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Xavier Bettel joue gros cette semaine

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Xavier Bettel joue gros cette semaine

Xavier Bettel joue gros cette semaine

Xavier Bettel joue gros cette semaine


par Patrick JACQUEMOT/ 23.11.2020

Lok , Coronavirus , Sars-CoV-2 , Covid-19, Xavier Bettel und Paulette Lenert besuchen Hopital Kirchberg , Hopitaux Robert Schuman , Mundschutz , Foto:Guy Jallay/Luxemburger Wort

La force retrouvée de l'épidémie covid contraint le Premier ministre à proposer aux députés de voter des amendements plus restrictifs dès les prochains jours. En jeu, non seulement l'état de santé de la population mais aussi celui du système hospitalier, de l'économie et la confiance accordée aux dirigeants.

Si le virus a incontestablement gagné du terrain ces dernières semaines (+30 décès et 3.842 nouveaux cas en sept jours), le gouvernement contre-attaque désormais. L'offensive évoquée mardi dernier, précisée vendredi encore, débute ce lundi. Xavier Bettel s'en expliquera d'ailleurs à 13h, en conférence de presse avant de laisser le soin aux députés de valider son nouveau plan d'action dans les jours à venir. 

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La santé d'abord
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266 morts, près de 9.500 infections actives dans le pays, et ce rythme des contaminations qui «se stabilise à des niveaux élevés». Dès le 17 novembre, Xavier Bettel et Paulette Lenert avaient prévenu : si les nouveaux cas quotidiens ne passaient pas «significativement» sous la barre des 500 personnes, ce lundi marquerait un nouveau virage dans la lutte contre le covid. Samedi encore, la ministre de la Santé ne pouvait que reconnaître que les chiffres n'étaient «pas vraiment bons». Euphémisme : ils sont bien pires qu'au printemps quand la première vague sévissait.

Aujourd'hui, les scientifiques en connaissent davantage sur l'infection. Et, en plus des gestes barrières (masques, lavage des mains, distanciation), ils ne cessent de répéter que moins il y a de contacts entre individus moins le virus a de ''chances'' de se propager. Le couvre-feu instauré depuis fin octobre avait ce rôle, il n'aura pas suffi.

Alors, oui les amendements que s'apprête à soumettre le gouvernement sont plus sévères encore. Fermeture des bars et restaurants, arrêt des cinémas et théâtres, limitation de la pratique sportive collective et limitation à deux du nombre d'invités possible chez soi (contre quatre jusqu'à présent). Mais, il en va de la santé de tous maintenant, sans même attendre cette -possible- arrivée d'un vaccin dont les premières doses pourraient arriver avant Noël.

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Hôpitaux sous tension
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Bien sûr, majoritairement, les personnes infectées par le coronavirus ne filent pas à l'hôpital. Mais la part nécessitant une prise en charge en centre hospitalier a bondi au rythme de la courbe d'infection. Jusqu'à des records : 199 malades du covid en soins normaux et 48 en soins intensifs. Un pic bouleversant le travail des soignants, et nécessitant de réorganiser le système de soins. Mardi dernier, le déclenchement de la Phase 4 du plan de montée en charge a permis de libérer du personnel et des lits. Mais c'est là une réponse dans l'urgence, pas à long terme.


Des soignants «à la limite de leurs capacités»
Considérés lors de la première vague de covid-19 comme des «héros», les personnels soignants poursuivent leur travail, jour après jour, depuis huit mois. Un marathon qui commence à peser sur le moral des troupes. Notamment au sein du service de soins intensifs du CHL.

En effet, la situation n'est pas seulement critique du fait de l'afflux massif de patients covid (nécessitant plus de soins, d'attention et d'isolement que d'autres pathologies). La phase 4 implique le report de certains accueils voire d'opérations. Rien qui a priori ne puisse engager l'état de santé des malades concernés, mais rien d'acceptable médicalement dans la durée.

Sans oublier l'état des personnels en première ligne depuis huit mois maintenant. Les équipes, déjà en recherche de personnels avant la crise, sont maintenant à la peine. Des effectifs de soignants d'autant plus sur la corde raide qu'eux aussi font les frais de l'infection. Soit en étant contaminés, soit en devant se placer à l'isolement.

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Politiquement attendu
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Photo : Chris Karaba

L'opposition, CSV en tête, craignait un possible retour de l'état de crise, il n'en sera rien. C'est bien par le vote du Parlement que le gouvernement a dit vouloir faire passer les nouveaux amendements à la loi covid de juillet dernier. Mais ce n'est pas pour autant que la concorde devrait régner à la Chambre à l'heure d'étudier les propositions avancées. Xavier Bettel doit s'attendre à des critiques, par exemple, sur la passivité des autorités qui a pu surprendre en octobre, alors que l'infection covid reprenait. L'opposition devrait aussi tacler le Premier ministre sur sa proposition d'augmenter le salaire social minimum dès janvier prochain (lire ci-dessous). 

Certes à la Chambre, avec la majorité DP-LSAP-Déi Gréng derrière lui, le gouvernement ne risque rien d'autre que des critiques. Mais ce nouvel épisode dans la gestion de crise s'avère tout de même capital pour la coalition. En effet, l'opinion se montre plus perplexe à saluer l'action du Premier ministre après la première vague. Si Bettel veut remporter le point, il faudra que l'infection baisse grâce aux choix qu'il aura portés. Notamment dans les écoles (pour rassurer les familles). Sans cela il risque de voir ses concitoyens perdre confiance en ses choix, en lui, en son équipe.

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Le trou d'air économique
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La crise pèse sur les organismes (plus de 30.000 résidents infectés depuis mars), et son poids se fait aussi plus handicapant sur l'économie nationale. Les finances publiques parent au plus pressé, à coups d'aides, de soutiens et via le chômage partiel. Ce dernier permet actuellement à 3.848 entreprises de s'en sortir (et donc à plusieurs dizaines de milliers de salariés de percevoir 80% de leur revenu). Mais jusqu'à quand? 

Pour l'heure , à l'ADEM, le nombre de demandeurs d'emploi ne montre pas de signe préoccupant. Pour l'heure aussi, on sent le gouvernement attentif à tous types d'entreprises, des ''petits'' indépendants aux ''grosses'' locomotives (on pense à Arcelor, Luxair, etc). Pour l'heure encore, il semble que tout soit fait aussi pour préserver le secteur du commerce autant que possible. Alors que les voisins ont mis en place un confinement accompagné par la fermeture de nombreuses boutiques «non essentielles», le Luxembourg a opté pour plus de largesse. 


A young man eats his lunch at the patio of a closed restaurant in Vienna, Austria, on November 17, 2020. - Austria has entered its second lockdown with the new anti-coronavirus restrictions, shutting schools and shops until December 6, 2020 to get spiraling numbers of infections under control and urging Austrians to avoid all social contacts. (Photo by JOE KLAMAR / AFP)
Cafés et restaurants paient l'addition
Si Xavier Bettel a repoussé toute idée d'un reconfinement strict, il a toutefois laissé planer la possibilité de fermer bars et restaurants jusqu'à mi-décembre.

Mais a priori, ce ne sera plus le cas dans les semaines à venir pour cafés et restaurants contraints de fermer. Mais grandes surfaces et petits commerces échapperaient au baisser de rideau. A la veille du Black Friday et des fêtes de fin d'année, l'ordonnance serait en effet difficile à prescrire pour le Premier ministre. Mais gare à ne pas offrir là une possibilité pour le virus de sévir si les foules venaient à se ruer dans les magasins pour faire leurs achats...

Vendredi, Xavier Bettel a aussi annoncé l'augmentation du salaire social minimum. Assumant par ce geste le rôle de «l'Etat social» à l'égard des ménages les plus vulnérables durant cette crise. Mais, immédiatement, il a provoqué la colère patronale. L'Union des entreprises reprochant au Premier ministre de créer là une charge supplémentaire pour les entreprises (déjà affaiblies). L'UEL craignant même que cette hausse prévue pour le 1er janvier 2021 ne signe l'arrêt de mort de nombreuses sociétés ou ne vienne étouffer une possible reprise.

Nul doute que les parlementaires à qui cette mesure sera également soumise discuteront âprement de l'opportunité, ou non, de ce coup de pouce inattendu. 


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