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Une main tendue vers les radicalisés
Luxembourg 2 min. 02.07.2019

Une main tendue vers les radicalisés

Jusqu'à présent, Respect.lu n'a pas encore pris en charge de personne radicalisée sortant d'un conflit armé. Steve Duarte sera-t-il le premier ?

Une main tendue vers les radicalisés

Jusqu'à présent, Respect.lu n'a pas encore pris en charge de personne radicalisée sortant d'un conflit armé. Steve Duarte sera-t-il le premier ?
Photo : AP
Luxembourg 2 min. 02.07.2019

Une main tendue vers les radicalisés

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Depuis 2017, le centre Respect.lu accompagne des personnes aux pensées jugées extrêmes. Une expérience qui a déjà été mise au service d’une cinquantaine de résidents luxembourgeois et qui pourrait servir dans le cas de Steve Duarte.

La prise de position, la semaine dernière, du ministre des Affaires étrangères Jean Asselborn (LSAP) sur le cas de Steve Duarte relance la question du «retour au pays» des radicalisés. Que faire de ces hommes ou femmes partis combattre au Moyen-Orient dans les rangs de l'État islamique, faits prisonniers et qui doivent maintenant rendre des comptes devant la justice? Au Luxembourg, le cas inédit du combattant de 32 ans, trouverait peut-être une solution via l'association Respect.lu.


«Je pense retourner au Luxembourg»
Steve Duarte, le djihadiste luxembourgeois de Meispelt, qui a rejoint la milice terroriste Etat Islamique en Syrie en 2014 et est actuellement en captivité dans un camp kurde, a donné une interview télévisée.

Centre spécialisé dans la prise en charge des personnes radicalisées géré par l'asbl SOS Radicalisation, la structure a ouvert ses portes en 2017, à Hesperange. Elle fonctionne avec quatre psychologues qui ont désormais l'expérience de 63 personnes «accompagnées». 

En 2018, l’association a suivi 29 résidents. Il s’agissait, pour un peu plus de la moitié des situations, de cas de radicalisation islamique (57%). Pour un tiers des  personnes, l'équipe a eu affaire à des radicaux d’extrême droite (37%) et dans un cinquième des dossiers de personnes aux idéologies politiques ou religieuses extrêmes (23%).

Décision «des instances nationales compétentes»

Depuis le début 2019, le centre de déradicalisation s’est penché sur le cas de 25 autres personnes, toujours dans ces mêmes typologies. Des prises en charge qui font suite, dans la majorité des cas, à des signalements de la part des parents ou de relations proches.


Le djihadiste luxembourgeois Steve Duarte en captivité
Le sixième Luxembourgeois ayant rejoint les rangs de l'EI serait emprisonné dans un camp de prisonniers en Syrie, cinq ans après avoir quitté le Grand-Duché.

La directrice de Respect.lu, Karin Weyer, est convaincue que le centre pourrait apporter une solution à un cas comme celui de Steve Duarte. Avec un bémol tout de même : «La décision de reprendre ou de ne pas reprendre un ex-combattant de l'État islamique incombe exclusivement aux instances nationales compétentes».

Pas de changement de ligne

Karin Weyer sait aussi que le retour des radicalisés constitue un sujet qui divise actuellement la société occidentale, de la France à l'Australie en passant par l'Allemagne. Le Luxembourg n'échappe pas à cette règle.  Et la directrice d'insister : «C’est un effort qui se veut collectif avec un projet commun aux différentes instances concernées (police, centre pénitencier, instances juridiques...). Pour réussir, encore faudra-t-il de la disponibilité de la part de la société à donner une seconde chance à cette personne. Ce n'est que lorsque ces deux points sont réunis, que le risque d'une re-radicalisation n'est plus donné.»

Le ministère des Affaires étrangères «n'entend toutefois pas changer de ligne sur le cas Duarte». Même si «la qualité du travail de Respect.lu n'est pas remise en cause». L'entourage de Jean Asselborn n'évoque pas le rôle qui pourrait être confié au centre de déradicalisation si d'éventuels retours de djihadistes luxembourgeois devenaient d'actualité. Une hypothèse loin d'être impossible. En effet, les derniers chiffres officiels évoqués, en 2014, parlaient de six djihadistes originaires du Grand-Duché (dont une femme) partis combattre à l'étranger.


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