Changer d'édition

Une ville derrière les barreaux
Luxembourg 4 min. 25.10.2019 Cet article est archivé

Une ville derrière les barreaux

Ils sont près de 600 à dormir dans les cellules de l'établissement carcéral de Schrassig, poussant parfois les employés à bout.

Une ville derrière les barreaux

Ils sont près de 600 à dormir dans les cellules de l'établissement carcéral de Schrassig, poussant parfois les employés à bout.
Photo : Gerry Huberty
Luxembourg 4 min. 25.10.2019 Cet article est archivé

Une ville derrière les barreaux

600 criminels purgent leur peine derrière les barbelés de la prison de Schrassig, dans laquelle des dizaines de métiers cohabitent dans un ballet sans fin. Fatigués, les gardiens de la prison attendent impatiemment une livraison d'armes.

De Sophie Hermes, Steve Remesch et Maximilian Richard avec Alexander Abdelilah

La prison ne dort jamais. Derrière ses hauts murs en béton et ses barbelés, la tour de guet veille sans cesse sur les quelque 600 détenus et employés de la maison d'arrêt qui s'y croisent, 24 heures sur 24, 365 jours par an. Ni jours fériés ni week-ends pour le personnel, obligé de se calquer sur le quotidien des prisonniers. Le pénitencier doit rester sur ses gardes, une personne pouvant y être amenée sous bonne escorte à tout moment du jour ou de la nuit. 

Le centre pénitentiaire de Schrassig est une pièce maîtresse du dispositif luxembourgeois et le théâtre de nombreuses tensions.
Le centre pénitentiaire de Schrassig est une pièce maîtresse du dispositif luxembourgeois et le théâtre de nombreuses tensions.
Photo : Gerry Huberty

Même en l'absence de nouveaux arrivants, le pénitencier ne sommeille pas. Il faut gérer les besoins des 600 prisonniers permanents et le quotidien des employés, presque aussi nombreux aux heures de pointe. Pour parer à toute éventualité, un gardien et une gardienne doivent en permanence être sur place. Ainsi que deux infirmiers, chargés d'effectuer un premier bilan de santé des nouveaux arrivants - et qui s'occupent des besoins des personnes déjà incarcérées. 

Les portes de Schrassig restent fermées la plupart du temps. Pourtant, en moyenne, environ 1.000 entrées et sorties animent les lieux chaque jour. De l'arrivée et du départ des employés à la livraison de nourriture, de boissons, de papier hygiénique et d'autres biens, jusqu'aux visiteurs et avocats qui viennent à leurs clients, en passant par le transport des prisonniers. 

Côté emploi, 37 professions différentes se croisent dans les couloirs de Schrassig. Une variété qui dépasse largement celle des autres administrations luxembourgeoises. Les métiers classiques que sont les gardiens de prison ou le personnel médical, cohabitent avec des artisans chefs d'atelier et des cuisiniers. L'administration pénitentiaire emploie également un prêtre et un imam, afin d'accompagner les détenus pratiquants.  

Les soins médicaux occupent une place importante dans le quotidien de l'établissement. En cause, la mauvaise santé de nombreux détenus, due au manque d'exercice physique et à la dureté de la vie en prison. Un autre problème est l'âge croissant des détenus. Un vieillissement dû au fait qu'ils deviennent délinquants de plus en plus tard et, d'autre part, que les peines s'allongent. Un service de gériatrie doit voir le jour pour s'adapter à cette nouvelle donnée. 

Des armes qui se font attendre

Malgré la disponibilité constante du personnel soignant, le suivi médical ne satisfait pas tout le monde. En 2016, 40 détenus avaient ainsi fait un sit-in pour protester contre leur prise en charge sanitaire, qu'ils estimaient déficiente. En cause, le traitement apparemment insuffisant d'un des leurs, décédé des suites d'un cancer.  


Que de frustrations côté gardiens de prison
Un peu plus d’an après les troubles qui ont touché les prisons luxembourgeoises, les tensions se sont apaisées. Seulement le personnel pénitentiaire, qui a beaucoup œuvré pour ce retour à la normale, attend toujours que les promesses qui lui avaient été faites à l’époque soient tenues.

Du côté du personnel, les réclamations se multiplient également. En plus du rythme éreintant, c'est la sécurité qui préoccupe les surveillants. Plusieurs incidents avaient défrayé la chronique en 2018, lorsque deux gardiens de Schrassig avaient été agressés par des détenus alcoolisés. S'estimant sous-équipé, le personnel de Schrassig avait obtenu du ministère de la Justice l'inscription des sprays au poivre et des paintballs sur la «liste des ressources autorisées», quelques semaines plus tard.   

Suite à la polémique, de nouvelles armes avaient été promises aux surveillants, avec une livraison «dès septembre 2019». Finalement, ce n'est qu'en décembre prochain que ces nouveaux équipements atterriront à Schrassig, explique la direction de l'Administration pénitentiaire. En tout, 120.000 euros de matériel de protection et d'armes sont attendus, dont «quatre armes à air comprimé, un projecteur de gel poivré ainsi que des gilets pare-balles». Juste à temps pour Noël.

Une étape vers la liberté

Créée en 1984, la prison de Schrassig n'accueillait à l'époque que la moitié du nombre actuel de détenus. La donne a changé en 1996, lorsque la nouvelle partie du bâtiment est entrée en fonction. La construction d'une nouvelle prison de détention provisoire à Sassenheim, qui ouvrira ses cellules en 2023 au plus tard, va enrichir le dispositif luxembourgeois.


Lok , Sanem , Neues Gefängnis Uerschterhaff , Gefängnis für Untersuchtungshäftlinge , Foto: Guy Jallay/Luxemburger Wort
La nouvelle prison ne manquera pas de gardiens
La ministre de la Justice, Sam Tanson (Déi Gréng) rejette les critiques du syndicat des gardiens de prison. L'AAP craint que l'embauche des personnels prenne du retard alors que la nouvelle prison de Sassenheim ouvre ses grilles en 2022. Pour l'État, 352 employés de prison seront bien recrutés.

La naissance du nouvel établissement changera la trajectoire pénitentiaire au Grand-Duché. Ce n'est qu'après un passage à Sassenheim, le temps que la justice se prononce, puis à Schrassig, si une peine est prononcée, que les détenus seront envoyés à Givenich. La maison d'arrêt semi-ouverte restera la dernière étape sur le chemin du retour à la vie quotidienne.  


Sur le même sujet

La nouvelle prison ne manquera pas de gardiens
La ministre de la Justice, Sam Tanson (Déi Gréng) rejette les critiques du syndicat des gardiens de prison. L'AAP craint que l'embauche des personnels prenne du retard alors que la nouvelle prison de Sassenheim ouvre ses grilles en 2022. Pour l'État, 352 employés de prison seront bien recrutés.
Lok , Sanem , Neues Gefängnis Uerschterhaff , Gefängnis für Untersuchtungshäftlinge , Foto: Guy Jallay/Luxemburger Wort
Que de frustrations côté gardiens de prison
Un peu plus d’an après les troubles qui ont touché les prisons luxembourgeoises, les tensions se sont apaisées. Seulement le personnel pénitentiaire, qui a beaucoup œuvré pour ce retour à la normale, attend toujours que les promesses qui lui avaient été faites à l’époque soient tenues.
Envoyer des innocents en prison peut coûter cher
Plus d'une centaine de personnes ont été placées en détention préventive avant d'être acquittées au cours des dix dernières années au Luxembourg. Face à ces cas, des indemnisations peuvent être demandées; et dépassent les millions d'euros de dépenses pour l'Etat.
Le détenu en cavale de retour à Schrassig
Peu avant 17 heures vendredi, un détenu menotté s'est évadé du Centre hospitalier de Luxembourg (CHL). Sa cavale n'a pas duré longtemps au final puisque la police l'a raccompagné quelques heures plus tard à la prison de Schrassig.