Quelle place pour la langue portugaise au Luxembourg?

«Il est normal de s'exprimer en portugais avec les petits enfants »

Les crèches tombaient autrefois sous le ressort du ministre de la Famille, maintenant cela fait partie du ministère de l'Education nationale et de la Jeunesse dont Claude Meisch est le ministre.
Les crèches tombaient autrefois sous le ressort du ministre de la Famille, maintenant cela fait partie du ministère de l'Education nationale et de la Jeunesse dont Claude Meisch est le ministre.
Photo: Gerry Huberty

Le portugais risque-t-il d'être banni des crèches et des écoles? Telle est l’interrogation que de nombreux Portugais se posent actuellement suite à différents incidents survenus dernièrement dans une classe de 7e et au sein d'une structure d'accueil périscolaire publique située à Esch-sur-Alzette. Le ministre de l'Education nationale, Claude Meisch, répond à wort.lu/FR.

Deux cas suscitent de vives réactions actuellement dans la communauté lusophone du Luxembourg mais également au Portugal.

Tout d’abord, il y a cette affaire partie d’un article publié par nos confrères du Contacto et qui met en lumière le cas d'une structure d'accueil publique située à Esch-sur-Alzette qui interdirait aux enfants portugais de parler leur langue maternelle entre eux. Pire: ils seraient punis en cas d'entorse à la règle.

Une interdiction contraire à la circulaire du ministère envoyée à toutes les crèches et qui insiste sur l’importance de l’apprentissage de plusieurs langues dans les établissements scolaires et périscolaires du pays et qui précise que «le contact au plus jeune âge d’une diversité culturelle et linguistique constitue la base d'une bonne cohabitation au sein d'une communauté plurielle».

Cette circulaire prévoit ainsi qu’il est important que le personnel encadrant utilise plusieurs langues au quotidien et ne se limitent pas à une seule langue lors des activités.

L'objectif  reste l'intégration des Portugais au sein du système scolaire luxembourgeois

Pour Claude Meisch: « Le portugais est une réalité au Luxembourg et il me semble tout à fait normal que des éducateurs puissent parler en portugais aux enfants, même si nous disons clairement aux éducateurs d’offrir une offre en langue luxembourgeoise aux enfants. N’oublions pas que l’objectif est d’intégrer les Portugais et de les préparer au système scolaire luxembourgeois. Ce qui ne veut pas dire qu’il est interdit de dire trois mots en portugais de temps en temps. »

Quant au cas précis évoqué par le Contacto, le ministre dit qu'il ne dispose pas de plus d'éléments et explique: « Ce cas ne m’est pas connu en particulier, si ce n’est que ce que j’ai lu dans les médias. Les crèches sont censées suivre la circulaire mais pour l’instant, celle-ci ne fait pas loi. Tout sera plus clair lorsque le projet de loi 6410 sera voté et des inspecteurs pourront contrôler le travail fait dans les crèches. Actuellement, les crèches ont une certaine marge de manœuvre quant à ces questions. Rappelons que ce n’est pas le ministère qui gère les crèches. »

En ce qui concerne les punitions données aux enfants qui s'exprimaient en portugais, le ministre précise: « Il faut rester raisonnable. Si de tels abus ont eu lieu, j’aimerai en parler aux responsables de la crèche. Mais je n’ai connaissance de rien et il me paraît évident qu’il ne faut pas punir des enfants de cet âge parce qu’ils ont parlé portugais entre eux. »

Le post de Corinne Cahen

Revenons au deuxième cas, celui qui implique la ministre de la Famille, Corinne Cahen.

Dans un commentaire publié le 4 octobre dernier sur Facebook, elle soutient un enseignant qui a limité l'usage de la langue portugaise dans sa propre classe. Un commentaire qui a suscité une vague d'émotion au sein de la communauté lusophone.

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Pour Claude Meisch : « Il me paraît évident et normal qu’un professeur ait le droit de réprimander un élève qui parle portugais en cours, ou dans n’importe quelle autre langue que le professeur lui-même ne comprend pas. Je ne peux donc que confirmer l’affirmation de Madame Cahen.

Il existe une instruction ministérielle sur l’utilisation de la langue véhiculaire dans l’enseignement luxembourgeois, datant de 2010 et rédigée par la ministre de l'époque, Mady Delvaux-Stehres.

A l'école, il y a trois langues dévolues à l'enseignement: l’allemand, le français et le luxembourgeois mais ce sont essentiellement l'allemand et le français qui sont utilisés. Ainsi, il est dit que « si le plurilinguisme représente un des atouts majeurs de l’école luxembourgeoise, la bonne maîtrise de nos trois langues nationales par tous les élèves constitue en même temps une nécessité absolue pour leur développement personnel et professionnel, ainsi que pour une intégration sociale et culturelle réussie. »

L'instruction ministérielle explique également que les écoliers sont censés parler dans la langue de la matière enseignée et stipule clairement que dans l’enseignement luxembourgeois les explications et les directives données aux élèves se font toujours dans la langue utilisée pour le cours.

Les élèves ne peuvent toutefois pas s'exprimer dans leur langue maternelle à moins qu'elle ne fasse partie des trois langues nationales.

Corinne Cahen n’a pour l’instant pas voulu commenter l’affaire autour de son post.

Marc Vanacker