Mobilité transfrontalière

La France sollicite (encore) l'aide du Luxembourg

Le stationnement en gare de Thionville est censé être développé par le projet TCSP du Smitu
Le stationnement en gare de Thionville est censé être développé par le projet TCSP du Smitu
Maurice Fick

Par Christelle Brucker

Mise à jour: le ministère d'Etat confirme un entretien entre le Premier ministre et Philippe Richert en juillet au cours duquel Xavier Bettel a demandé sur quels projets concrets le Luxembourg pouvait apporter une aide financière à la France. La liste du président de région est actuellement en cours d'examen.

Au pays des Trois frontières, la mobilité des travailleurs constitue un enjeu majeur. Problème: la construction et l'entretien des infrastructures nécessaires sont un vrai gouffre financier et les Etats ont tendance à se renvoyer la balle quand il s'agit de sortir le porte-monnaie.

Harlem Désir fait chou blanc

En novembre 2016, c'est Harlem Désir, alors secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, qui était venu rencontrer la ministre de la Grande Région, Corinne Cahen, pour demander "une compensation fiscale" au titre de l'impôt retenu sur le salaire des 90.000 frontaliers Français. Un manque à gagner pour les collectivités, estimait-il.

La ministre avait rapidement indiqué qu'il n'était pas question d'une telle compensation et que le Luxembourg préférait investir dans des projets concrets, qui bénéficient à la fois aux frontaliers et aux résidents.

La liste de Philippe Richert à Xavier Bettel

Du concret? Philippe Richert, président de la région Grand Est (ex-Alsace, Lorraine et Champagne Ardenne) a dressé toute une liste de priorités bien concrètes dans le domaine de la mobilité, avec estimations des coûts, qu'il a adressée directement au Premier ministre luxembourgeois, Xavier Bettel, le 13 juillet dernier.

Dans ce courrier, le président de région fait référence à un entretien commun datant du 3 mai, au cours duquel les deux hommes politiques se seraient mis d'accord "sur le financement conjoint par la France et le Grand-Duché de projets d'investissements (...) portés par des collectivités françaises."

Une partie serait portée par la région Grand Est pour 93 millions d'euros:

  • achat de 12 rames TER deux niveaux d'occasion
  • équipement en ERTMS 
  • développement du centre de maintenance
  • allongement des quais en gare d'Uckange, Hettange-Grande et Hagondange

L'autre partie incomberait aux territoires pour 180 millions d'euros:

  • développement du stationnement en gare de Thionville, Uckange, Hettange-Grande, Maizières-lès-Metz
  • développement du pôle d'échange multimodal à Longwy
  • projet de TCSP du Smitu y compris parking relais à Metzange
  • stationnement covoiturage et bus transfrontaliers à Metzange

La lettre de Philippe Richert à Xavier Bettel se termine ainsi:

"Je souhaiterais que vous me fassiez connaître le niveau et les modalités d'une participation financière du Grand-Duché à ces investissements." Le président de région estime en effet qu'il s'agit là d'actions "au service des travailleurs frontaliers et de leurs employeurs."

La France se désengage dès qu'il s'agit des frontaliers

Le Smitu, l'autorité des transports Thionville-Fensch, est dans une situation financière "en dérapage complet depuis 2010" selon son président et n'a donc pas la possibilité d'investir un seul euro dans le projet TCSP pré-cité, chiffré à 140 millions et qui consiste en un service proche de celui d’un tramway.

Aux collectivités de se débrouiller, la région n'intervient pas. Or, de leur côté de la frontière, nos collègues français cristallisent les crispations.

Les politiques ne se bousculent pas pour défendre les intérêts d'une frange de la population (90.000 personnes à peine sur les 5,5 millions que compte la nouvelle région Grand Est) qui va trouver tous les matins une herbe plus verte ailleurs.

Comme cette série d'investissements vise à faciliter les déplacements de ces travailleurs, la région Grand Est juge que c'est au Luxembourg de régler (une partie de) l'addition. Le tracé du futur TCSP doit en effet desservir la gare de Thionville, celle de Hayange, les points de départ du Citélux et les parkings de covoiturage. 

Le gouvernement luxembourgeois, qui estime en avoir déjà beaucoup fait en faveur de la mobilité des frontaliers ces dernières années, acceptera-t-il de mettre une fois de plus la main à la poche?