Regarder sous les jupes des filles dans les bus

Felix Braz: "Une infraction punissable"

Filmer sous les jupes des femmes à leur insu n'est donc pas punissable au regard de la loi au Luxembourg.
Filmer sous les jupes des femmes à leur insu n'est donc pas punissable au regard de la loi au Luxembourg.
Pierre Matgé

Depuis cinq ans, un homme filme sous les jupes des femmes dans le bus à l'aide de son téléphone portable. L'affaire a été classée sans suite par la justice mais l'histoire fait grand bruit au Luxembourg.

Selon le porte-parole de l'administration judiciaire, les actes de cet homme "ne constituent ni un attentat à la pudeur, ni un outrage public aux bonnes mœurs, ni une atteinte à la vie privée".

Pour quelle raison? Au regard du principe de l'interprétation stricte de la loi pénale.

En effet, la loi sur la protection de la vie privée datant du 11 août 1982 punit quiconque porte volontairement atteinte à l'intimité de la vie privée d'autrui en "observant ou faisant observer au moyen d'un appareil quelconque, une personne se trouvant dans un lieu non public, sans le consentement de celle-ci".

Cependant, comme les transports en commun sont considérés comme des lieux publics, le parquet considère ne pas avoir d'emprise pour agir contre ce monsieur et son voyeurisme.

Les lignes 7, 18 et 20

Filmer sous les jupes des femmes à leur insu n'est donc pas punissable au regard de la loi au Luxembourg.

Et bien que l'homme ait été appréhendé par la police, il n'a pas été poursuivi et pourrait continuer à faire ses vidéos sur les lignes 7, 18 et 20 entre la gare et Kirchberg.

Le CSV s'est fendu ce vendredi matin d'une réaction dans laquelle le parti politique prend à partie le ministre de la Justice, Felix Braz.

"Le comportement «voyeuriste», basé sur l'attirance à observer l'intimité d'une personne sans interaction du voyeuriste avec la victime, constitue souvent une forme grave d'harcèlement sexuel et moral. Cette agression est dirigée notamment contre les femmes se trouvant dans un lieu public ou privé, celles-ci ignorant souvent qu'elles sont observées", soulignent les députés Sylvie Andrich-Duval et Gilles Roth.

Urgent de légiférer?

Ce jeudi, c'était la députée LSAP Claudia Dall 'Agnol qui montait au créneau et interpelait la Chambre des députés en demandant s'il "existe des chiffres concernant les plaintes pour voyeurisme au Luxembourg ?" et s'il "ne conviendrait pas de modifier le Code pénal luxembourgeois afin de combler ce vide juridique et punir ainsi de tels actes ?"

De son côté, le CSV rappelle que le législateur belge a adopté en 2016 une loi pénalisant le voyeurisme dans les lieux publics et que le gouvernement français a lancé un plan de lutte contre le harcèlement dans les transports publics en 2015, suite à un rapport inquiétant du Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes publié également en 2015.

Les députés CSV renvoient le gouvernement à son programme de 2013 dans lequel il affirmait que "les violences sexistes doivent faire l'objet de mesures de prévention systématiques suivies, le cas échéant, de mesures de répression et de sanctions ».

Le président du LSAP, Alex Bodry, a déclaré ce vendredi que "les députés avaient la possibilité de légiférer. Cependant, on ne peut pas régler un cas particulier avec une nouvelle loi", a-t-il déclaré à lessentiel.lu. 

Le ministre de la Justice, Felix Braz, a déclaré que l'infraction était "punissable".


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