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«Une pénurie de certains produits est possible»
Luxembourg 7 min. 13.04.2022
Directeur de la Fedil

«Une pénurie de certains produits est possible»

Une chose est en tout cas certaine pour la Fedil et René Winkin: l'impossibilité d'avoir un regard clair sur les mois à venir.
Directeur de la Fedil

«Une pénurie de certains produits est possible»

Une chose est en tout cas certaine pour la Fedil et René Winkin: l'impossibilité d'avoir un regard clair sur les mois à venir.
Photo: Guy Jallay
Luxembourg 7 min. 13.04.2022
Directeur de la Fedil

«Une pénurie de certains produits est possible»

Simon MARTIN
Simon MARTIN
Pour le directeur de la Fedil, l'industrie luxembourgeoise a du mal à suivre la demande. Le secteur subit depuis deux ans les crises à répétition et peine à trouver une certaine stabilité.

Il y a quelques jours, la presse belge alertait sur une possible pénurie d'importants produits de consommation comme la mayonnaise, les bières ou encore les pâtisseries. 4 entreprises sur 10 indiquaient qu’elles pourraient temporairement suspendre ou réduire leur production dans les semaines à venir. Une crainte déjà partagée en décembre dernier par René Winkin, directeur de la Fedil, fédération d'entreprises multisectorielle, au niveau de l'industrie luxembourgeoise.


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A l'époque, le directeur de la Fedil ne s'attendait pas à ce qu'une guerre éclate quelques mois plus tard, causant à nouveau des complications sur l'ensemble du secteur. «Certains éléments se sont aggravés depuis lors. Concrètement, la demande est là, l'industrie pourrait produire davantage. Je pense notamment aux grands projets de la décarbonisation que l'Union européenne ainsi que le Luxembourg ont lancés. Il y a en effet beaucoup de demandes du côté du secteur de la construction, etc.»

Toutefois, le problème réside dans le fait que l'industrie a du mal à suivre cette même demande. «C'est compliqué pour le secteur de rester en production à des prix qui garantissent la rentabilité. On remarque d'ailleurs que pour les matières premières, il est parfois devenu difficile de s'en procurer, sans compter le prix de l'énergie qui est en hausse constante. La logistique est aussi devenue fragile et coûteuse», poursuit le directeur. 

Des conséquences en cascade

Si certaines industries ont un peu plus de facilité à jongler entre ces différentes crises, ce n'est pas le cas pour tout le monde. «C'est pour cela qu'il est toujours question de ralentir la cadence pour certaines entreprises afin que celles-ci ne brûlent pas de l'argent. Toutefois, tout ce qui n'est pas produit ou produit en moindre quantité a tendance à aggraver un autre maillon de la chaine industrielle».


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René Winkin fait d'ailleurs part de certaines industries qui, face à ces problèmes, ont pris la décision de se mettre temporairement à l'arrêt. «La plus grande menace qui plane actuellement, c'est sans conteste celle du gaz russe. Est-ce que l'Europe va arrêter d'acheter du gaz naturel russe? Est-ce que les Russes vont arrêter de fournir l'Europe? Et qu'est-ce que cela signifie en termes de volume disponible? S'il manque du volume, l'industrie sera dans une situation délicate car le secteur se trouve tout en haut de la liste des consommateurs du gaz russe. Heureusement, ce n'est pas quelque chose qui se joue aujourd'hui mais c'est un scénario auquel il faut se préparer.» 

Pour la Fedil, ce scénario catastrophe engendrerait une réaction en chaine à tous les niveaux, même ceux qui ne seraient pas directement impactés par les crises successives connues depuis deux ans. «Parmi les secteurs les plus impactés à l'heure actuelle, il y a notamment l'industrie du verre. Il y a par exemple l'entreprise Guardian à Bascharage où un four de production de verre plat a été arrêté plus tôt que prévu. C'est une sacrée tuile car dans ce secteur, il existe un cycle d'investissement de 15 ans», explique René Winkin. 

«En d'autres termes, tous les 15 ans se pose la question d'arrêter ou non le four pour en reconstruire un nouveau. Ce processus de remplacement dure généralement quelques mois mais pour le coup, la décision a déjà été avancée d'un an à peu près dans l'industrie du verre luxembourgeoise. »

Des secteurs plus énergivores que d'autres

Autrement dit, l'entreprise ne tourne actuellement pas alors que cela devrait être normalement le cas. «Puis il y a d'autres industries comme la sidérurgie, où il existe parfois des situations de «Stop and Go» où la production doit être ralentie car les entreprises n'arrivent pas à écouler leur marchandise au prix attendu pour rendre la production rentable. C'est un secteur qui demande énormément d'énergie. Autant dire qu'avec la hausse des prix, ces entreprises doivent réagir au niveau du prix de vente.»


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Reste à savoir quel serait l'impact pour monsieur et madame tout le monde et s'il faut craindre, à l'instar de la Belgique, des pénuries de produits de la consommation courante. «On est en plein dans ce scénario de réactions en chaine que j'évoquais précédemment. Par exemple, il faut du verre pour créer un pot de mayonnaise. Or, si le verre devient plus cher et plus rare, la production ralentira forcément. L'Ukraine reste importante pour l'approvisionnement de certains produits de base du secteur agroalimentaire. Il faut donc surtout anticiper une récolte qui va en partie manquer en cette fin de cette année. Si le marché n'anticipe pas ce manque de fournitures, il est clair que certains produits risquent de manquer ou tout du moins voir leur prix augmenter drastiquement.»

Sur le même pied d'égalité que les producteurs belges 

Toutefois, au Luxembourg, les producteurs ne se ruent pas forcément sur les grands marchés internationaux pour se fournir. «Nous avons en partie une industrie agroalimentaire qui, traditionnellement, achète un peu plus local. Je pense par exemple à la farine, aux brasseurs. Après, il y a d'autres entreprises agroalimentaires luxembourgeoises, qui vendent par exemple des sauces ou des graines, qui ne disposent pas d'une production 100% locale et qui requiert des achats à l'étranger. Je pense que de tels producteurs sont sur le même pied d'égalité que les producteurs belges. Toutefois, cela reste des productions assez assez limitées.»


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Une chose est en tout cas certaine pour la Fedil: l'impossibilité d'avoir un regard clair sur les mois à venir. «Les mois à venir seront un défi pour toute l'industrie. On sait que certains pays européens sont beaucoup plus exposés que d'autres. Parmi ceux-ci, on a des grands clients de l'industrie luxembourgeoise. Les conséquences potentielles peuvent aller plus loin que ce qu'on vit pour le moment. Nous visons vraiment à garder l'industrie en production. Durant la pandémie de covid, au moins au Luxembourg, l'industrie était restée plus ou moins en activité. Certes, la production était un peu au ralenti mais la demande l'était également. Beaucoup de facteurs tournaient plus lentement donc cela ne générait pas de graves conséquences. Ici, nous ne sommes plus sûrs de rien et les alternatives seront rares.»

Une décarbonisation complexe

Dans un contexte aussi tendu, comment assurer la décarbonisation, la réduction de CO2, de l'industrie luxembourgeoise, sachant qu'il s'agit de l'une des priorités gouvernementales? «Un tel processus est très cher, tant en termes de coût d'investissements que de coûts de fonctionnement. Certes, il faut que l'industrie s'y mette mais ce n'est clairement pas facile car les énergies renouvelables ne sont pas disponibles comme elles devraient l'être pour les industries très gourmandes en énergie», dit-il, tout en saluant la volonté du gouvernement d'aider les entreprises luxembourgeoises à réduire au maximum leurs émissions de CO2. «L'autre défi concerne toutes les restrictions que l'Europe pourra décider au niveau des chaînes d'approvisionnement pour les rendre plus durables et respectueuses des droits de l'homme. C'est une initiative qu'on comprend parfaitement et qui fait sens mais on ignore encore son impact». 


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Concernant ce dernier point, René Winkin illustre ce possible imbroglio avec la possible pénurie de gaz russe. «Aujourd'hui, on voit que pour remplacer le gaz russe, on cherche par exemple à se fournir auprès du Qatar. Mais le Qatar est-il irréprochable en termes d'égalité des chances et du respect des droits de l'homme et des travailleurs? La question peut également se poser pour certaines matières premières chinoises qui doivent servir à la propre décarbonisation luxembourgeoise. C'est un sujet très important mais aussi très délicat qui devra aussi rentrer dans l'équation à l'avenir.».

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