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Une offre de presse francophone en pleine mutation
Luxembourg 4 min. 07.06.2019

Une offre de presse francophone en pleine mutation

Une offre de presse francophone en pleine mutation

Photo: LW
Luxembourg 4 min. 07.06.2019

Une offre de presse francophone en pleine mutation

Maurice FICK
Maurice FICK
Avec le «débarquement» de l'hebdomadaire «Le Jeudi» ce 6 juin, les titres en langue française au Luxembourg ne comptent plus que deux quotidiens nationaux et un seul mensuel économique. L'offre de presse papier continue de fondre, celle en ligne s'étoffe.

C'est un nouveau revers pour la presse écrite francophone au Grand-Duché. La fin de la publication du Jeudi lancé en 1997 par le groupe Editpress appauvrira le paysage médiatique luxembourgeois d'un titre mais le privera surtout de toute publication hebdomadaire en français. 

Alors même que le Grand-Duché n'a jamais dénombré autant de résidents français sur son sol. Pas plus tard que début mai, le Statec indiquait que la communauté française - tout comme la communauté italienne- était celle qui avait le plus fortement augmenté depuis 2014. En janvier 2019, les Français représentaient 7,6% d'une population totale de 613.894 habitants.


«Le Jeudi» tire sa révérence
La direction du groupe de médias eschois Editpress a annoncé mardi la fin de la publication de son hebdomadaire francophone. Celui-ci paraîtra pour la dernière fois jeudi 6 juin.

La suppression du Jeudi, pour des raisons financières selon Jean-Lou Siweck interrogé sur la Radio 100.7, est «terrible pour ses 26.700 lecteurs si bien servis par une petite mais excellente rédaction», comme l'a tweeté mardi soir l'ex-patron d'Editpress. Mais elle confirme l'érosion de la presse quotidienne qui se feuillette sur le coin de la table.

Le jour J, le Premier ministre et ministre des communications et des médias, Xavier Bettel a évoqué la sauvegarde du pluralisme des médias dans un tweeté:

Avant Le Jeudi du groupe Editpress dont le fief est à Esch-sur-Alzette, deux autres quotidiens nationaux du groupe Saint Paul à Luxembourg avaient déjà mis la clef sous la porte. Dernier en date, le quotidien gratuit en langue française Point 24 avait, face à la concurrence de L'Essentiel, cessé de publier le 21 décembre 2012. Il avait été fondé en 2006.

Un an auparavant, La Voix du Luxembourg, créé en 2001 en même temps que Le Quotidien, avait fini par mettre la clef sous la porte le 30 septembre 2011.

Stratégie print et web

Le point commun entre ces quotidiens et hebdomadaire qui ont cessé de paraître en kiosque est sans nul doute l'absence de la prise en compte des nouvelles habitudes tactiles des consommateurs, toujours plus enclins à consulter les nouvelles sur leurs écrans. Ces médias avaient pour vocation première de diffuser l'information via le print.

Le contre-exemple marquant dans le paysage francophone de cette stratégie non payante à moyen terme, demeure L'Essentiel. Dès son lancement en 2007, le quotidien gratuit disponible au coin de la rue a misé sur le papier et le web. Selon les chiffes publiés par l'étude TNS ILRES Plurimedia en mars 2018, L'Essentiel est lu aujourd'hui par une personne sur quatre dans le pays. Le paysage s'est enrichi depuis par le développement de wort.lu et de l'arrivée de 5minutes.lu, tous deux en langue française.

Les comportements des lecteurs ont, par ailleurs, mis du temps à être pris en compte par le législateur. Ce n'est que depuis janvier 2017 que la «presse en ligne» est subventionnée au Luxembourg. Un mécanisme transitoire de soutien au développement de la presse en ligne «accessible à des acteurs nouveaux qui ne bénéficient pas encore d'un soutien de l'Etat mais également à des acteurs existants à condition qu'ils enrichissent leur offre en ligne».

Sept fois plus pour la presse papier

En 2018, l'aide versée à la presse en ligne s'élevait à 1,08 million d'euros, selon les données du service des médias, des communications et du numérique. Une subvention que se sont partagée 14 sites internet d'information, à hauteur de 100.000 euros, dont seulement trois en langue française: wort.lu/fr, l'essentiel.lu/fr et paperjam.lu.

A contrario, l'enveloppe étatique consacrée à la presse écrite était de 7,08 millions d'euros en 2018. Dix quotidiens et hebdomadaires l'ont reçue, dont Le Jeudi (335.310 euros).

Les lecteurs luxembourgeois ont également perdu l'un de leurs titres favoris, il y a un peu moins de six mois. Le 21 décembre 2018, l'hebdomadaire satirique Den neie Feierkrop, lancé en 1993, avait déjà tiré sa révérence. Un an auparavant, il s'était hissé au cinquième rang parmi les journaux hebdomadaires les plus lus au Luxembourg, devant des hebdomadaires comme le Lëtzebuerger Land et Woxx.


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