«Une licence innovante en sciences infirmières»
«Une licence innovante en sciences infirmières»
Plus que jamais, la pandémie a mis l'accent sur la dépendance du pays à l'égard du personnel soignant frontalier. En effet, les soignantes venues de la Grande Région représentent deux tiers des 6.000 infirmières qui travaillent dans le pays. Une situation qui n'a pas manqué d'alerter le gouvernement, mais, à ce jour, il n'a formulé que des propositions. Notamment, la création d'une école spécialisée financée par la France et le Grand-Duché.
Pour accélérer le processus, Anne-Marie Hanff, la présidente de l'Association nationale des infirmières et infirmiers du Luxembourg (ANIL), reprend son bâton de pèlerin et exige la mise en œuvre d'«une formation de qualité». «Le domaine des soins doit devenir une priorité du gouvernement», insiste-t-elle.
Anne-Marie Hanff, dans la situation actuelle quelle est votre plus grande préoccupation?
Anne-Marie Hanff - «Le covid-19 a démontré l'importance d'avoir suffisamment de personnel infirmier formé au Luxembourg et vivant également ici pour être disponible en cas de crise. La pénurie de soignants a été exacerbée par la pandémie: les besoins en personnel ont augmenté, par exemple parce que la prise en charge de ces patients à domicile et à l'hôpital est plus intensive ou en raison de la multiplication des tests covid.
Mais afin de pallier la pénurie de personnel, il ne faut cependant pas en déduire que les exigences doivent être revues à la baisse comme ce fut le cas dans l'Education nationale où toute personne titulaire d'un baccalauréat peut actuellement être admise comme enseignant. Ou comme à l'étranger, où il a été dit que les salariés qui ont perdu leur emploi peuvent passer du commerce de détail aux soins.»
Quelle réponse apportez-vous à ce problème?
A.-M. H: «Une bonne formation à elle seule ne suffit pas si les soignants ne sont toujours pas reconnus comme des professionnels qui pensent de manière indépendante et comme des experts en soins. Nous exigeons que les soins et l'avenir du secteur deviennent une priorité du gouvernement.
Qu'un plan d'action contraignant soit élaboré par les six ministères en charge des soins: les services de la Santé, de la Sécurité sociale, de la Famille, du Travail, de l'Education nationale et de l'enseignement supérieur doivent se fixer des objectifs clairement définis et mesurables en coopération avec les acteurs du secteur et traiter essentiellement la question de la qualité dans laquelle les patients et les personnes nécessitant des soins devraient être pris en charge à l'avenir.
Nous nous rendons compte que nous ne pouvons pas faire correctement notre travail et nous rentrons chez nous avec la peur d'avoir oublié quelque chose d'important. Cette situation a été exacerbée par la pandémie, par exemple notamment dans les maisons de retraite médicalisées.
Quel cursus préconisez-vous?
A.-M. H: «Nous faisons campagne pour obtenir un baccalauréat en sciences infirmières depuis longtemps, depuis 25 ans. Il faut savoir que cette formation s'effectue sur deux années avant le baccalauréat, puis, après l'obtention du bac, se poursuit encore en BTS (Brevet de technicien supérieur) sur deux ans.
Cependant, le problème est que pendant les deux premières années les étudiants doivent terminer en même temps leur formation d'infirmier de base et le programme normal du secondaire. Le bac en poche, certains étudiants abandonnent la filière. Autre problème, le Lycée technique pour profession de santé (LTPR) manque de personnel enseignant.
Par ailleurs, les étudiants qui ont terminé leur BTS et qui souhaitent faire un baccalauréat à l'étranger ne sont pas reconnus pour les deux dernières années d'études supérieures au LTPS. C'est du pur bricolage: le LTPS, qui n'est pas une université, délivre un diplôme universitaire qui n'est pas conforme au processus de Bologne (rapprochement des systèmes d'études supérieures européens). A la suite du bac normal, nous préconisons donc une licence innovante en sciences infirmières, reconnue internationalement et pouvant être suivie d'un master.»
L'intégralité de l'interview est à retrouver en allemand dans l'édition du Luxemburger Wort de ce mardi
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