Coopération / Action humanitaire

Coup de rabot sur le financement des ONG de développement

Un camp de réfugiés Rohingya au Bangladesh
Un camp de réfugiés Rohingya au Bangladesh
AFP

(ChB) - Romain Schneider, ministre de la Coopération et de l'Action humanitaire, a obtenu mercredi le vote des députés (57 oui et 3 non) en faveur du projet de loi 7143 qui restreindra dès le 1er janvier 2018 les moyens alloués par l'Etat aux ONG de développement.

Le texte a fait l'objet d'âpres négociations entre la Direction de la coopération au développement du ministère des Affaires étrangères et le Cercle de coopération qui représente plus de 80 ONG de développement au Luxembourg.

Annoncés dans le cadre du "Zukunftspak" lancé par le gouvernement Bettel en 2014, ces coups de rabot font peur dans le milieu des ONG, notamment au sein des plus petites structures.

"Un compromis plus qu'un consensus"

Les critères de cofinancement en vigueur ont été revus à la baisse, et de l'aveu même du ministre, "ce fut un processus long, qui n'a pas été facile pour certaines ONG".

Christopher Lilyblad, directeur du Cercle de coopération, confirme: "Nous avons abouti à un compromis plus qu'un consensus." A partir du 1er janvier, il n’y aura plus que 2 taux de cofinancement:

un taux de 80% pour tout projet mis en oeuvre dans les pays partenaires de la coopération luxembourgeoise, et les pays les moins avancés (actuellement 75%);un taux de 60% dans tous les autres pays (actuellement 66,6%);un taux de participation aux frais administratifs réels fixé à un maximum de 14% (actuellement 15%).

Romain Schneider n'a pas le choix: il faut faire des économies
Romain Schneider n'a pas le choix: il faut faire des économies
Ben Majerus

"C'est une libéralisation du secteur des ONG"

Il ne cache pas son agacement: "C'est une libéralisation du secteur des ONG au Luxembourg, et c'est choquant. D'autant que nous avons du mal à comprendre les arguments du ministère: le contexte économique a changé aujourd'hui, les autres secteurs du pays sont en croissance. Nous ne sommes plus dans une logique d'épargne."

"Non seulement cela va impacter certains projets et contraindre les ONG à une réorientation stratégique de leurs activités, mais en plus, la baisse de la participation aux frais aura des conséquences sur les salaires dans un secteur où ils sont déjà très limités pour un pays comme le Luxembourg."

Combien d'emplois en jeu: "trop tôt pour le dire"

Par ailleurs, Lilyblad met le doigt sur un paradoxe: "Le budget consacré à l'aide publique au développement correspond à 1% du revenu national brut du pays, il va donc augmenter l'an prochain compte tenu du meilleur climat économique. Mais en parallèle, l'Etat restreint son soutien financier aux ONG nationales."

Quant à savoir combien d'emplois pourraient être menacés par cette nouvelle loi, il est encore trop tôt pour le dire: "Ce sera plus clair dans les prochains mois, avec l'application effective de ces nouveaux taux."

Des ONG actives ici et dans le monde

La coopération bilatérale est principalement mise en oeuvre par LuxDev tandis que 93 ONG ont un agrément auprès du ministère des Affaires étrangères pour gérer environ 16% de l'aide publique au développement (56,8 millions d’euros en 2016). 

Un camp de réfugiés Rohingya au Bangladesh
Un camp de réfugiés Rohingya au Bangladesh
AFP

Le Luxembourg face aux crises actuelles

Romain Schneider a évoqué dans son discours les besoins présents et futurs vers les territoires frappés par les crises: "Sur l’échelle de la gravité des crises humanitaires de l’ONU, nous en distinguons actuellement quatre de niveau 3, le niveau d’urgence le plus élevé: en Syrie, en Irak, au Yémen et en République démocratique du Congo."

"Cette année, il y a aussi eu de grandes famines en Somalie, au Soudan du Sud, au Nigéria et surtout au Yémen. Le Luxembourg est conscient de ses responsabilités internationales et a démontré sa solidarité dans toutes ces situations. Confronté à la situation dramatique au Yémen, j’ai encore hier accordé une aide supplémentaire d’1 million d’euros."  

Quant aux 500.000 Rohingya qui ont fui le Myanmar, le Luxembourg a répondu présent en octobre dernier à Genève en offrant son aide à hauteur de 950.000 euros, puis 360.000 euros supplémentaires le 20 novembre.