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Une économie résiliente mais vouée à se dégrader
Luxembourg 4 min. 26.09.2022
Etat des finances publiques

Une économie résiliente mais vouée à se dégrader

«L’évolution des finances publiques témoigne de la résilience de l’économie luxembourgeoise et montre que l’État dispose de la marge de manœuvre nécessaire pour financer les mesures retenues lors de la tripartite», estime Yuriko Backes.
Etat des finances publiques

Une économie résiliente mais vouée à se dégrader

«L’évolution des finances publiques témoigne de la résilience de l’économie luxembourgeoise et montre que l’État dispose de la marge de manœuvre nécessaire pour financer les mesures retenues lors de la tripartite», estime Yuriko Backes.
Photo: Gerry Huberty
Luxembourg 4 min. 26.09.2022
Etat des finances publiques

Une économie résiliente mais vouée à se dégrader

Simon MARTIN
Simon MARTIN
La ministre des Finances Yuriko Backes a rappelé que si la situation économique est moins grave que prévu, une détérioration globale des finances est prévue dans les prochains mois, faut-il s'en inquiéter?

Au fur et à mesure que l'hiver approche, les craintes des Luxembourgeois vis-à-vis de leur pouvoir d'achat s'accentuent de plus en plus. Des craintes légitimes au regard des pressions inflationnistes qui s'intensifient et d'une crise énergétique qui ne semble pas vouloir connaître de répit. C'est dans ce contexte que Yuriko Backes (DP), la ministre des Finances, a fait le point, ce lundi, sur la situation financière de l’État.


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Déjà en juillet dernier, cette dernière avouait que les finances publiques se présentaient dans un scénario plus favorable que prévu. Ce lundi, la ministre a réitéré ses propos, tout en rappelant que l'avenir s'annonce plus sombre que jamais. «Une nette détérioration s’annonce dans les mois à venir et les défis liés à la guerre en Ukraine et à la flambée des prix de l’énergie ne manqueront pas de laisser leur trace», a-t-elle expliqué, par voie de communiqué. 

De plus, l'accord trouvé lors de la dernière tripartite, chiffré à un milliard d'euros, aura forcément un coût budgétaire important. «Ceci, couplé aux mesures décidées au printemps dernier», a également rappelé Yuriko Backes. «Je suis convaincue que les conséquences de l'inflation seront atténuées aussi bien pour les ménages que pour les entreprises, et sans remettre en cause la solidité de nos finances publiques.»

Des recettes en hausse

Une chose est sûre: le Luxembourg peut en tout cas se targuer d'être parvenu, au 31 août dernier, à augmenter les recettes de l'administration centrale de 9,6%, soit un total de 15,7 milliards d'euros. «On constate néanmoins un relâchement de la dynamique, étant donné que les recettes perçues par les administrations fiscales correspondent à seulement 69,8% des recettes budgétisées, alors qu'au 31 août de l'année dernière, les recettes encaissées représentaient déjà 74,2% du budget», temporise toutefois la ministre.


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Quant au détail, fin août les recettes perçues par l'administration des contributions directes s'élèvent à 7,2 milliards d'euros, soit une augmentation similaire de 9,8% par rapport à l'exercice antérieur. «Cette progression s'explique en particulier par l'impôt retenu sur les traitements et salaires, dont les recettes augmentent de 495 millions d'euros, soit +15,5%, dans le contexte d'un marché du travail en croissance et d'un taux de chômage historiquement bas».

Les recettes encaissées par l'administration de l'enregistrement, des domaines et de la TVA affichent elles aussi une tendance positive, avec un résultat de près de 5 milliards au 31 août 2022, soit une augmentation de 8,5% en comparaison annuelle. Les recettes au titre de la TVA reflètent la montée de l'inflation et sont en hausse de 292 millions d'euros par rapport à l'exercice antérieur.

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Fin août 2022, les recettes encaissées par l'administration des douanes et accises augmentent de 5,8% par rapport au mois d'août 2021 et s'élèvent à 1,3 milliard d'euros. À noter que le diesel continue à afficher une tendance décroissante au niveau des ventes, avec une baisse de 6% en comparaison annuelle, en ligne avec l'engagement du gouvernement de réduire les émissions de CO2.


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Quant aux dépenses de l'administration centrale, celles-ci se sont chiffrées à un total de 14,8 milliards d'euros au 31 août 2022, soit une hausse de 2% ou 292 millions d'euros. La progression relativement faible des dépenses en comparaison annuelle s'explique notamment par le fait que l'année 2021 était encore marquée par des dépenses exceptionnelles liées au covid-19. Les investissements publics évoluent par ailleurs au même niveau qu'en 2021 et atteignent quelque 1,6 milliard d'euros sur les 8 premiers mois de l'année.

L'avenir s'annonce plus sombre

L'évolution positive des recettes couplée à des dépenses globalement stables mène ainsi à une situation financière excédentaire, le solde de l'administration centrale, selon les règles de comptabilité européennes SEC2010, se chiffrant à un surplus de 969 millions d'euros au 31 août dernier. 


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Pour autant, comme indiqué ci-dessus, il convient de s'attendre à une hausse significative des dépenses et donc à une détérioration du solde au cours des prochains mois. «L'évolution des finances publiques témoigne de la résilience de l'économie luxembourgeoise et montre que l'État dispose de la marge de manœuvre nécessaire pour financer les mesures retenues lors de la tripartite. Alors que je prépare le projet de budget pour 2023, je m'engage à œuvrer, sur ces bases solides, en faveur de la soutenabilité à moyen et long terme de nos finances publiques, tout en dressant également les défis structurels auxquels notre pays fait face», a assuré la ministre.

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