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Une femme sur deux est victime de sexisme au travail
Luxembourg 5 min. 02.03.2022 Cet article est archivé
Enquête

Une femme sur deux est victime de sexisme au travail

Les actes de sexisme ou de harcèlement sexuel sont majoritairement le fait des supérieurs hiérarchiques, indiquent les femmes sondées par l'OGBL Equality.
Enquête

Une femme sur deux est victime de sexisme au travail

Les actes de sexisme ou de harcèlement sexuel sont majoritairement le fait des supérieurs hiérarchiques, indiquent les femmes sondées par l'OGBL Equality.
Photo: Getty Images/iStockphoto
Luxembourg 5 min. 02.03.2022 Cet article est archivé
Enquête

Une femme sur deux est victime de sexisme au travail

Mélodie MOUZON
Mélodie MOUZON
C'est ce qui ressort d'un sondage réalisé par l'OGBL Equality, le département des femmes de l’OGBL. Deux victimes sur trois n'informent pas leur employeur de ce qu'elles subissent.

Blagues que l'on croit innocentes mais qui ne le sont pas tant que ça, attaques subtiles, sous-entendus hasardeux ou encore faux compliments,... La liste des situations de sexisme «banalisées» dirigées vers les femmes dans le monde du travail est longue, selon l'OGBL Equality, le département des femmes de l'OGBL.


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Interpellé par ce phénomène, le département des femmes du syndicat luxembourgeois a décidé de donner la parole aux membres syndiquées dans le cadre de la semaine contre la violence faite aux femmes et aux filles. Pour ce faire, un sondage a été lancé en ligne afin de collecter des témoignages sur leur vécu en tant que femmes au travail. Au total, 684 femmes actives dans tous les secteurs d'activités (avec une prépondérance pour le secteur de la santé, des services sociaux et éducatifs) ont répondu au questionnaire qui a été rédigé en français et en allemand. 

19% de femmes victimes de harcèlement sexuel

Le but de ce sondage était d’obtenir une première appréciation de l’envergure du harcèlement sexuel et du sexisme sur le lieu de travail auprès des membres répondantes. Les résultats sont sans appel. Parmi les femmes questionnées, 46% des travailleuses, soit presque une femme sur deux, auraient été victimes de sexisme sur leur lieu de travail au Luxembourg. 19% des personnes sondées, soit presque 2 femmes sur 10, disent même avoir été victimes de harcèlement sexuel.

En analysant plus en détails les chiffres, l'OGBL Equality a constaté que le secteur des banques et assurances est particulièrement touché par ce phénomène. 

Mais qu'en est-il des auteurs de ces faits? 62% des femmes ayant été victimes de sexisme et/ou de harcèlement sexuel ont répondu que leur supérieur hiérarchique se trouvait parmi les auteurs de ces agissements. 55% d'entre elles ont indiqué que ce genre de faits avaient été commis par leurs propres collègues et 27% que leurs clients ou prestataires externes en étaient les auteurs. Seuls 3% des femmes sondées estiment avoir été victimes de tels actes de la part de leurs subordonnés. Ce résultat confirme que le lien de subordination entre la victime et l’auteur ou l'autrice des faits joue un rôle capital dans ces situations délicates.

Dans les secteurs les plus représentés, c'est celui des banques et assurances qui se démarque. Le responsable hiérarchique est majoritairement mis en cause, dans les réponses des femmes ayant participé au sondage. Ceci s’explique peut-être par un système hiérarchique à tendance pyramidale qui induit une forme de toute-puissance des supérieurs sur leurs subordonnées qui sont aussi victimes, les subordonnées étant rarement autrices de sexisme et/ou de harcèlement sexuel.

Quelles conséquences ont ces agissements sur la santé des victimes? La plupart des personnes sondées à ce sujet (69%) ont ressenti l’envie de démissionner, que ce soit très souvent, souvent ou parfois. 31% n’ont que rarement ou jamais eu envie de démissionner malgré ce qu’elles vivaient. 


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Différents impacts sur la santé

Parmi les autres impacts sur la santé qui ont été cités avec une fréquence variant entre très souvent à parfois : l’anxiété (67%), les plaintes auprès des proches (63%), les troubles du sommeil (58%) et les maux de ventre (57%). Seuls les troubles alimentaires (37%) et de la sexualité (28%) semblent être des impacts de moindre importance, bien que ressentis tout de même par environ une centaine de victimes. 

Malheureusement, 76% des personnes victimes de tels actes ne se sont pas senties soutenues moralement. Et ce chiffre augmente à 92% en ce qui concerne un soutien pratique. Ces chiffres témoignent de la situation d’extrême isolement dans laquelle les victimes peuvent se retrouver. De manière globale, quand les femmes victimes de tels agissements reçoivent du soutien, c'est de la part de leurs amis, leur famille, leur compagnon ou compagne ou leurs collègues.

Une majorité de victimes (62%) n'informent pas leur employeur des agissements qu'elles ont dû subir. «Ce chiffre élevé s’explique probablement par l’inaction habituelle et connue des employeurs au Luxembourg dans de telles situations, lorsqu’ils sont mis au courant. En effet, seuls 8% des personnes victimes estiment que lorsqu’elles ont informé leur employeur, des mesures ont été mises en place pour les protéger», indique l'OGBL Equality. 

Une différence de considération par rapport aux hommes

Le syndicat a également questionné les femmes, qu'elles soient victimes ou non de sexisme ou de harcèlement sexuel, sur les actes de sexisme banalisés qu'elles doivent subir sur leur lieu de travail. Il en ressort une longue liste qui reprend des remarques à propos de la tenue vestimentaire, un blocage dans l'évolution de la carrière ou encore de fausses rumeurs dégradantes. 

Ces actes de sexisme banalisés ne sont parfois pas perçus comme étant du sexisme avéré. Il est vrai qu’il peut être difficile dans les relations interpersonnelles de faire la différence entre blague anodine et réelle attaque sur la personne. De manière générale, pratiquement 1 femme sur 3 sent une différence de considération dans son travail par rapport à ses homologues masculins. 

Heureusement, il existe aujourd'hui des ressources et des outils de plus en plus importants qui tentent de défendre l’égalité des genres. Mais, comme le montre ce sondage, les femmes ne sont pas suffisamment prêtes à faire confiance aux structures existantes. Car, lorsqu’elles décident d’en parler, les mesures mises en place par les employeurs pour les protéger réellement restent marginales, voire inexistantes. La sphère privée semble alors être la ressource la plus efficace pour se confier. Ces chiffres démontrent aussi qu'il reste encore un important travail de sensibilisation à faire à ce sujet dans les entreprises.

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