étudier cela par génération. Il y a eu beaucoup d’artistes prometteurs dans les années 1980/2000. Quelques-uns ont su gérer l’engouement du moment pour s’implanter dans la durée. C’est un constat vérifiable sur toutes scènes artistiques; les plus tenaces et accomplis artistiquement s’inscrivent dans le temps et peuvent espérer une carrière de trente ou quarante ans qui débouchera logiquement sur de grandes expositions rétrospectives. Un travail comme celui de Jean-Marie Biwer, par exemple, a gardé sa pertinence et continue à influencer les générations qui suivent. Et il semble logique pour une institution nationale d’être le lieu de cet aboutissement.

L’importance et l’impact d’un artiste peuvent se définir par paliers, les lieux où son travail est exposé et son degré de notoriété en constituent un bon indicateur.

L’importance et l’impact d’un artiste peuvent se définir par « paliers », les lieux où son travail est exposé et son degré de notoriété en constitue un indicateur. Car il y a bel et bien une hiérarchie des lieux d’exposition. Au Grand-Duché, le Mudam et le MNHA ont l’envergure et la légitimité pour présenter et représenter la scène nationale et organiser des expositions monographiques autour d’un artiste.

En France, ces paliers pourront être les FRAC (fonds régional d’art contemporain), les centres d’art, les grands musées de région comme celui de Saint Etienne ou de Strasbourg. Et si l’artiste s’inscrit dans une exigeante régularité, pourquoi pas Paris où la visibilité devient internationale. Cette structuration est très importante et fait défaut au Luxembourg, notamment par le manque de structures intermédiaires (centres d’art et galeries).

 Si l’on veut que les artistes se frottent au milieu de l’art international, l’institution et les galeries du pays se doivent de les épauler.

Pour la génération des artistes quadragénaires, la renommée et la valeur d’un artiste peuvent s’appuyer sur une expo au Casino, comme ce fut le cas pour le duo Feipel/Bechameil ou encore Filip Markiewicz. La consécration? Une sélection pour la Biennale de Venise, comme ce fut le cas pour Tina Gillen. Ce qui me motive c’est la promotion de cette génération d’artistes vers les capitales européennes: Bruxelles, Berlin, Paris… Si l’on veut que les artistes se frottent au milieu de l’art international, l’institution et les galeries du pays se doivent de les épauler. De la sorte, on évite également une forme de protectionnisme souvent à l’origine d’un manque d’objectivité sur la valeur d’un artiste dans un petit pays comme le nôtre.

Concernant la dernière génération, elle est manifestement prometteuse.

IL y a l’exemple d’Eric Schumacher qui a remporté le Prix Robert Schuman en 2019. Mais la Triennale pour la jeune création dédiée aux artistes de la Grande Région a révélé un nombre important de très bons jeunes artistes. Quoi qu’il en soit, toutes ces étapes ne peuvent pas se franchir sans un consensus des différents acteurs du milieu qui suivent le travail d’un artiste. Ainsi une jeune artiste comme Nina Tomàs peut se sentir plus aguerrie pour se confronter à des académies en dehors des frontières (Belgique, France, Allemagne), la scène luxembourgeoise ayant moins de force de frappe et moins de perspective. La presse locale a malheureusement tendance à accorder la même importance à un artiste confirmé qu’à un amateur. Feriez-vous la même chose dans le domaine culinaire, en donnant la même visibilité à une pizzeria de quartier qu’à un chef étoilé ? Sans valorisation, pas d’impact!

 Sans valorisation, pas d’impact! 

De fait, j’ai créé le prix Leap (Luxembourg encouragement for artists prize) composé d’un jury de professionnels internationaux. Pas d’influences ou de copinages possibles. Cinquante à soixante dossiers sont présentés tous les deux ans et 4 artistes sont sélectionnés et exposés, puis un lauréat, désigné. Sophie Jung, lauréate du prix en 2016, démarre une belle carrière et ce prix aura été un véritable appui. Actuellement ses œuvres sont exposées au Casino pour l’été. Je me félicite de voir les mentalités changer petit à petit. RTL a montré la voie en devenant partenaire du Leap. Au risque de me répéter, plus la prise de conscience de la scène locale par les professionnels de l’institution et les galeristes augmentera, plus les carrières de nos artistes se structureront.»

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