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Vera, une travailleuse de l'ombre valorisée par la crise
Luxembourg 3 min. 05.05.2020 Cet article est archivé

Vera, une travailleuse de l'ombre valorisée par la crise

Vera Fernandes fait partie des employés que la crise sanitaire place actuellement sur le devant de la scène.

Vera, une travailleuse de l'ombre valorisée par la crise

Vera Fernandes fait partie des employés que la crise sanitaire place actuellement sur le devant de la scène.
Photo: Guy Wolff
Luxembourg 3 min. 05.05.2020 Cet article est archivé

Vera, une travailleuse de l'ombre valorisée par la crise

Peu mis en relief socialement, certains métiers apparaissent en période de crise sanitaire comme des professions indispensables. Des couloirs aux chambres des malades, les agentes de service hospitalier jouent un rôle indispensable. Vera Fernandes, une d'entre elles, témoigne.

(DH avec Rosa Clemente) - Chaque jour, Vera Fernandes déclare la guerre au coronavirus. Agente d'entretien au Centre hospitalier Emile Mayrisch (CHEM),  elle connaît avec exactitude l'importance de la propreté et de l'hygiène d'un centre de soins en période de crise sanitaire.

Esch-sur-Alzette. Il est 14h passées de quelques minutes. Vera (40 ans) a terminé sa tâche pour la journée et quitte le CHEM, visiblement épuisée. Dans une de ses mains, un sac de jute. A l'intérieur, quelques petits objets personnels, et un gros œuf en chocolat. «Tous les employés ont reçu un petit remerciement aujourd'hui», avoue cette mère de deux adolescents en souriant à ses collègues qui la dépassent confiseries en main.

Vera, de nationalité portugaise, vit au Luxembourg depuis plus de 17 ans. Elle travaille au service entretien de l'hôpital eschois depuis près de quatre ans maintenant. Depuis douze mois, elle fait partie de l'équipe médico-technique, le service appelé MT1, plus particulièrement chargé du nettoyage des unités d'urgences et des soins intensifs. «C'est comme si nous étions en guerre», affirme-t-elle. «Notre équipe, composée de 13 membres, travaille dans la zone dite "rouge", l'endroit où les patients atteints de covid-19 sont examinés et soignés.»

«L’hôpital a besoin de moi»

Depuis le début de la crise sanitaire, le travail du personnel d'entretien des cliniques est devenu plus exigeant. Dans certains cas, les horaires ont dû être ajustés. De même, des mesures de sécurité strictes doivent être appliquées alors que le port de vêtements de protection et de nouvelles procédures de nettoyage ont été introduits. Des changements d'habitudes qui n'ont fait que renforcer une situation déjà très déstabilisante pour le personnel en première ligne. 

Vera Fernandes et ses collègues du service entretien jouissent désormais d'une belle reconnaissance des autres services du CHEM et des patients.
Vera Fernandes et ses collègues du service entretien jouissent désormais d'une belle reconnaissance des autres services du CHEM et des patients.
Photo: CHEM

Mais Vera Fernandes affronte tous ces changements avec un sens aigu des responsabilités. «Nous avons tous des familles à la maison. Et tous peur de tomber malades», dit-elle. «Mais le moment est venu d'agir. Quiconque travaille ici, dans quelque fonction que ce soit, doit faire preuve de courage et faire de son mieux», déclare-t-elle avec assurance. Pour elle, «il n'est pas question d'abandonner». «J'ai dit à ma famille depuis le début que je ne resterai pas à la maison, l'hôpital a besoin de moi pour lutter contre ce virus, pour maintenir le risque d'infection aussi bas que possible.»

Masqués, gantés, équipés de lunettes de sécurité et de vêtements spéciaux, les agents d'entretien transpirent, s'essoufflent. Mais ils remplissent au mieux leur mission, «même si la pression est grande». «Nous devons travailler de manière plus intense, avec davantage d’exigence, tout en n'oubliant pas de prendre soin de notre propre santé», indique encore Vera.

Reconnaissance et gratitude

Dans le centre hospitalier eschois, 19 chambres occupées par des patients infectés viennent d'être libérées. Il s'agit de les nettoyer du sol au plafond. Et tout doit être parfaitement désinfecté. «Nous avons des consignes très précises pour éviter de nouvelles contaminations et notre travail est essentiel durant cette pandémie», insiste-t-elle encore. 

«Nous, les femmes de ménage qui sommes généralement dans l'ombre, nous sommes maintenant un élément important des équipes qui sont au front», explique-t-elle avec fierté. «J'ai toujours aimé mon travail. Et je suis fière qu'en cette période de crise, nous puissions apporter une contribution importante pour maîtriser autant que possible la situation.»

Cette reconnaissance, Vera la ressent tous les jours. «Nous sommes maintenant considérées comme faisant entièrement partie du personnel de l'hôpital.» Une reconnaissance qui se conjugue aussi avec la gratitude des patients et qui encourage les «petites mains» des services de soins à donner le meilleur d'elles-mêmes dans leur lutte quotidienne contre le virus.

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