Dans l’air du temps

Toqués des chefs

Stéphane Bern au palais grand-ducal lors du tournage de son émission sur la grande-duchesse Charlotte.
Stéphane Bern au palais grand-ducal lors du tournage de son émission sur la grande-duchesse Charlotte.
Gerry Huberty

Par Stéphane Bern

Inutile de le nier, les chefs sont à la mode. Ils ne cessent de faire la Une de l’actualité, entre Alain Ducasse qui cuisine pour les présidents Macron et Trump dans son restaurant « le Jules Verne » au sommet de la Tour Eiffel et le chouchou de la presse people, Cyril Lignac, qui, quelques mois après sa rupture avec Sophie Marceau, a retrouvé l’amour avec une autre actrice tout aussi belle, Mélanie Doutey, séparée de l’acteur Gilles Lellouche... Ainsi va le monde des célébrités.

Elle qui avouait encore récemment dans une émission « être une piètre cuisinière » a désormais son chef à domicile. De fait, Cyril Lignac, le cuisinier télégénique à l’accent rocailleux, a su utiliser la rampe médiatique comme un formidable tremplin à son essor de chef : deux bistrots, un restaurant étoilé, cinq pâtisseries, deux chocolateries et un bar à sushis, il peut savourer ses succès.

De fait, depuis quelques années, on a pu constater la multiplication des programmes télévisés basés sur la cuisine. «Masterchef», «Un diner presque parfait», «Top chef», «Le meilleur pâtissier de France», «Le meilleur boulanger de France», « Qui sera le plus grand pâtissier de France ?», «Dans la peau d’un chef», «Cauchemar en cuisine», et bien d’autres…

Sur toutes les chaines, impossible d’échapper à une émission culinaire, en après-midi, en access ou prime-time, c’est-à-dire à l’heure où la ménagère est censée préparer le dîner, ou pendant que la famille se régale de plats surgelés ! Comment expliquer le succès de ces émissions, pourtant toujours basées sur le même concept de compétition en cuisine entre des candidats amateurs ou professionnels, qui se font juger, parfois bousculer, mais qui atteignent le graal sur la piste aux étoiles : l’exposition médiatique garante de la notoriété publique.

Si les émissions culinaires font aujourd’hui recette à la télévision, c’est que la bonne bouffe est encore le seul plaisir autorisé en toute liberté, et que la gastronomie, française, par exemple, est inscrite au patrimoine immatériel de l’humanité... la cuisine n’est-elle pas considérée comme le loisir préféré des Français ?

D’autre part, cette rivalité en cuisine – il ne faut pas croire que tout est onctueux autour d’un piano de cuisine où s’active une brigade ! – à travers le concept éliminatoire, permet au public de s’identifier aux candidats en lice, et de ce fait incite les téléspectateurs à se mettre aux fourneaux et de reprendre les recettes testées.

Il est bien loin le temps où les chefs faisaient de magistrales démonstrations culinaires devant les caméras, aujourd’hui il faut un enjeu, une promesse, créer de l’émulation, faire monter la mayonnaise pour que la sauce – piquante si possible – prenne. Ici ce sont des amateurs qui se critiquent et s’attribuent des notes plutôt salées, là ce sont des chefs forts en gueule qui étrillent les candidats selon les principes bien rodés de la télé-réalité hautement scénarisée.

Si l’on peut se réjouir de ce menu gourmand d’émissions culinaires à la télévision qui font la gloire et la fortune des chefs de demain autant qu’elles font naître de jeunes vocations, force est de constater que cette pléthore ne valorise pas toujours les métiers de bouche et ce métier artistique qui requiert autant de talent que d’imagination et de goût. A force de servir du tout cuit, certains programmes culinaires en deviennent indigestes.

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