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Une même voix pour les deux chefs de fraction CSV
Luxembourg 11 min. 22.05.2021

Une même voix pour les deux chefs de fraction CSV

Un fauteuil pour deux? Non, deux sièges distincts pour Martine Hansen et Gilles Roth qui entendent mener le groupe parlementaire CSV offensif jusqu'à 2023.

Une même voix pour les deux chefs de fraction CSV

Un fauteuil pour deux? Non, deux sièges distincts pour Martine Hansen et Gilles Roth qui entendent mener le groupe parlementaire CSV offensif jusqu'à 2023.
Photo: Guy Jallay
Luxembourg 11 min. 22.05.2021

Une même voix pour les deux chefs de fraction CSV

Marc SCHLAMMES
Marc SCHLAMMES
Martine Hansen et Gilles Roth dirigent désormais à deux le groupe parlementaire le plus garni à la Chambre, mais dans l'opposition. Une double direction qui s'exprime sur ses envies, ses batailles et ses failles.

(pj avec Marc Hoscheid & Marc Schlammes) 

Un mois après son congrès national, le CSV est devenu silencieux. Est-ce bon signe ou cela révèle-t-il qu'un manque d'idées a pris la place d'une guerre de tranchées personnelle? 

Gilles Roth : «Il est bon qu'un certain calme soit revenu au sein du parti et du groupe parlementaire. En même temps, nous sentons l'optimisme, surtout parmi les jeunes membres du parti mais aussi au sein du groupe parlementaire.


IPO,CdP, CSV Martine Hansen & Claude Wiseler.Affaire Gardenhäischen Traversini. Foto: Gerry Huberty/Luxemburger Wort.
Claude Wiseler, candidat unique à la tête du CSV
Aucun autre postulant ne s'est fait connaître pour assurer la succession tourmentée du président démissionnaire Frank Engel. Les militants n'auront donc guère le choix le 24 avril prochain, date du congrès national des chrétiens-sociaux.

Martine Hansen : «En termes de contenu, il n'y a pas de calme ici. Nous avons à nouveau travaillé de manière constructive sur la loi Covid et soumis des propositions. Sur la réforme de la loi sur la protection de la nature, nous avons formulé 17 propositions d'amendement (toutes ont été rejetées!). La motivation  est donc bien là.

Le CSV est le premier groupe parlementaire de l'histoire de la Chambre à avoir une double direction. S'agit-il là d'une tentative désespérée de se donner un vernis progressiste ?

M.H. : «Non, nous avons simplement étendu au groupe parlementaire (21 députés) le principe de la double direction introduit au niveau de l'ensemble du parti. Je n'y vois que du positif : quatre yeux voient mieux que deux, deux têtes pensent plus qu'une. Nous sommes plus progressistes que ce que la majorité ''Bleu-Rouge-Vert'' voudrait que nous soyons. Nous avons également demandé un amendement aux statuts du Parlement à cet effet, mais il a été rejeté. 

Ce double leadership ne signifie donc pas pour vous, Mme Hansen, une déresponsabilisation partielle?

M.H. : «Je ne le vois pas comme ça, nous nous entendons bien. Nous avons chacun nos talents que nous mettons aujourd'hui en commun.

G.R. : «Nous sommes complémentaires et nous nous harmonisons bien l'un avec l'autre sur le plan personnel. Cela vaut également pour notre relation avec le nouveau président du parti, Claude Wiseler. 

"Nous devons nous attaquer à un fossé éducatif qui se creuse", lance Martine Hansen.
"Nous devons nous attaquer à un fossé éducatif qui se creuse", lance Martine Hansen.
Photo : Guy Jallay

Quelle est la répartition des tâches entre vous? Qui représentera le CSV à la conférence des présidents et y a-t-il eu un accord sur la compensation financière que l'on reçoit en tant que chef de groupe?

G.R. : «Oui, nous sommes d'accord sur ce point financier (les deux rient). Martine se rend à la conférence des présidents. De toute façon, le chef du caucus peut y être représenté par tout autre député. Comme je l'ai dit, nous aurions préféré que la double direction soit ancrée dans le règlement de la Chambre, mais la coalition s'y est opposée avec véhémence.

Dans quelle mesure la coopération avec le président Claude Wiseler, est-elle différente de celle de son prédécesseur, Frank Engel?

G.R. : «C'est certainement plus facile car le président du parti est également député. Ainsi, le chef de parti a une meilleure perception des sensibilités du groupe parlementaire qui peuvent parfois être très différentes, que ce soit sur le plan thématique ou régional.

M.H. : «Claude Wiseler réunira aussi régulièrement un comité national élargi, qui comprendra l'ensemble des députés. Il y aura certainement de longues discussions sur tel ou tel sujet. Mais, au final, une seule opinion devrait représenter la position du CSV.

Gilles Roth et le CSV regrettent que la réforme fiscale promise ne voie pas le jour avant 2023.
Gilles Roth et le CSV regrettent que la réforme fiscale promise ne voie pas le jour avant 2023.
Photo: Guy Jallay

Sur les projets de loi Covid, majorité et opposition forment des blocs irréconciliables. Que faudrait-il pour que le CSV renonce à cette opposition frontale ?

M.H. : «Nous ne sommes absolument pas engagés dans une opposition systématique. Il est dommage que les réunions de commissions ne soient toujours pas ouvertes au public, ce que nous réclamons depuis longtemps.

Dans cette année de crise, nous avons approuvé le projet de loi Covid une fois parce que la direction prise était bonne. Mais quand nous voyons que certains aspects dans le projet de loi n'ont pas été pensés jusqu'au bout, alors nous ne pouvons pas le soutenir. Les partis de la majorité admettent eux-mêmes que la stratégie de test rapide n'a pas été réfléchie.

G.R. : «Non seulement le CSV, mais toute l'opposition a rejeté le dernier texte. Et chaque parti avait ses arguments. Par exemple, le couvre-feu nocturne peut-il encore être justifié lorsque des centaines de personnes sont autorisées à se rassembler lors d'événements en journée? La mesure nous semble disproportionnée. 

M.H. : «Il est également nécessaire de rattraper le retard sur les droits accordés aux personnes vaccinées. Même si le gouvernement prétend aujourd'hui le contraire, ces ''avantages'' interviendront au plus tard avec l'introduction d'une carte verte européenne. Mais pourquoi ne pouvons-nous pas discuter de cet aspect dès maintenant? 


Lokales,Couvre-Feu-Kontrolle der Polizei,Ausgangssperre wegen Corona,Covid,Polizeokontrolle in Lintgen. Foto: Gerry Huberty/Luxemburger Wort
Le couvre-feu cible de bien des critiques
Instaurée voilà plus de six mois au Luxembourg, l'interdiction de sortie nocturne a-t-elle encore un sens ? Le gouvernement affirme que oui, le CSV et la Commission des droits de l'homme s'opposent à sa reconduite.

Reste que l'image actuelle du CSV est celle d'un parti anti-tout. Ce qui semble du coup durcir le dialogue avec les partis de gouvernement.

G.R. : Il y a une façon de résoudre cette question. J'ai été président de la commission Justice de 2011 à 2013. À l'époque, la plupart des textes ont été adoptés à l'unanimité parce que nous avions des discussions ouvertes entre opposition et majorité. La majorité actuelle se faciliterait grandement la vie si elle répondait à certaines propositions qui ne viennent pas uniquement de ses rangs. 

Si les idées du CSV ne trouvent pas écho à la Chambre, sur quoi le parti va-t-il réussir à capter l'attention des électeurs d'ici les élections de 2023? 

G.R. : «Nous devons prendre en compte les préoccupations des gens, notamment celles des jeunes générations. Sur le logement, par exemple, si les jeunes ne sont pas soutenus par leurs parents, ils ne peuvent pas se permettre de se loger. Il ne s'est rien passé ici au cours des huit dernières années. Il faut également agir sur la pauvreté, dont l'augmentation menace à terme la cohésion sociale.

M.H. : «En ce qui concerne les jeunes, nous devons également nous attaquer au fossé éducatif qui se creuse. La politique de santé est une autre question importante, notamment l'organisation des hôpitaux. Nous devons également fixer des objectifs clairs pour le climat, l'État doit jouer un rôle de pionnier et d'exemple, et nous ne devons pas nous fermer aux énergies alternatives comme l'hydrogène. Et la question de la croissance, qui se pose également dans le cadre de la crise covid, reste sans réponse. Le grand défi, cependant, sera de nous démarquer des autres partis qui aborderont également ces dossiers. 

G.R. : «En tant que parti d'opposition, il est plus difficile de faire entendre ses propositions, quel que soit le nombre de sièges au Parlement. En matière de politique du logement, par exemple, nous nous distinguons des Verts par notre approche pragmatique et plaidons pour un élargissement des périmètres de construction dans le cadre de la planification étatique. 

 M.H. : «Nous devons aussi impliquer encore plus notre base, reprendre ses idées. J'ai reçu ainsi beaucoup de réactions de nos adhérents au sujet de l'éducation et du manque flagrant d'enseignants. 

 G.R. : «C'est notre grande chance en tant que parti populaire : nos nombreux membres ont une opinion différente sur une question en raison de leur origine géographique, sociale ou professionnelle. A partir de là, nous devrions formuler des propositions fondées. 

Vous avez tous les deux vos ''hobbies politiques''. Gilles Roth, dans votre cas, il s'agit avant tout de politique fiscale. Que pensez-vous du fait que la réforme fiscale annoncée n'aura pas lieu?

G.R. : «Le gouvernement blanchit les finances publiques. Les gens se sont mis en tête que la pandémie coûtera environ onze milliards d'euros au pays. En réalité, cette crise n'a coûté que deux milliards jusqu'à présent. Dans ce contexte, nous regrettons qu'il n'y ait pas de réforme fiscale. Depuis 2009, il n'y a pas eu d'ajustement majeur du barème fiscal, ce qui se fait au détriment du pouvoir d'achat de la classe moyenne. 

Martine Hansen, compte tenu de votre parcours professionnel, vous vous préoccupez des questions d'éducation. On a l'impression que pendant la crise covid, la politique s'est limitée à assurer le fonctionnement scolaire sans autres vues... 

M.H. : «Cette impression est certainement vraie et nous avons déjà demandé un bilan avant les dernières vacances d'été car une partie considérable des cours avait été annulée. Une ''école d'été'' a été mise en place mais elle n'a pas eu l'effet escompté. Le ministre de l'Education Claude Meisch (DP) tente d'apaiser les esprits en affirmant que l'écart entre les élèves forts et faibles s'est certes creusé, mais moins que ce que l'on craignait. Ce n'est pas satisfaisant pour nous. Lorsque le ministre affirme ensuite que certains élèves forts ont mieux appris dans le cadre de l'enseignement à domicile que dans le cadre de l'enseignement présentiel, il s'agit certainement d'une déclaration de faillite du système. 


ARCHIV - 27.08.2012, Nordrhein-Westfalen, Bonn: Ein Mädchen liest an der Robert-Koch-Schule in Bonn während des islamischen Religionsunterrichts in einem Schulbuch. Das Land NRW will den Islamischen Religionsunterricht weiter ausbauen und ein neues Kapitel in der Zusammenarbeit mit den Islamverbänden aufschlagen. (Zu dpa: «Islamischer Religionsunterricht wird ausgebaut und neu organisiert») Foto: Oliver Berg/dpa +++ dpa-Bildfunk +++
221 élèves en contact avec le covid en une semaine
Du fondamental aux centres de compétences, le ministère de l'Education constate lui aussi un ralentissement des contaminations. Alors que la fin d'année approche, le virus a tout de même perturbé près de 220 classes.

Aussi, j'accuse le ministre de deux choses. Un, il n'écoute pas les parties prenantes. Deux, il a diversifié le paysage scolaire à tel point que les enfants n'ont plus les mêmes possibilités de carrière plus tard. L'approche pratique fait particulièrement défaut dans l'enseignement des langues. 

Dans la perspective de 2023 et des deux élections prévues (communales et législatives), le parti a-t-il tranché la question du double mandat. Sachant que les Jeunes CSV, eux, sont contre ces doubles casquettes.  

G.R. : «Une séparation des mandats n'est pas taboue pour nous. Mais comment le faire car les niveaux régional et local doivent continuer à peser sur la politique nationale. Aussi, depuis longtemps, nous plaidons pour une Chambre des élus locaux. Il faudrait aussi se pencher sur le statut du bourgmestre. Là, une similitude avec le statut du député serait concevable. 

Le président du CSV, Claude Wiseler, a déjà déclaré qu'il ne souhaitait pas s'engager comme tête de liste pour les élections législatives de 2023. Avez-vous déjà trouvé un accord pour savoir qui de vous deux devait le faire?


Xavier Bettel s'adjoint un nouveau chef de cabinet
A compter du 1er septembre prochain, Jeff Feller, actuel secrétaire parlementaire au sein du groupe parlementaire du DP prendra la place actuellement occupée par Paul Konsbruck. Ce dernier deviendra CEO de LuxConnect.

M.H. : «Ce n'est pas le moment de parler du meilleur candidat. Je me souviens des élections de 2018 où nous avions décidé très tôt, ce qui, avec le recul, n'était pas la meilleure décision. 

G.R. : «Claude Wiseler a donné le printemps 2023 comme date au congrès. Nous devrions en rester là. 

Comment réagissez-vous à l'annonce de Frank Engel qui souhaite se présenter avec son propre mouvement politique en 2023 ? 

M.H. : «Frank Engel n'est plus membre du CSV et a donc le droit de créer son propre parti. Cela ne nous fait pas peur. Le temps du one-man-show est révolu. Il faut maintenant travailler en équipe.

G.R. : «Si nous avions peur, nous ne serions pas à notre place. Nous avons fermé le chapitre Frank Engel et nous regardons vers l'avenir. Nous ne devrions pas nier les mérites de Frank Engel. Toutefois, le lien entre le parti et le groupe parlementaire a fini par faire défaut, ce qui n'a pas été favorable à la mise en forme du contenu. Ce lien doit être beaucoup plus étroit dans l'opposition que dans le gouvernement. Au CSV, nous étions habitués à ce que le Premier ministre donne la direction et celle-ci était mise en œuvre à tous les niveaux.»

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