Béatifier Pascal

Le pari du pape sème surprise, enthousiasme... et perplexité

Le pape François lors d'une canonisation multiple en octobre 2016, à la basilique Saint-Pierre de Rome.
Le pape François lors d'une canonisation multiple en octobre 2016, à la basilique Saint-Pierre de Rome.
REUTERS

(AFP) - Bienheureux Blaise Pascal? Le souhait du pape de béatifier ce grand mathématicien, philosophe et théologien français du XVIIe siècle a suscité la surprise et souvent l'enthousiasme parmi ses admirateurs, même si la démarche de l'Eglise catholique interroge, notamment côté protestant.

Le souverain pontife a exprimé ce voeu en réponse à une question en forme de plaidoyer du fondateur de La Repubblica, dans un entretien publié le 8 juillet par ce quotidien italien.

«Je pense moi aussi qu'il mérite la béatification. J'envisage de demander la procédure nécessaire et l'avis des organes du Vatican chargés de ces questions, en faisant part de ma conviction personnelle positive», a déclaré François. Le procès en béatification - première étape avant une improbable canonisation - devrait toutefois prendre du temps.

  En prenant le parti de croire, si vous gagnez, vous gagnez tout; si vous perdez, vous ne perdez rien. 

Un pape jésuite reconnaissant les «vertus héroïques» d'un proche des jansénistes, ennemis jurés de la compagnie de Jésus? Pascal n'a-t-il pas eu la plume féroce dans ses «Provinciales» contre ces «frères» accusés de morale relâchée? «Ironie de l'histoire», a commenté le Père Patrick Goujon sur CNews. «Un geste d'ouverture, de tolérance, qui manifeste que dans l'Eglise toutes les tendances sont possibles», selon ce père jésuite, pour qui le pontife argentin cherche ici «peut-être moins la provocation que la réconciliation».

Autodidacte parmi les plus grands mathématiciens

Autodidacte surdoué né en 1623, rivalisant dès l'adolescence avec les plus grands mathématiciens, Blaise Pascal a été bouleversé, à l'âge de 31 ans, après une jeunesse assez mondaine, par une expérience de conversion.

Malade et sujet à de violentes migraines, il est mort en 1662, à 39 ans, dans l'ascèse, sans avoir eu le temps de finir son «Apologie» de la pensée chrétienne, dont l'ébauche a été publiée après sa mort sous le titre de «Pensées».

C'est dans cet ensemble qu'il a exposé son fameux «pari»: «En prenant le parti de croire, si vous gagnez, vous gagnez tout; si vous perdez, vous ne perdez rien». Ce raisonnement s'accompagnait d'un appel à soulager les souffrances humaines, susceptible d'avoir touché le pape argentin.

Pour Dominique Descotes, professeur émérite de littérature et directeur du Centre international Blaise Pascal à Clermont-Ferrand, ville natale de l'écrivain, la démarche papale vise probablement «beaucoup moins l'oeuvre que l'homme».

«Ce qui a marqué le pape», pressent-il auprès de l'AFP, «c'est tout ce que Pascal a fait en faveur des pauvres». Et le chercheur de citer l'exemple des «carrosses à cinq sols», ancêtres des autobus parisiens développés par le célèbre inventeur, et dont il avait prévu de reverser les bénéfices à des démunis de Blois, «victimes d'intempéries et qui vivaient dans une misère noire».

Dans le quotidien La Croix, le Père Thierry Magnin, docteur en sciences physiques et théologie, soutient qu'il serait «bon de béatifier Blaise Pascal» au moins pour deux raisons: outre son message de charité, il a lié foi et raison.

'Strabisme spirituel' 

«À l'époque de Galilée, il fut l'un des rares scientifiques chrétiens à n'être pas tombé dans l'anathème mais à se laisser au contraire interroger», écrit ce prêtre recteur de l'université catholique de Lyon.

Sans surprise, Pascal a également nombre d'avocats chez les protestants - les thèses jansénistes sur le salut par la grâce étaient proches de celles des calvinistes. François Clavairoly, président de la Fédération protestante de France (FPF), souligne lui aussi «le besoin que nous avons», incarné par Pascal, «du dialogue entre la foi et la raison, deux soeurs jumelles qui se chamaillent».

Mais le protestantisme goûte peu le penchant catholique pour les bienheureux et les saints. «Encourager les croyants à une forme de strabisme spirituel - au lieu d'aller prier Dieu on va aller prier les saints - ce n'est pas très cohérent», glisse à l'AFP le pasteur Clavairoly, faisant valoir que Pascal devrait être lu avant d'être prié.

Le «pascalien» Dominique Descotes n'entre pas dans ces débats mais espère d'une béatification qu'elle remette en lumière un auteur que peu de lycéens ou même d'étudiants connaissent vraiment. Histoire de ne plus entendre un élève du lycée Blaise-Pascal de Clermont présenter le grand homme comme l'architecte de cet établissement.

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.