Changer d'édition

Une maison rien que pour les femmes réfugiées et migrantes
La maison a ouvert en novembre et a été inaugurée ce 16 janvier.

Une maison rien que pour les femmes réfugiées et migrantes

Photo: Pierre Matgé
La maison a ouvert en novembre et a été inaugurée ce 16 janvier.
Luxembourg 3 3 min. 17.01.2019

Une maison rien que pour les femmes réfugiées et migrantes

Anne FOURNEY
Anne FOURNEY
«Le Temps des Femmes» est une maison de jour qui vient d'être inaugurée à Heisdorf. Elle accueille les femmes migrantes ou réfugiées pour qu'elles puissent se retrouver entre elles uniquement. Un projet financé par Caritas avec le soutien de deux congrégations de bonnes soeurs.

A quelques pas de la gare de Heisdorf, entre Walferdange et Steinsel, une bâtisse ouvre ses portes aux femmes réfugiées, demandeuses de protection internationale ou migrantes. Cette maison, dont le projet a été financé par Caritas, s'appelle «Le Temps des Femmes». Elle a ouvert en novembre et permet à ces femmes de se retrouver entre elles, sans leurs enfants, ni leur mari. Elles ont subi de terribles violences dans leur propre pays et au cours de leur périple pour rejoindre l'Europe. Elles viennent de Syrie, d'Afghanistan, d'Erythrée, d'Iran, d'Irak, etc. 

Ce projet est né dans la tête d'Yves Schmidt de Caritas. «Nous avions mis en place un atelier consacré à l'image de soi et la beauté, pour que les femmes prennent soin d'elles. Afin que les femmes se sentent mieux, notamment dans leur recherche d'emploi. Car arriver à un entretien avec une mauvaise mine, sans maquillage, sans se sentir à son avantage, ne met pas dans les meilleures conditions. Au-delà de ce type de contexte, ce sont des femmes qui ont vécu beaucoup de violences épouvantables et cet atelier visait à leur apporter un peu de bien-être et de réconfort. Elles ont beaucoup aimé cet atelier, ont gardé des photos qu'elles ont affichées dans leur chambre au foyer. L'idée est venue de là, pour qu'elles aient un endroit où elles ne sont rien qu'entre elles et puissent discuter de choses et d'autres.»

Nassim atteste. Au Luxembourg depuis trois ans, cette jeune Iranienne est mère d'un enfant de huit ans qui a déjà appris le luxembourgeois, le français, l'allemand et se met maintenant à l'anglais. Elle poursuit ses cours de français et veut ensuite se mettre au luxembourgeois. «Avant, je ne faisais que prendre des cours et je ne parlais quasiment à personne. Je viens dans cette maison depuis trois semaines et maintenant je me suis fait des amies, nous pouvons discuter et passer du temps ensemble. »

Echanger sur tout ce qui concerne sa vie de femme

La maison a été mise à disposition par les soeurs franciscaines de la Miséricorde et les soeurs de la Doctrine chrétienne à Heisdorf. Mais à ce même endroit, un projet est prévu pour les personnes âgées et ou handicapées. Le lieu est donc temporaire. Mais le projet est pérenne. 

La maison possède une cuisine au rez-de-chaussée; à l'étage plusieurs espaces ont été aménagés: pour des ateliers créatifs, la couture, ou pour discuter tranquillement. L'aménagement est simple, il a été fait avec beaucoup de bonne volonté et des objets ou meubles pour la plupart récupérés. Tatiana est assistante sociale et gère «Le Temps des femmes»: «C'est un endroit qui existe rien que pour elles, pour qu'elles se sentent bien et puissent discuter entre femmes. Lors des ateliers, elles échangent plus facilement sur leurs coutumes par exemple. On parle plusieurs langues ici; certaines font aussi les interprètes entre l'arabe, le farsi, le kurde, le français, le luxembourgeois…» 

Parmi elles, des femmes kurdes proviennent d'ethnies ennemies. «Il leur a fallu apprendre à vivre ensemble. On leur explique qu'ici au Luxembourg, c'est une richesse de vivre avec plusieurs nationalités. Puis en discutant, elles se trouvent des points communs, car elles ont finalement souvent souffert de la même façon, notamment avec les hommes», souligne Marie-Josée Jacobs, présidente de Caritas Luxembourg. «Elles apprennent aussi leurs droits et échangent entre elles de tout cela. Avec la visite d'une sage-femme dans cette maison, elles ont pu aussi se confier et parler de tout ce qui peut concerner une femme. Elles ont souvent été violées et croient que c'est de leur faute. C'est leur éducation. D'où l'importance pour elles de pouvoir parler avec une sage-femme ou juste entre femmes.»

La maison «Le Temps des femmes» est ouverte à temps partiel et uniquement le jour. Elle est accessible à toutes les femmes réfugiées ou demandeuses de protection internationale. Elles sont à ce jour une quarantaine à s'y rendre régulièrement.

Contact: sur la page Facebook ou contacter directement la responsable des lieux et assistante sociale Tatiana Chambert: tatiana.chambert@caritas.lu ou par téléphone: 621.187.430.