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Une mine de trésors dans les coulisses du MNHN
Luxembourg 12 5 min. 01.10.2020 Cet article est archivé

Une mine de trésors dans les coulisses du MNHN

Les 9.500 pierres de la collection de Jacques Cassedanne sont soigneusement rangées dans 102 caisses minutieusement étiquetées

Une mine de trésors dans les coulisses du MNHN

Les 9.500 pierres de la collection de Jacques Cassedanne sont soigneusement rangées dans 102 caisses minutieusement étiquetées
Photo: Pierre Matgé
Luxembourg 12 5 min. 01.10.2020 Cet article est archivé

Une mine de trésors dans les coulisses du MNHN

Jean-François COLIN
Jean-François COLIN
Le Musée national d'histoire naturelle a fait l'acquisition en août d'une inestimable collection de 9.500 minéraux précieux. Une trentaine de ces pierres figureront au cœur d'une exposition intitulée «From Dark to Light» du 22 octobre au 6 juin 2021.

Pour Simon Philippo, c'est à la fois la Saint-Nicolas et Noël avant l'heure. Le  conservateur de la section géologie/minéralogie du Musée national d'histoire naturelle (MNHN) fait pétiller de fierté ses yeux gourmands devant les 102 caisses minutieusement rangées et contenant quelque 9.500 pierres précieuses. Arrivées en droite ligne du Brésil en août dernier, elles sont à présent stockées dans un dépôt du musée. Une trentaine de ces minéraux, dont certains ne sont pas plus grands qu'un ongle, seront présentés au grand public à travers l'exposition «From Dark to Light» à partir du 22 octobre et jusqu'au 21 juin 2021 au MNHN.

Grâce à cet apport «inédit dans l'histoire du musée», le MNHN accroît de 20% sa collection totale de minéraux déjà riche d'environ 50.000 espèces. Une valeur scientifique et historique inestimable, tout comme la valeur marchande du prestigieux colis. «Franchement, je ne pourrais pas l'évaluer», avoue Simon Philippo. «La valeur est cotée selon trois critères: la beauté de la pièce, sa rareté, puis il y a la partie historique. Or, cette collection-là regroupe tout.»

Le musée luxembourgeois a reçu en... donation ces pierres issues de la collection privée de Jacques Cassedanne, professeur émérite à l'université de Rio de Janeiro. «Sur son testament, il avait couché le MNHN comme légataire de sa collection, fruit de 60 années d'études. Après son décès survenu en 2018, ceci a été transcrit en donation», relate Simon Philippo. Il faut dire que feu le professeur brésilien et les scientifiques luxembourgeois entretenaient une longue et solide amitié, tissée depuis 2003 au gré des nombreux déplacements de l'un en Europe et des autres en Amérique du Sud.

Est alors venu le temps du «grand voyage» des 2.350 kilos de pierres vers le Grand-Duché. Initialement prévu en janvier de cette année, il ne s'est finalement effectué que début août. C'est qu'il n'est pas forcément aisé de faire traverser l'océan Atlantique à une telle cargaison de minéraux précieux. «Outre l'irruption de la crise sanitaire, nous avons dû faire face à d'innombrables tracasseries administratives que je ne soupçonnais, ni ne maîtrisais pas», avoue le scientifique impressionné par le conditionnement de la marchandise «en trois énormes palettes» opéré par le transporteur, Cargolux.

Rareté, esthétique et pureté

Comme le vernissage de l'exposition «From Dark to Light» est prévu pour le 22 octobre, Simon Philippo et son équipe se sont d'emblée attelés à cibler les caisses d'où sortir les échantillons qui seront présentés au public. Un premier tri facilité par le travail de bénédictin «à l'ancienne» accompli par le professeur Cassedanne: une classification précise, rigoureuse et scientifique à l'aide de petites fiches signalétiques correspondant à la numérotation de chaque caisse. «Il nous a donc suffi d'ouvrir une dizaine de caisses», sourit le minéralogiste.

L'exposition réunira en tout une centaine de pièces, dont une trentaine issues de la collection Cassedanne. Ces dernières ont été «choisies selon trois critères: la rareté, l'esthétique et la pureté pour pouvoir montrer aux gens ce qu'est une pierre précieuse qui peut être taillée.»

«De nombreux mois de travail full time»

S'agissant du fleuron de la collection, Simon Philippo coupe d'entrée: «il y en a plusieurs». Sur le plan esthétique, le spécialiste opte pour «une topaze bleue pesant plusieurs kilos parfaitement transparente, qui heureusement n'a pas été taillée, car elle est parfaite d'un point de vue cristallographique», s'exclame le spécialiste de la minéralogie. Une topaze que le public aura d'ailleurs l'occasion d'admirer dès le 22 octobre au MNHN. Le gardien de la collection ajoute que «du point de vue scientifique et historique, je citerai un bismuth natif, qui est pour moi un top mondial dans ce genre d'espèce trouvée dans des pegmatites». 

Le travail de Simon Philippo et son équipe consiste à présent à intégrer de manière homogène ce gros volume à la collection actuelle du musée. «Cela représentera de nombreux mois de travail full time, tout en sachant que nous n'avons pas que cela comme mission», avoue le responsable, qui précise que «nous avons déjà tout encodé sur ordinateur». Ce, alors que le professeur Cassedanne travaillait lui exclusivement sur papier.

«Des moyens analytiques beaucoup plus performants»

Ainsi, s'opère actuellement un tri de fond de l'entièreté de la collection, qui est de provenance mondiale. Le travail consiste donc à séparer les échantillons brésiliens (25% seulement de l'ensemble) d'un côté, ceux de la Grande Région (Luxembourg, France, Belgique, Allemagne) d'un autre, et les minerais provenant du Congo d'un troisième côté, «car nous avons également un domaine d'études important sur le Congo».

Une classification qui précède l'étude analytique complète de la collection Cassedanne, menée en synergie avec l'Université de Liège. Ce, grâce à de nouvelles méthodes d'expertise. «Avec l'informatique, nous disposons des moyens d'analyse beaucoup plus performants, qui permettent de travailler sur des espèces plus petites, plus en détails et de manière moins destructive», explique Simon Philippo. Autrement dit: là où auparavant, il fallait broyer tous les échantillons, dorénavant, on peut se contenter de prélever un micro-fragment et l'analyser.

Les scientifiques pourront alors s'appuyer sur ces analyses pour affiner la traçabilité des pierres précieuses. «Et donc, pourquoi pas éventuellement trouver de nouvelles espèces dans cette collection?», s'enthousiasme le chercheur. Dans le futur, elles feront l'objet d'expositions temporaires dans la «Schatzkammer» du musée de manière régulière. «C'est aussi une manière de préserver du patrimoine pour les générations futures, car nombre de ces minerais proviennent de mines aujourd'hui complètement fermées, voire éboulées», conclut Simon Philippo.  

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