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Waringo, l'observateur devenu perturbateur
Luxembourg 5 min. 31.01.2020 Cet article est archivé

Waringo, l'observateur devenu perturbateur

Jeannot Waringo, ancien directeur de l’Inspection générale des finances, qualifie de «tâche complexe» les 6 mois passés au cœur du palais.

Waringo, l'observateur devenu perturbateur

Jeannot Waringo, ancien directeur de l’Inspection générale des finances, qualifie de «tâche complexe» les 6 mois passés au cœur du palais.
Photo : Guy Jallay
Luxembourg 5 min. 31.01.2020 Cet article est archivé

Waringo, l'observateur devenu perturbateur

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Depuis juillet 2019, Jeannot Waringo s'est intéressé au fonctionnement de la Cour grand-ducale, sur demande du Premier ministre. Et c'est avec la plus grande discrétion que l'ancien haut fonctionnaire a mené cette plongée au sein du palais.

Le geste a pu en offenser certains, mais pas la personnalité choisie pour la mener. Au cœur de l'été 2019, Xavier Bettel (DP) a bien surpris le pays en annonçant le lancement d'une observation en interne du fonctionnement de la Cour luxembourgeoise (du jamais-vu). Mais nul ne s'est offusqué que Jeannot Waringo endosse cette délicate mission. Ancien directeur de l’Inspection générale des finances, président du conseil d'administration des CFL, l'homme avait toute l'expérience pour mener à bien ce travail dont il vient de publier le rapport.

Au fil des mois, le haut fonctionnaire aura fait preuve d'une remarquable discrétion sur son travail. Jusqu'à ces derniers jours, alors que les rumeurs fusaient de toute part, Jeannot Waringo a respecté la confidentialité de ses échanges, de ses découvertes. Pourtant, au fil des 44 pages du rapport qu'il a remis au Premier ministre et soumis à la lecture du Grand-Duc, on en apprend un peu plus sur ces six mois d'investigation.

Photo : Chris Karaba

Au palais, le représentant spécial du gouvernement a bien disposé d'un bureau. Et cela dès juillet. Premières prises de contact avec leurs altesses royales, échanges avec la hiérarchie de la Cour, demandes de renseignements, entretiens avec les échanges: tout semble se dérouler sans heurt dans le calme feutré du palais. Jusqu'au mois de novembre 2019.

«A partir de ce moment-là, écrit-il dans l'un des rares passages "personnels", je ne pouvais plus me départir de l'impression que ma présence était ressentie comme un élément perturbateur, et non pas comme une aide en vue de la réforme de notre monarchie». Et d'expliquer «ce tournant» par «l'intervention soudaine d'un bureau d'avocats mandaté par l'administration des biens de S.A.R le Grand-Duc pour répondre à un courrier adressé». 

La demande portait sur des renseignements sur un possible recrutement, elle est restée lettre morte. «La prise de position du bureau d'avocats persiste d'ailleurs à être la seule réponse que j'ai eue (...)  J'ignore la nature et la portée de la mission confiée à ce bureau d'avocats». Premier accroc.

Mais le malaise n'a visiblement pas pris fin à l'automne. Les rencontres avec les actuels salariés ou d'anciens employés allaient encore accentuer le «sentiment de désarroi» dans l'esprit de Jeannot Waringo. Sur ce point, l'homme révèle : «J'ai senti une certaine anxiété auprès des collaborateurs, comme l'anxiété d'être réprimandé ou de perdre leur emploi. J'ai senti une certaine peur du blâme». Bonne ambiance donc.


Nationalfeiertag 2019,Fête nationale,Gala Diner im Palais Grand-Ducal.Foto/ Gerry Huberty/Luxemburger Wort
La Cour se contentera de 10,6 millions d'euros
Pour 2020, choix a été fait de diminuer d'un demi-million d'euros le budget alloué par le gouvernement aux frais de la famille royale. Une baisse liée en premier lieu à la disparition du Grand-Duc Jean.

Durant le semestre passé, le représentant du Premier ministre a aussi remarqué «à tort ou à raison» que dans les échanges et discussions entre collègues, «la jovialité et l'humour sont rares». Et le sérieux du protocole n'explique visiblement pas tout.

Pèse ainsi visiblement dans les couloirs l'influence majeure de son altesse royale Maria Teresa dans l'organisation de cette "petite entreprise" comptant 89 salariés et 17 personnels détachés, et pour laquelle l'Etat luxembourgeois contribuera à hauteur de 10,6 millions d'euros cette année. 

«Dans au moins deux cas où je voulais apporter ma contribution pour trouver une solution, j’ai clairement senti la présence de S.A.R. la Grande-Duchesse dans le fonctionnement de la Cour», note avec délicatesse le rapporteur.  Un Jeannot Waringo qui, par contre, ne pointe aucune attitude désobligeante de la part du chef de l'Etat. On comprend mieux pourquoi le Grand-Duc Henri avait vivement réagi, en début de semaine, face aux rumeurs pointant du doigt le rôle de son épouse. Elle est effectivement quelque peu mise en cause dans le rapport.

Le rapport Waringo aura-t-il l'effet d'une bombe? Certainement pas. Et rien dans ses 44 pages ne vient fortement ébranler la Cour en tant qu'autorité. Pas de quoi en arriver à l'abdication du Grand-Duc dont le pays avait bruissé voilà quelques jours. Toutefois, ces 44 pages vont certainement dépoussiérer certaines pratiques. Jeannot Waringo, comme demandé, a multiplié les pistes de réformes. S'appuyant sur les exemples d'autres cours royales européennes, réclamant la création d'une nouvelle institution, «La Maison du Grand-Duc», demandant un droit de regard du gouvernement sur certains recrutements, etc.

Le gouvernement a maintenant connaissance de cet état des lieux, les membres de la Commission des Institutions et de la Révision constitutionnelle de la Chambre des députés en débattront mercredi 5 février en présence du Premier ministre. Nul doute qu'alors les parlementaires et le chef de l'exécutif en diront un peu plus sur les suites de cette mission. 



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