Changer d'édition

Xavier Bettel évite les sujets qui fâchent pour son grand oral

Xavier Bettel évite les sujets qui fâchent pour son grand oral

Guy Jallay
Luxembourg 7 min. 24.04.2018

Xavier Bettel évite les sujets qui fâchent pour son grand oral

Christelle BRUCKER
Christelle BRUCKER
Forcément, ce tout dernier discours de la législature sur la situation économique, sociale et financière du pays par le Premier ministre devant la Chambre des députés s'est mué en bilan de la politique menée depuis décembre 2013 par la coalition et plus particulièrement par le DP.

Xavier Bettel s'est pourtant défendu de faire de la communication en insistant uniquement sur les chiffres et les faits: "Durant cette législature, le Luxembourg s'est bien développé, les chiffres le démontrent."

Finances publiques

Dès le début de son discours, il a tenu à faire le point sur le dossier le plus critique à l'arrivée au pouvoir du gouvernement: l'état des finances publiques. 

"En 2013, la situation n'était pas facile et nous nous étions fixé comme objectif de sortir de cette spirale et de réduire le déficit public. Dans le secteur financier, nous voulions maintenir la notation triple A si importante pour le Luxembourg alors qu'elle était menacée. Nous avons réagi avec une série de réformes dont nous avons payé le prix politique", analyse Xavier Bettel, faisant allusion au vote de contestation des électeurs lors du référendum de 2015. Il assume: "Je ne regrette pas d'avoir pris ce chemin."

Des résultats que le Luxembourg n'avait plus connus depuis longtemps

Pour 2017, le Luxembourg affiche un excédent de 858 millions d'euros soit 1,5% du PIB. "C'est un résultat excellent. (...) Les dépenses sont contrôlées et les recettes ont été meilleures que prévu. Le solde structurel est bien au-dessus de ce qui était prévu et devrait s'établir à 647 millions d'euros d'excédent pour 2018, soit 1,1% du PIB. Ce sont des résultats que le Luxembourg n'avait plus connus depuis longtemps qui font de notre pays le meilleur élève de l'Union européenne."

Guy Jallay

"La dette va encore diminuer", affirme Xavier Bettel avant de s'en prendre à son prédécesseur, le chrétien-social Jean-Claude Juncker: "Le gouvernement précédent avait prévu une dette publique à 30% arguant qu'on ne pouvait pas faire grand-chose. Aujourd'hui, notre taux d'endettement correspond à 23% du PIB et dans quatre ans, on peut passer sous les 20%."

Néanmoins, précisant "partager une même vision" avec l'actuel président de la Commission européenne, Xavier Bettel a déclaré "ne pas se fier aux pronostics mais aux résultats", avant de conclure que le pays se trouvait dans une bonne situation financière.

Luxleaks

"Les modèles qui avaient été construits nous ont coûté notre réputation. Il y a quatre ans, je me souviens très bien que l'ambiance était très différente. Le pays a passé un moment désagréable en 2014 avec le scandale Luxleaks. Il fallait prendre d'autres chemins."

"Aujourd'hui, notre place financière est plus transparente et plus performante car les bonnes décisions ont été prises."

Familles et enfants

Le Premier ministre a rappelé qu'un certain nombre de réformes ont été mises en oeuvre durant cette législature pour venir directement soutenir les enfants et les familles, dont celles du congé parental et des congés extraordinaires.  

Guy Jallay

"Aujourd'hui, nous pouvons mieux répondre aux besoins des familles. Les demandes de congé parental concernent autant les femmes que les hommes désormais. En 2017, les demandes des mères pour en bénéficier ont grimpé de 18%, celles des pères ont bondi de 190%. Au total, 4.122 dossiers ont été introduits. On va continuer sur cette voie et proposer encore plus de flexibilité et de meilleures conditions de travail pour que les parents puissent être avec leurs enfants, sans que cela ne nuise à leur carrière ou à l'entreprise."

Education

Concernant l'éducation, Xavier Bettel est clair: "L'école a changé et changera encore." Le gouvernement a l'intention de revaloriser la filière professionnelle en en faisant "une branche de notre système éducatif à part entière".

Avant la fin de la législature, un projet pilote sera déposé en vue d'introduire la possibilité pour les élèves de suivre à la fois une Première dans l'Enseignement secondaire général et à la fois une formation à un métier en parallèle. Le but est de permettre au lycéen d'explorer toutes les opportunités qui s'offrent à lui. Il est ensuite libre de choisir de s'engager dans ce métier ou de poursuivre des études.

"Nous voulons une école inclusive", martèle le Premier ministre, rappelant la création d'écoles suivant les programmes européens à Differdange, Esch, Clervaux, Mondorf et Junglinster. "Cette semaine, le projet de réforme de l'EDIFF (éducation différenciée, ndlr) sera voté ici même avec la création de 150 postes socio-éducatifs pour la prise en charge des enfants."

Nous devons être acteur et non suiveur

"La digitalisation du travail va s'intensifier et, en tant que pays à la surface limitée, le Luxembourg doit être acteur et non suiveur dans ce domaine. Notre modèle en dépend." Le Premier ministre a souligné que, dès 2013, une nouvelle orientation avait été donnée à l'économie avec de nombreux investissements."

Pour Xavier Bettel, le pays a su "attirer et garder de grandes entreprises sur le territoire, et pas seulement Google, mais aussi Amazon, qui a augmenté ses effectifs, Ferrero, qui construit un nouveau siège à Luxembourg, ArcelorMittal, Goodyear ou encore Dupont, qui ont annoncé leur volonté d'investir davantage au Luxembourg. Les entreprises croient en notre pays."

Guy Jallay

Chômage

Le Premier ministre se félicite: "Le taux de chômage a baissé tout au long de la législature pour atteindre 5,6% aujourd'hui. Nous devons garantir que cela continue. Notre objectif: que le Luxembourg continue à se développer. Les secteurs de la FinTech et de la finance verte ont trouvé leur place au Luxembourg qui est maintenant reconnu par les grandes entreprises de l'Internet."

Avec le processus Rifkin, le changement est engagé pour les années à venir, notamment avec le déploiement de la 5G et de l'intelligence artificielle.

Mobilité

C'est le cheval de bataille de la coalition: 2,4 milliards d'euros ont été investis dans les infrastructures, la mobilité et le logement. "Nous avons investi dans le transport comme aucun autre gouvernement avant nous. Le tram n'est que la pointe émergée de l'iceberg.  Nous tablons sur un concept nouveau beaucoup plus intégré: il y a un énorme potentiel en ce qui concerne le covoiturage et le car sharing, et nous comptons l'exploiter grâce à une appli que nous présenterons en mai et qui mettra les usagers en contact."

Du côté du tram, il ira jusqu'à Esch/Belval avec un tronçon rapide. "La mobilité est une priorité absolue, pas seulement pour les automobilistes coincés dans les bouchons mais aussi pour l'environnement, la qualité de vie, la qualité de l'air, etc."

Sécurité

Le Premier ministre veut trouver un équilibre entre le sentiment de sécurité des citoyens et la réalité. "La criminalité a diminué. Il y a moins de cambriolages, moins de blessures corporelles, moins de trafics. On va continuer à recruter des ressources supplémentaires pour la police et améliorer la formation des agents."

Contre la criminalité, Xavier Bettel estime que "le filet social doit fonctionner. L'inclusion sociale est importante pour un pays riche comme le nôtre. L'écart entre les plus riches et les plus pauvres ne doit pas se creuser. D'où les réformes du RMG et de l'allocation de vie chère.

Guy Jallay

Langue

"Nous sommes un pays où on parle le luxembourgeois mais aussi d'autres langues. Le gouvernement a fait beaucoup pour promouvoir le luxembourgeois, notamment à l'école. On fait en sorte que les enfants qui ont une autre langue maternelle puisse découvrir le luxembourgeois à l'école."

Le Premier ministre a conclu son intervention en réaffirmant que "le Luxembourg a changé depuis décembre 2013 et qu'il était mieux préparé aux défis de l'avenir. Toutefois, il ne faudra pas se reposer sur ses lauriers."

Analyse: vers d'autres alliances?

Pour Pol Schock, journaliste spécialiste des questions politiques au Luxemburger Wort, ce discours n'a rien de surprenant et ferme la boucle de la législature et de la coalition DP/Déi Gréng/LSAP. Un message qui pourrait montrer que l'actuel Premier ministre ne serait pas fermé à d'autres alliances au terme des prochaines élections. 

"C'est le discours le plus court qu'ait jamais fait Xavier Bettel en cinq ans: 50 minutes. Et la raison semble simple: en se contentant de faire un bilan du travail du gouvernement, il ne se lance pas dans les sujets épineux".

La construction du discours semble d'ailleurs révélatrice du message que le Premier ministre a voulu faire passer. Il a présenté les avancées positives en termes de finances, de politique familiale et d'éducation. Des ministères occupés par des membres du DP. 

"Xavier Bettel a mis en évidence les bonnes choses réalisées durant son mandat par le DP, mais il a omis de mentionner le logement, la croissance et a peu parlé de la mobilité, des sujets où il ne peut tirer de bilan positif et qui pourraient nuire au gouvernement". 


Sur le même sujet

Xavier Bettel dresse l'état de la Nation: Crèche gratuite, nouveaux logements, emplois... ce qu'il faut retenir
Le Luxembourg est «sur la bonne voie» et se développe de telle sorte que «les gens de ce pays bénéficieront aussi d'un niveau de vie élevé à l'avenir», a répété le Premier ministre Xavier Bettel lors de son discours sur l'état de la Nation différé à ce mercredi matin. Crèche en partie gratuite dès septembre, transports gratuits pour les bénévoles, un taux de chômage sous la barre des 6% en 2018, la nécessité d'affaiblir Le Pen,... voici les 12 principales annonces.
Ried zur Lag vun der Natioun Xavier Bettel - Photo : Pierre Matgé
Discours de Xavier Bettel : «Soyons fiers de notre pays»
Dans son traditionnel discours pour la fête nationale, le Premier ministre a mis en lumière les atouts du Luxembourg. « C’est un honneur pour moi d’être ministre d’Etat du pays que j’aime tellement et dont je suis terriblement fier. »
Xavier Bettel appelliert an das Zusammengehörigkeitsgefühl der Luxemburger Bürger.