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«Une infirmière belge au Luxembourg gagne trois fois plus»
Luxembourg 5 min. 15.07.2022
De plus en plus de départs

«Une infirmière belge au Luxembourg gagne trois fois plus»

La pandémie aura eu le mérite de mettre en lumière un métier pénible, avec des conditions de travail éreintantes.
De plus en plus de départs

«Une infirmière belge au Luxembourg gagne trois fois plus»

La pandémie aura eu le mérite de mettre en lumière un métier pénible, avec des conditions de travail éreintantes.
Photo : dpa
Luxembourg 5 min. 15.07.2022
De plus en plus de départs

«Une infirmière belge au Luxembourg gagne trois fois plus»

Simon MARTIN
Simon MARTIN
Afin d'éviter l'exode massif de ses infirmières vers le Grand-Duché, la province belge de Luxembourg relance une grande opération séduction. Une initiative suffisante ?

On ne louera jamais assez le courage de ces infirmiers et infirmières qui, tout au long de la crise sanitaire, n'ont eu de cesse d'être au four et au moulin. La pandémie aura eu le mérite de mettre en lumière un métier pénible, avec des conditions de travail éreintantes. La Belgique, comme d'autres pays, fait face à un cruel manque de personnel infirmier. Et cette pénurie est d'autant plus importante dans les hôpitaux de la province belge de Luxembourg, frontalière du Grand-Duché. 


Lokales, Reportage auf der Covid-Station im CHEM, Covid-19, Coronavirus, Corona, Centre Hospitalier Emile Mayrisch, Hopital, Urgence, Notfall, Krankenhaus, Infirmiere, Krankenschwester, Foto: Chris Karaba/Luxemburger Wort
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Dans ces différents hôpitaux situés proches de la frontière et gérés sous l'égide de l'intercommunale de soins Vivalia, le déficit de personnel se creuse chaque année. Fin d'année 2021, il en manquait 125, aujourd'hui on relève 160 postes temps plein vacants, ce qui correspond à environ 200 membres du personnel soignant. Cette situation interpelle et soulève de nombreuses questions, la principale étant d'expliquer cette pénurie. 

Outre la pénibilité du travail, il s'agit aussi et surtout d'une question de rémunération. Et c'est ce qui pousse de très nombreuses infirmières belges, mais aussi françaises, à traverser la frontière, en quête de l'eldorado grand-ducal. Les départs du personnel infirmier pour le Grand-Duché sont légion dans les hôpitaux de Bastogne et d'Arlon, les plus proches du Luxembourg. 

De 2.300€ à 4.000€ en passant la frontière

Peut-on réellement leur jeter la pierre? Les rémunérations offertes par le Grand-Duché feraient réfléchir à deux fois n'importe qui. «Une infirmière spécialisée qui a cinq ans d’étude et quatre ou cinq années d’expérience gagne chez Vivalia un salaire de 2.300 € net. Au Grand-Duché, elle touchera au minimum 3.500 € ou 4.000 € nets pour le même boulot et dans des hôpitaux bien pourvus en termes de personnel. Le calcul est donc vite fait», déplorait l'ancien directeur général de Vivalia dans les colonnes de La Meuse il y a quelques mois.


A healthcare worker treating patients at a hospital
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Les racines de ce problème ne datent pas d'hier. Mais récemment, la province belge de Luxembourg, en collaboration avec l'intercommunale de soins, s'est relancée dans une opération séduction en vue d'attirer, mais surtout de conserver des infirmières. «On a d'abord dressé un état des lieux général à l'échelle de la province afin de dresser des pistes de solutions. Il est clair que le Luxembourg est l'une des principales causes de cette pénurie puisque les infirmières peuvent gagner jusqu'à trois fois plus», lance Camille Votron, chargée de projet au sein de la cellule d'accompagnement des professionnels de santé de la province. 

Améliorer le bien-être au travail

Tant pour Vivalia que pour la province, la conservation du personnel passera par l'amélioration de l'image de la profession ainsi que par le bien-être au travail. Un «plan bien-être» visant le personnel de Vivalia avait été validé il y a quelques mois. Celui-ci devait permettre une réflexion de fond sur le métier en apportant du support logistique et administratif pour le personnel infirmier en le détachant de plusieurs tâches et ainsi se consacrer au patient. L'autre pan de ce plan consistait à réaliser une enquête auprès du personnel afin de voir quels éléments pourraient être améliorés via des investissements par exemple. Du point de vue logistique, la récente cyberattaque à laquelle l'intercommunale a dû faire face n'a en tout cas sûrement pas soulagé le travail du personnel.


CHEM, Centre Hospitalier Emile Mayrisch, Foto Lex Kleren
8,5% d'absentéisme au sein du personnel soignant en 2020
La crise sanitaire épuise les infirmiers, qui ont été plus nombreux en 2020 à manquer le travail.

Une campagne de communication à l'attention du grand public a également vu le jour. «Cette campagne fait suite à une précédente en interne. Baptisée «Je suis infirmier-e», elle vise à valoriser le métier en donnant la parole au personnel et sur ce qui l’anime au quotidien.» 

Différentes soirées thématiques ont été organisées ces derniers mois où des intervenants sont venus parler du bonheur au travail pour les soignants. «Un escape-game sur la prévention du bien-être au travail a également eu lieu récemment», détaille Camille Votron. «S'en est suivi un débriefing où les soignants ont pu faire part de leurs doléances et des points à améliorer dans leur métier.» Du côté de Vivalia, il a aussi tout un temps été question de recruter des infirmières à l'étranger. Des pistes menaient notamment jusqu'au Liban.

Une prime qui passe mal

Et le nerf de la guerre, l'argent autrement dit, dans tout cela? En début d'année, cette même province belge de Luxembourg annonçait le versement d'une prime de 7.000 euros pour toute nouvelle recrue infirmière jusqu'en septembre 2023 avec, cela dit, l’obligation aux nouveaux venus de rester au moins trois ans dans l’intercommunale de soins. Problème: cette initiative, louable sur papier, a provoqué un tollé parmi les infirmières déjà en place chez Vivalia et exclues de cette prime. La pilule avait d'autant plus de mal à passer que 3 ans, c'est bien souvent le temps nécessaire pour former une infirmière et c'est généralement le nombre d'années d'expérience requises pour pouvoir être engagée au Grand-Duché. 


29.12.2021, Berlin: Eine Intensivfachpflegerin betreut auf der Intensivstation des Gemeinschaftskrankenhauses Havelhöhe einen Covid-19-Patienten. Foto: Christoph Soeder/dpa +++ dpa-Bildfunk +++
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Toujours sur la question des rémunérations, Vivalia a déjà assuré à plusieurs reprises que la sauvegarde du personnel passerait donc par les nouveaux barèmes IFIC. Ces derniers impliquent une harmonisation des barèmes du public et du privé. «Cela nous permettra de combler le delta de dettes qui existe entre la Belgique et le Grand-Duché», confiait Yves Bernard à La Meuse. Là encore, cette proposition a ses détracteurs puisqu'avec cette réforme, 70% du personnel infirmier serait, certes, mieux payé, mais les 30% restants n'y verraient que peu ou pas de différences. Cela s'explique par le fait que ces barèmes ne tiennent plus compte des diplômes, mais uniquement de la fonction occupée.

Quoi qu'il en soit, il semble clair que ces infirmiers et infirmières belges seront encore nombreux à traverser la frontière afin de trouver un travail au Grand-Duché dans les années à venir. Et ce, aussi malgré des problèmes d'attractivité côté luxembourgeois. Rappelons que plus de la moitié du personnel hospitalier luxembourgeois est frontalier: 23% provient de France, 19% d'Allemagne et 11% de Belgique. 

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