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Zoufftgen: un survivant témoigne dix ans après: "Elle m'a sauvé, mais je n'ai pas souhaité la revoir"
Dix années après l'accident ferroviaire de Zoufftgen, un ancien contrôleur de la SNCF présent dans un des deux trains, raconte ce qu'il a vécu ce 11 octobre 2006.

Zoufftgen: un survivant témoigne dix ans après: "Elle m'a sauvé, mais je n'ai pas souhaité la revoir"

Police grand-ducale
Dix années après l'accident ferroviaire de Zoufftgen, un ancien contrôleur de la SNCF présent dans un des deux trains, raconte ce qu'il a vécu ce 11 octobre 2006.
Luxembourg 5 min. 11.10.2016

Zoufftgen: un survivant témoigne dix ans après: "Elle m'a sauvé, mais je n'ai pas souhaité la revoir"

Virginie ORLANDI
Virginie ORLANDI
Dix années après l'accident ferroviaire de Zoufftgen, un ancien contrôleur de la SNCF présent dans un des deux trains, raconte ce qu'il a vécu ce 11 octobre 2006, les répercussions que l'accident a eues sur sa vie et nous livre son sentiment sur les erreurs qui ont été commises par les agents des CFL.

Par Virginie Orlandi

Dix années après la catastrophe ferroviaire de Zoufftgen, un ancien contrôleur de la SNCF présent dans un des deux trains, raconte ce qu'il a vécu ce 11 octobre 2006, les répercussions que l'accident a eues sur sa vie et nous livre son sentiment sur les erreurs qui ont été commises par les agents des CFL.

"C'était comme l'apocalypse, j'avais l'impression de voir un film à la télé", nous confie cet ancien contrôleur de la SNCF qui a souhaité conserver l'anonymat.

Aujourd'hui, l'homme d'une quarantaine d'années exerce une autre profession au sein de la SNCF: il gère la paie des contrôleurs et voyage rarement en train.

"Quand ça roule normalement, je gère", reprend-il, "mais dès qu'il y a un ralentissement, le moindre problème, c'est la panique. Je préfère prendre l'avion".

La Société nationale des chemins de fer français n'a posé aucun problème lorsqu'il a demandé sa mutation après l'accident de Zoufftgen où il a perdu une partie de sa motricité. Les trois côtes cassées et le bras démis sont peu de séquelles face à celles, psychologiques, qu'il a subies. "Et encore", ajoute-t-il, "je suis un des survivants qui a le mieux récupéré mentalement".

"Le plus long, c'est l'après-choc"

La vie sauve, le contrôleur la doit à la place qu'il occupait au moment de l'impact mais aussi à cette passagère qui est venue le secourir alors qu'il était à terre et incapable de se relever.

"Je me trouvais dans le train luxembourgeois en partance de la gare, j'étais assis à l'arrière dans le dernier wagon et je me préparais à contrôler les passagers lorsque j'ai été projeté 15 mètres plus loin. Le choc a été terrible mais le plus long, c'est l'après- choc: quand le train poursuit sa course malgré l'impact et que vous ne savez pas ce qui va se passer. Je n'ai jamais perdu connaissance mais quand j'ai repris mes esprits, j'étais allongé sur le ventre et je ne pouvais plus bouger".

Il est là, dans l'angoisse et la douleur, lorsqu'une passagère vient à lui de l'autre côté des portes de communication des wagons. Elle n'est pas blessée et il lui demande ce qui s'est passé, elle lui apprend alors que leur train est entré en collision avec un autre.

"Dans ce genre d'urgences, c'est aux agents de mettre en place les procédures d'évacuation des passagers et comme j'en étais incapable, c'est elle qui les a appliquées", poursuit-il.

Tout d'abord, elle a décoincé les portes et est venue rejoindre le contrôleur dans le wagon pour le secourir: "je lui ai expliqué ce qu'elle devait faire et elle a procédé à l'évacuation des passagers. Ils étaient une quinzaine, elle les a fait descendre sur le quai, du côté de la forêt. A ce moment-là, je n'avais qu'une obsession: qu'on me sorte aussi de là malgré le fait que je ne devais pas bouger pour ne pas aggraver mes blessures. L'électricité avait-elle été coupée sur les voies? Une autre collision n'était-elle pas en préparation? Mon angoisse était telle que j'ai exigé qu'on me porte à l'extérieur du train".

Seuls pendant plus d'une heure

Le lieu de l'accident a été difficile d'accès pour les secours et c'est pour cette raison que les survivants du train luxembourgeois sont restés plus d'une heure à les attendre aux abords de la forêt.

"Lorsque nous nous sommes retrouvés dehors et que la tension est redescendue, certaines personnes ont perdu connaissance" poursuit le rescapé, "Pour ma part, on ne me lâchait pas pour que je ne tombe pas dans les pommes à cause de mes blessures: j'avais des plaies à la tête et je saignais".

La suite du drame s'écrit durant les six années qui suivent l'accident: angoisses, changement de cap professionnel, acceptation d'un corps amoindri.

Le contrôleur ne souhaitera pas revoir celle qui l'a sauvé ce jour-là: "On m'a conseillé de ne pas le faire", confie-t-il, "Cette passagère a beaucoup souffert à la suite de l'accident et elle avait besoin de me parler mais j'ai eu peur que cela fasse remonter mes douleurs. Parfois, je pense à elle".

"Pour eux, j'ai presque de la haine"

Ce mardi 11 octobre, une commémoration se déroule sur les lieux de l'accident où une stèle a été érigée en souvenir des victimes. L'une d'elles était un collègue de longue date du contrôleur: "Il conduisait le train de marchandises qui venait en sens inverse et nous nous connaissions très bien. Dix ans après, je suis encore choqué par l'attitude des agents luxembourgeois qui ont causé cet accident".

Quatre agents des CFL ont été inculpés et condamnés à des peines de prison et des amendes en 2011.

"Aucune excuse, des rires lors du procès, certaines attitudes m'ont fait froid dans le dos. Et puis, en tant qu'ancien contrôleur des trains, le gros manque de professionnalisme des responsables me fait presque éprouver de la haine".


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