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Voyage au cœur des chambres souterraines des ardoisières
Pour l'heure le visiteur peut descendre jusqu'à 12 mètres sous terre seulement. L'eau de la nappe phréatique l'empêche d'aller plus loin.

Voyage au cœur des chambres souterraines des ardoisières

Photo: Maurice Fick
Pour l'heure le visiteur peut descendre jusqu'à 12 mètres sous terre seulement. L'eau de la nappe phréatique l'empêche d'aller plus loin.
Luxembourg 11 2 5 min. 08.09.2018

Voyage au cœur des chambres souterraines des ardoisières

Maurice FICK
Maurice FICK
Pour l'heure, l'eau les garde au secret. Dans un peu plus de deux ans, les premiers touristes, casque sur la tête, pourront descendre à 42 mètres sous terre et découvrir les immenses chambres d'extraction des anciennes ardoisières de Haut-Martelange. Jean-Claude Schumacher du Service des sites et monuments nationaux explique le projet et nous donne un avant-goût de l'extraordinaire voyage.

Lorsqu'en 1864, Jules Verne publiait son «Voyage au centre de la Terre», les mineurs du pays de Martelange étaient de plus en plus nombreux à descendre dans les entrailles de la Terre - sous la ligne qui sépare le Luxembourg et la Belgique en surface - pour en extraire de l'ardoise. «Dans les années 1900, près de 600 personnes travaillaient ici», explique Agnes Hoogenhout, présidente des Amis de l'Ardoise, au beau milieu de la friche de 8 hectares des anciennes ardoisières de Haut-Martelange.

Sur l'immense carreau hérissé d'un peu d'herbe et d'innombrables bâtisses claires au toits gris noirs -les ardoisières de Haut-Martelange sont définitivement fermées depuis octobre 1986- le visiteur a peine à imaginer le passé florissant de cette industrie ardoisière qui a été deux siècles durant au Nord du Luxembourg, ce que la «minette» a été au Sud du pays. En 1890, six millions d'ardoises de toiture étaient produites sous nos pieds!

A la mi-juin, le gouvernement a donné son feu vert pour éclairer à nouveau les galeries de ce puissant passé industriel luxembourgeois que le Musée de l'ardoise, tenu à bout de bras par les Amis de l'Ardoise, fait revivre aux touristes. «C'est un site unique que nous voulons absolument revaloriser», avait alors souligné le Premier ministre, Xavier Bettel, qui s'est rendu sur place il y a un peu plus d'une semaine.

Le grand projet touristique dans lequel le gouvernement va injecter 7,1 millions d'euros «consiste à rendre accessible une partie des anciennes chambres souterraines qui sont fermées depuis 1954», explique Jean-Claude Schumacher, directeur du Patrimoine industriel au Service des Sites et monuments nationaux qui s'occupe du projet:



Pour pouvoir être ouvertes toute l'année au public, les chambres d'extractions souterraines devront être mises en conformité et sécurisées par les Sites et Monuments.
Ardoisières: «Ce sera le site touristique le plus profond d'Europe»
Situé en limite immédiate de la frontière belgo-luxembourgeoise les anciennes ardoisières de Haut-Martelange se préparent à un bel avenir touristique. Le gouvernement vient de donner son feu vert pour revaloriser les chambres souterraines avec une enveloppe de 7,1 millions d'euros. Les touristes descendront à 42 mètres sous terre.

L'ennui c'est qu'aujourd'hui, «à -12 mètres, tout se trouve sous l'eau parce que c'est le niveau naturel de la nappe phréatique», explique de sa voix rauque Jean-Claude Schumacher en nous emmenant au point le plus bas. L'eau y est parfaitement claire et le chemin est tout tracé. Pour que les touristes passent, «nous allons devoir pomper l'eau. Même lors de l'exploitation des ardoisières, il fallait toujours pomper cette eau. C'était d'ailleurs le coût le plus onéreux», glisse M. Schumacher. Avant de préciser que ses services ont «décidé de pomper l'eau jusqu'à -43 mètres».

Un pompage-test a déjà été réalisé

En descendant jusqu'à -43 mètres sous terre, le visiteur aura un aperçu global de l'organisation des chambres d'extraction et des galeries au fond, de sorte à pouvoir se faire une image complète du travail dans les ardoisières. Il ne verra pas le fond des gigantesques chambres souterraines qui suivent le filon schisteux non pas de manière verticale mais oblique dans le sous-sol. Mais aura la certitude d'avoir vu plusieurs étages du vaste «hôtel» souterrain qui en compte quatre fois autant.

L'Etat luxembourgeois est propriétaire du site depuis 2003. Aussi le Service des Sites et monuments nationaux avait déjà opéré des jours durant «en 2010, un pompage jusqu'à -43 mètres pour vérifier la stabilité mais aussi l'état des escaliers et tout ce qui reste encore dans les chambres», révèle le directeur du Patrimoine industrie. Bilan: les ardoisières sont stables en sous-sol et les ouvrir au grand public est possible.

Le projet que les touristes effectueront sous terre dans un peu plus de deux ans -fin 2020 tout doit être prêt- est en passe d'être finalisé. «Le circuit fera 350 mètres mais ne sera pas plat du tout», prévient Jean-Claude Schumacher en soufflant dans les escaliers abrupts qui permettent de remonter par l'ancienne descenderie de la fosse «Johanna».

«On descendra d'étage en étage en empruntant des escaliers mais aussi des plans inclinés. A -43 mètres on profitera des différents percements pour aller d'une chambre souterraine à l'autre. Le circuit passera par quatre des 24 chambres que comptent les ardoisières. Des plate-formes de vue permettront de se rendre compte des dimensions énormes d'une chambre et dans l'une d'elles nous installerons une passerelle pour la traverser entièrement. Les visiteurs verront à quel point ça zizague», explique Jean-Claude Schumacher en montrant un plan labyrinthique.  

«Ce sera déjà un grand pas en avant»

Agnes Hoogenhout, présidente des Amis de l'Ardoise, a les yeux qui pétillent quand parle M. Schumacher. L'asbl a fêté ses 25 ans d'existence en octobre 2017. Sa trentaine de bénévoles font vivre le Musée de l'ardoise en animant le site par des visites guidées avec des démonstrations du métier ardoisier, en proposant des programmes pour les classes scolaires:

Pour les touristes le musée n'est actuellement accessible que sur réservation et uniquement certains jours durant l'année puisque toutes les visites sont faites par les bénévoles.

«En moyenne nous accueillons actuellement entre 2.000 et 3.000 visiteurs par an. La visite du site - qui se compose de 22 bâtisses - permet aujourd'hui déjà de descendre à 12 mètres sous terre, de visionner un film explicatif et de voir fonctionner le train à voie étroite, dure trois heures», explique la présidente.

«Nous espérons que le nouveau projet ne sera plus entièrement porté par des bénévoles et que des visites plus professionnelles puissent mettre en valeur le Musée de l'Ardoise afin qu'il soit ouvert quotidiennement aux touristes, sans qu'il soit nécessaire de réserver par avance. Ce sera déjà un grand pas en avant!», sourit Agnes Hoogenhout. Elle espère surtout que «le nombre de visiteurs va bien grimper à l'avenir!» pour venir découvrir ce riche passé industriel luxembourgeois.

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